Les étudiants kosovars se font matraquer par les policiers

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Les étudiants kosovars se font matraquer par les policiers

Lundi dernier, nous nous sommes rendus devant le bureau du recteur de l’Université de Pristina, où Patjim Havolli est actuellement étudiant. Cinq heures auparavant, un policier lui avait fracturé le coude à coups de matraque.

Lundi dernier, aux alentours de midi, nous étions au Kosovo, peu après que des étudiants anglais se soient rassemblés pour manifester contre la présence de la police sur leurs campus à Birmingham et à Londres. Nous nous sommes rendus devant le bureau du recteur de l’Université de Pristina, où Patjim Havolli est actuellement étudiant. Cinq heures auparavant, un policier lui avait fracturé le coude à coups de matraque. Ce matin-là, plusieurs personnes avaient été hospitalisées suite aux attaques de la police.

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Les manifestations ont commencé en janvier, lorsqu’il a été révélé qu’une bonne partie de la recherche doctorale du recteur de l’université, Ibrahim Gashi, était composée de traductions douteuses de manifestes communistes – toutes publiées dans des journaux indiens bidons. De nombreux professeurs auraient obtenu leurs qualifications de manière malhonnête, mais Gashi a clamé son innocence et demandé à un comité interne d’enquêter sur ces déclarations.

Le groupe d’étudiants SKV (dont le nom signifie «  Étudiez, Critiquez, Menez des actions ») refusent d’accepter cette administration qu’ils jugent incompétente. En réponse à ces déclarations, ils ont passé la semaine dernière à empêcher Gashi et le reste de son équipe d'entrer dans l’enceinte du rectorat, et ont appelé à la démission du recteur de l’université et des professeurs concernés par cette affaire.

Pajtim Havolli

Au fil des manifestations, les tactiques policières sont devenues de plus en plus agressives – mais elles étaient particulièrement violentes ce lundi matin. Des membres du SKV, des pensionnaires et des citoyens de Pristina avaient prévu une marche de protestation. Quand les policiers l’ont appris, ils ont voulu s’assurer que les manifestants ne rentrent pas dans l’immeuble.

Pour mener à bien leur mission, ils ont déployé près d’une centaine d’officiers à l’extérieur du bâtiment. À 7h30, lorsque les employés du rectorat ont commencé à débarquer et que les manifestants ont tenté de leur bloquer l’entrée, des bagarres ont éclaté entre les étudiants et les policiers. Un peu avant 8 heures du matin, la police a envoyé des renforts pour repousser les manifestants.

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Mais leur démonstration de force n’a servi à rien. Une fois repoussés sur le trottoir, les étudiants sont restés sur place et, à l’heure du déjeuner, d’autres manifestants ont débarqué par centaines. Les membres du SKV ont tenté d’assurer une liaison avec l’officier supérieur, en lui expliquant que la rue serait complètement bloquée s’il n’exigeait pas le retrait de ses hommes. Il a refusé de faire ce compromis, et comme prévu, la rue s’est retrouvée bloquée.

Après une heure de discours et de chants, les manifestants se sont progressivement approchés de la façade du rectorat. Les premiers manifestants sont passés par-dessus la barrière en courant, pour éviter les agents de sécurité. Puis la foule a surgi en masse face aux policiers, qui n’étaient pas assez nombreux pour les empêcher d’entrer dans le rectorat.

Les policiers antiémeute se sont postés devant l’entrée de l’immeuble pour former une dernière ligne de défense, sous le regard inquiet des agents de sécurité. La situation n’a pas trop évolué au cours de la journée. Au milieu de l’après-midi, un professeur – un de ceux qui n’avaient pas menti sur ses qualifications – s’est frayé un chemin à travers la foule pour placer des roses sur les boucliers des policiers.

Cette manifestation, qui était à l’origine un sit-in pacifique, a tourné au vinaigre mardi dernier. Allant à l’encontre de la loi kosovare, la police antiémeute est entrée dans l’université pour éjecter les manifestants qui se trouvaient près du bureau du recteur. Au cours de cette intervention, plusieurs étudiants se sont fait traîner par les pieds. Certains d’entre eux ont été violemment jetés au sol – et, au total, 27 étudiants se sont fait arrêter.

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Avec un succès plus ou moins mitigé, les policiers ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour empêcher les étudiants d’entrer dans le bâtiment – tout ça sous la direction supposée des hautes instances politiques du Kosovo.

Le fait que le gouvernement ait ordonné à la police de se mêler à ces histoires – sachant que l’Université de Pristina dispose déjà une équipe d'agents de sécurité – montre bien le problème de corruption qui constitue le point de départ de ce conflit. La plupart des enseignants de l’université ont obtenu leur poste grâce à leur relation privilégiée avec les deux partis politiques les plus puissants du pays – le LDK et le PDK, dirigé par le premier ministre Hashim Thaci. Ces enseignants doivent notamment s’assurer que les cours soient bien en accord avec la ligne du parti – plusieurs étudiants en droit ont accusé les professeurs de ne pas les laisser exprimer leurs opinions politiques en classe.

Un député de la mairie de Pristina, qui est du côté des manifestants, m’a parlé d’un pacte entre les deux partis. Apparemment, le LDK était mécontent de ne pas avoir suffisamment de ministres au gouvernement. Ibrahim Gashi, l’ancien ministre des Affaires étrangères, aurait été nommé recteur de l’université de Pristina pour empêcher un éventuel conflit.

Jeudi dernier, après la fin de la manifestation, je me suis rendu aux quartiers généraux du SKV, un appartement situé à 200 mètres du rectorat. Là-bas, environ 30 étudiants s’étaient rassemblés pour discuter de leur prochaine action.

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Un jeune homme barbu s’est placé au centre de la pièce principale, et tout le monde s’est tu. Il a lu ses notes, d’une voix calme mais assurée. Pendant 20 minutes, il a tenu un petit discours avant de laisser place à un autre étudiant. Pendant deux heures, les débats se sont enchaînés.

Certains ont proposé de jeter des œufs sur le recteur – un souhait qu’ils ont exprimé avec une solennité qu’on trouve rarement chez les jeunes militants anglais. Toutes les personnes présentes savaient pertinemment que ce n’était pas leur éducation qui était en jeu, mais bien le futur de leur pays. C’est précisément pour ça que les hautes isntances politiques de Pristina sont déterminées à ne pas les laisser gagner. Dans un pays où environ 45% des habitants sont âgés de moins de 24 ans, il est crucial de gagner la loyauté des étudiants pour s’assurer un futur politique paisible.

Suivez Jack sur Twitter : @jackoozell