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Jours d’émeute à Rennes : gens du voyage et CRS s’affrontent autour d’un fait divers

Une triste affaire de mœurs, de misère et de racisme ordinaire.

par Gaspard Glanz
17 Octobre 2013, 10:09am

La ville de Rennes, plus particulièrement le quartier du « Gros Malhon » – qui accueille un camp de gens du voyage –, est depuis trois jours le théâtre de violents affrontements entre ses habitants et les CRS. Il s’agit d’un sujet glissant qui mêle une justice mal à l’aise, une triste affaire de mœurs, des histoires de misère et de racisme ordinaire.

Tout a commencé dimanche dernier lorsque trois mômes, une fillette de 11 ans et deux garçons de 13 et 17 ans (dont le plus âgé est trisomique) ont joué au jeu de la bouteille qui a débouché sur une séance de touche-pipi. Les parents de la jeune fille, inquiets, se seraient rendus chez un gynécologue pour que celui-ci inspecte la fillette. Le médecin aurait produit un certificat médical rassurant, puisqu’attestant l'absence de traces d'attouchements ou de viol.

Or, trois jours plus tard, pour une raison qui n’est pas encore précisée, l'école de la jeune fille a décidé de prévenir les services sociaux. Ceux-ci ont contacté la brigade des mineurs qui a demandé de nouveaux examens.

C’est là que les choses ont commencé à mal tourner. Lundi matin, le 14 octobre, les parents ont été convoqués à l'Hôtel de police de Rennes avec les trois enfants incriminés. Les garçons ont été directement placés en garde à vue. Quant à la jeune fille, elle a été placée dans une famille d'accueil.

La communauté du Gros Malhon a réclamé le droit de voir les mineurs en garde à vue, ce qui lui a été refusé. C’est là que les premiers affrontements ont eu lieu. Les habitants du camp du Gros Malhon ont détruit un abribus et arraché des arbres auxquels ils ont mis feu après les avoir disposés sur la route, créant un barrage en pleine heure de pointe, à proximité d’une sortie du périphérique de la ville – ce qui a causé une véritable paralysie routière. Finalement, le droit de voir les mineurs en GAV leur a été accordé au milieu de la soirée. Ci-dessous, voici la vidéo qu’on a tournée le 14 octobre, et qui retrace les événements.

Le lendemain – le 15 octobre –, après 36 heures de garde à vue et alors qu'une manifestation avait lieu devant « la cité judiciaire », le juge d'instruction a décidé de libérer les deux garçons, tout en les mettant en examen pour « viol en réunion sur mineure de moins de 15 ans ». Quant à la jeune fille, il a ordonné qu’on la place en famille d’accueil. On a appris plus tard qu'un « deal » avait été passé avec le juge pour finir d'apaiser la situation avec la communauté des gens du voyage : il fallait que les deux garçons soient éloignés du campement pour que la jeune fille soit rendue à ses parents.

Mercredi 16 octobre, la communauté du Gros Malhon a appris que la jeune fille ne serait pas rendue à ses parents ; leur réaction ne s’est pas fait attendre (vous pouvez aller mater la vidéo des affrontements sur le site de Rennes TV). Dans la foulée, ils ont accusé les CRS, venus les repousser des barricades enflammées érigées sur le carrefour, de les avoir menacés de brûler leurs caravanes. Tout en les prévenant que s'ils en prenaient l'initiative, ils se feraient tirer dessus. On a donc demandé son avis au « commandant des opérations », qui nous a dit de parler au représentant de la préfecture. Qui nous a dit qu'il ne communiquait pas. Alors on lui a donné notre carte pour qu'il nous envoie un « communiqué » sur les événements quand celui-ci serait prêt. Mais celui-ci n'est pas encore arrivé.

Cette nuit, la tension est retombée et les CRS sont repartis. Le sort de la jeune fille était renégocié ce matin au tribunal. À midi, la nouvelle est tombée : la jeune fille a été rendue à ses parents. Le procureur a fait la déclaration suivante : « Le juge des enfants, saisi hier, suite à l'ordonnance de placement provisoire du parquet mis en œuvre lundi, a décidé de lever cette mesure de placement à compter de ce matin. Il continuera néanmoins à suivre la situation de cette mineure en assistance éducative. »

Au-delà d’un fait divers, ce qui se passe à Rennes est révélateur d’un climat nauséabond qui règne en France, entre la « polémique sur les Roms » et la montée du FN : résultat, les nerfs sont à vif du côté des gens du voyage, qui se sentent stigmatisés et qui vivent chaque discrimination comme une provocation. 

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