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Drogue

Bienvenue dans le Weed Fight Club

Des potheads américains ont eu la brillante idée de faire de la capoeira pour dépénaliser le cannabis.
22.10.14

Photos : Natalie Shmuel

Nous étions en train de faire de la capoeira – enfin, pour être plus honnête, Harrison Tesoura Schultz, le fondateur du 420 Fight Club, était en train de faire de la capoeira. Pour ma part, je gesticulais comme un poisson hors de l’eau. Ce n’était pas uniquement dû à mon absence totale de sens du rythme. J’avais eu la brillante idée de me rendre à ce drôle d’événement avec un jean qui m’empêchait de faire de grands mouvements. Et pour couronner le tout, j’étais défoncé.

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La première leçon était pourtant très simple, certains mouvements de capoeira ressemblant à des pas de danse. Ça ne m’a pas empêché d’être nul, mais Harrison était incroyablement positif et n’a jamais cessé de m’encourager. Il m’avait rapidement fait sentir que je n’étais pas complètement incompétent – ce qui n’est pas rien. C’est quand on est passé aux esquives et aux coups de pieds circulaires que je me suis senti vraiment perdu.

« Très bien, m’a lancé Harrison.  Maintenant, je vais te donner un coup de pied et tu vas devoir l'esquiver. »

Mon corps tout entier m'implorait d'abandonner et de m'allumer un autre joint. Le cannabis qui se trouvait dans mon organisme me donnait l'impression que tout se déroulait beaucoup trop rapidement. J'avais peur de me prendre un coup de pied au visage et de passer pour un abruti, ce qui m'a étrangement aidé à coordonner mes mouvements.

Au bout d'un moment, j'ai pris une pause pour noter quelques idées. Harrison m'a regardé, un peu suspicieux – sans doute parce qu'il savait que c'était une excuse bidon. Ses doutes se sont confirmés quand je me suis arrêté à un stand de hot-dogs pour acheter une bouteille d'eau. Non loin de là, l'artiste Eve Lesov jouait des morceaux dub en acoustique – je pouvais difficilement imaginer une bande-son plus appropriée.

Quelques semaines plus tôt, je rencontrais Harrison à une manifestation Flood Wall Streets. Drôle et décontracté, Harrison est un leader particulièrement charismatique. Ce matin-là, il a parlé de son 420 Fight Club à quelques écologistes. Nos échanges ont été très brefs, mais il a pris le temps de me parler de son cours public d'art martial weedé qu'il donnait tous les mardis soirs au Washington Square Park, à New York. J'ai été directement intrigué – l'étrange incompatibilité entre ces deux activités étaient beaucoup trop intéressante pour que je passe à côté. Je lui ai proposé de passer le voir et il m'a prévenu qu il fallait que j'apporte mon propre cannabis. Je lui ai dit qu'il n'y avait pas de problème.

Le 420 Fight Club – et son organisation mère, Occupy Weed Street – est le projet d'un petit groupe d'individus profondément engagés, dont les idées ressemblent à un mélange des opinions de Ron Paul et de la philosophie new age. En réalité, la plupart de leurs idées auraient plus leur place sur le forum Free Republic que dans une manifestation pro-cannabis.

Nous nous sommes tous assis en cercle pendant que Harrison sortait un joint de weed provenant de Chicaco. À mesure que les joints tournaient autour de moi, mon envie de manger des frites s'est faite de plus en plus violente.

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Harrison nous a ensuite invités à nous rassembler. Un fourgon de police venait de passer à côté de nous. Alors que nous étions sur le point de sombrer dans une crise de paranoïa, Harrison nous a rappelé que l'objectif de notre rassemblement était de fumer en public, et qu'il était dommage de s'enfuir au premier obstacle venu.

Pendant qu'il donnait son petit discours, j'ai tout de même caché la weed que je venais d'acheter dans le buisson le plus proche. J'avais beau les soutenir dans leur mission, je n'avais aucune envie de me faire arrêter. Lorsque j'ai retrouvé le petit groupe, Harrison s'apprêtait à entamer une nouvelle séance de capoeira.

L'activité physique a fini par nous guérir de la paranoïa. Harrison nous a ordonné de former des groupes de deux. Je ne voulais pas vraiment le faire, mais tout le monde s'est mis à chercher un binôme, jusqu'à ce que je me retrouve face à un type tout seul. Nous avons échangé un regard gêné.

« OK », ai-je lancé à mon nouveau partenaire. « Tu veux donner les coups de pied ou tu préfères que je le fasse ? » Il m'a fixé, les yeux mi-clos et injectés de sang. « Ouais, OK. » Il était visiblement trop défoncé pour comprendre pourquoi nous étions obligés de décider à l'avance lequel de nous deux devait donner un coup de pied à l'autre. « Je vais commencer », ai-je proposé.

Peu importe les compétences insignifiantes que j'avais acquises un peu plus tôt dans l'après-midi – j'avais déjà tout oublié. À la limite, si j'avais été le partenaire d'Harrison, mon embarras m'aurait probablement poussé à faire de vrais efforts. Là, mon activité s'est résumé à esquiver les coups de pied énergiques des types défoncés qui m'entouraient. Je me suis dit que c'était sans doute la principale raison pour laquelle il n'existait qu'un seul Fight Club pour weedés.

J'avais beau me sentir gêné tout au long de cette séance, je dois admettre que le dévouement de ce petit groupe force l'admiration. Pour des gens défoncés en permanence, ils savent réellement de quoi ils parlent et sont capables d'exprimer leurs opinions clairement, notamment lorsqu'ils abordent le sujet de la Marijuana Regulation and Taxation Act. Un vote pour la dépénalisation du cannabis est attendu en début d'année prochaine. Lors du rassemblement, Harrison a levé un énorme joint en l'honneur de la sénatrice Liz Krueger.

Le projet de Harrison a pour but de casser le mythe du fumeur fainéant. Si fumer du cannabis ne constitue pas vraiment une activité politiquement subversive, le 420 Fight Club n'est pas uniquement porté sur la politique. Le projet entend démanteler la culture de la marijuana telle qu'on la perçoit aujourd'hui. Ça vous paraîtra sans doute très bizarre de voir quelques types se défoncer avant de pratiquer un art martial afro-brésilien en public – mais je dois avouer que c'est toujours plus intelligent que de fumer des joints jusqu'à s'écrouler dans son canapé en écoutant Cypress Hill.

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