Dans les églises de Seine-Saint-Denis
Société

Dans les églises de Seine-Saint-Denis

À la rencontre des catholiques pratiquants de la banlieue nord de Paris.
Glenn Cloarec
propos rapportés par Glenn Cloarec
3.11.16

Photo de une : 24 mars 2016, Saint-Denis. Lors du départ du Frat, à la basilique cathédrale Saint-Denis, un jeune pèlerin arbore un maillot de basket américain floqué « JÉSUS 01 ». Né en 1908, le Frat (diminutif de Fraternel) est un rassemblement pour les jeunes Franciliens à l'invitation des évêques d'Île-de-France. En alternance une année sur deux, les collégiens vont à Jambvillle (78), et les 15-18 ans, en pèlerinage à Lourdes. Cette année, c'est près de 10 000 lycéens qui se sont retrouvés à Lourdes.

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Plusieurs éléments m'ont poussé à aborder la Seine-Saint-Denis en passant par la porte des fidèles catholiques. Les attentats avaient rejeté une nouvelle fois une image terne sur le département et, après avoir bossé durant huit mois sur la « jungle » de Calais, je souhaitais travailler sur la notion de « territoire ». 2016 marquait aussi les 50 ans des diocèses d'Île-de-France.

Au total, ce sujet m'a pris plus de six mois, avec des périodes plus ou moins intenses. La semaine sainte – la semaine précédant la fête de Pâques –, je me suis rendu tous les jours à la messe. J'ai ainsi découvert des rites comme les rameaux, le chemin de croix, la messe chrismale, les ordinations, etc… J'ai été au cathéchisme quand j'étais enfant, mais ma culture s'arrêtait plus ou moins là.

Je suis agnostique et j'avais des préjugés sur la religion. Pour les cathos, j'avais l'image des églises poussiéreuses le dimanche matin, remplies de gens d'un certain âge. À ma grande surprise, je me suis retrouvé avec des centaines de jeunes, dans des cérémonies très festives, à mille lieues de ce que je pensais trouver.

Durant ce travail, j'ai été marqué par différentes personnes, et notamment par une jeune institutrice qui se déplace en camion école pour les enfants roms des bidonvilles, par un prêtre ouvrier et par une aumônière en hôpital psychiatrique.

Afin de réaliser ce reportage, je me suis rapproché du diocèse de Saint-Denis. Sa direction m'a laissé le champ libre pour travailler, et c'est d'ailleurs grâce à eux que ma demande de suivre une messe en prison a été acceptée. Si j'ai travaillé exclusivement sur l'univers catholique, je vais continuer ce projet en abordant les deux autres grandes religions monothéistes au fil des mois qui viennent.

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L'exposition « Croire dans le 9.3 » de Michaël Bunel est ouverte jusqu'au 6 novembre à la basilique Saint-Denis. Le livre qui en est tiré, réalisé avec Romane Ganneval et publié aux éditions Chemins d'avenir , est toujours disponible.

Deux jeunes discutent rugby avec le prêtre de la cité de Bondy Nord pendant l'un des « Cafés de rue » du jeudi matin, organisé par l'association « Le Rocher Oasis des Cités ». Cours d'alphabétisation, aide aux devoirs ou encore sorties extrascolaires, l'association œuvre pour le vivre ensemble. Elle est devenue au fil des années un lieu de rencontre et de partage interculturel et interreligieux.

26 juin 2016, Villepinte. Fin de la messe à la Maison d'arrêt de Villepinte. Les détenus en profitent pour s'entretenir avec l'aumônier. Chaque dimanche, les détenus qui participent à la messe, les aumôniers et les personnels de la Maison d'arrêt s'accordent à dire que c'est un lieu d'apaisement et de fraternité.

1er juin 2016, Neuilly-sur-Marne. Petite fête à l'occasion de l'anniversaire du prêtre à l'aumônerie de l'hôpital psychiatrique de Neuilly-sur-Marne. Tous les mercredis, une vingtaine de patients accompagnés d'une équipe de bénévoles cheminent dans la foi, par le partage, la parole et la prière. Et ceux qui le peuvent vont à la messe le dimanche.

21 juillet 2016, Aubervilliers. Le père Bernard Fèvre, prêtre-ouvrier à la retraite, dans une usine abandonnée, mémoire du passé industriel.

30 juin 2016, Clichy-sous-Bois. Cette mère de famille remplit son cabas de céréales et de yaourts, sous l'œil attentif des bénévoles de l'Épicerie sociale.

22 mars 2016, Saint-Ouen. Un enfant rom se concentre sur son évaluation de fin d'année scolaire, dans un camion école (une antenne scolaire mobile). Au XVIe siècle, le frère Jean-Baptiste de La Salle a formé des instituteurs avec l'idée de donner des cours aux enfants des rues. Aujourd'hui, les camions écoles, créés en Seine-Saint-Denis il y a 30 ans, sont une passerelle pour les enfants des familles roms et du voyage vers une scolarisation stable.