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LE NUMÉRO DES GENS QUI EXPLOSENT

Circuit Electric

Après six mois de court-circuitage TOTAL, je savoure enfin la joie de remettre en marche ma colonne fétiche qui provoque tant de dissensions entre trolls
16.2.11

Après six mois de court-circuitage TOTAL, je savoure enfin la joie de remettre en marche ma colonne fétiche qui provoque tant de dissensions entre trolls du microcosme branché parisien. Nous sommes en 2011 et j’ai décidé de n’être plus que paix et amour, car 2010 a certainement été l’une des années les plus pourries jamais recensées dans l’histoire de l’humanité, celle où

Vice

a perdu son rédac chef bien-aimé auquel je dédie cette colonne, la gorge encore nouée. Mathieu, on ne t’oublie pas.

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Je n’arrive pas à trancher : Hype Williams est-il vraiment une révélation ou est-ce une énième intox montée en sauce par des shops online soucieux d’écouler leur stock de nouveautés hebdomadaires ?

Quoi qu’il en soit, tout le monde a l’air de s’en branler dans cette France maudite qui ne jure que par la variété-pop taratatesque. Pendant que les ­dérivés hypnagogico-chillwaveux s’évertuent à réhabiliter jusqu’à la nausée le tressautement des VHS, le balayage vidéo des caméscopes, les prods Golan & Globus, la série

Miami Vice

, les animatronics sur Commodore, les palmiers de Floride, la synthpop FM, les hologrammes « Back to the Future », la ­coolitude

laidback

et les vacances touche-pipi à la mer – le tout noyé dans cinq tonnes de reverb –, ce duo venu d’une autre galaxie a le mérite de produire une musique magnifiquement détraquée, oscillant entre ondes de synthétiseurs orgasmiques, impros tribales aux neurones cramées et hip-hop

overweedé

à la Lil B. Les fans de Sun Araw et de James ­Ferraro sauront de quoi je veux parler, si lire cette page ­truffée d’adjectifs pompeux ne les fatigue pas trop.

L’autre grand moment de 2010 fut sans aucun doute le EP de Blondes, dont j’attends de pied ferme l’album – imminent. Si vous vous êtes déjà retrouvé avec l’impression d’avoir un feu de Bengale à la place des neurones et des fourmillements d’extase dans la moelle épinière, ce disque est fait pour vous. Je crois que c’est tout simplement la seule tentative de synthèse

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non cheesy

entre ­Manuel ­Göttsching, My Bloody Valentine et la house-baléarique-­suédoise-qui-fait-danser-les-rates-à-4AM recensée à ce jour. La musique idéale pour accompagner la fonte des glaces sur fond d’aurore boréale et coucher à nouveau avec cette fée (ou ce félin) de la libido dont l’image vous hante depuis que vous lui avez roulé une pelle à l’âge de 12 ans et qui est désormais modèle pour des sites de

footjob

, ce que vous n’êtes pas censé savoir.

Mais comme la vie ne se limite pas à des cabrioles énamourées sur une plage du Pacifique, il est tout avisé de se prendre dans la foulée une bonne intraveineuse de négativité : M AX NOI MACH a sorti l’album le plus vil et pervers de ce début d’année, et on l’en remercie avec des lames de rasoir dans la bouche. C’est un genre de power electronics qui dérouille réalisé à partir d’une boîte à rythmes industrielle, de synthés brevetés

minimal wave

et d’une profusion d’infamie verbale : Whitehouse, Suicide et TG (enfin, ce qu’il en reste) peuvent lui serrer la pince. Si un jour, vous avez envie de tirer tous ­azimuts dans un gros tas de merde nommé ­humanité, n’écoutez pas ce truc.

Surfant sur la crête de cette vague réfrigérante darkwave porteuse d’apocalypse, en synchronisation parfaite avec le réchauffement climatique, l’EP de Dva Damas sonne le glas des musiques indie ­joviales et sociales, et c’est tant mieux. Pas question de sous-twee-pop ici mais bien de meufs à poigne tour à tour sophistiquées, sensuelles ou agressives, et qui pourraient vous briser les couilles en deux secondes. Dva Damas signifie d’ailleurs « deux meufs » en Nadsat, l’argot du futur employé par les

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droogs

d’

Orange Mécanique

. Nos bons vieux réflexes ­pavloviens refont surface, et la violence qui habite ce blues rockab trituré par les spectres de la coldwave fait enfin miroiter des jours meilleurs, loin des partisans d’une modération qui les condamne tôt ou tard à être enterrés vivants. À mort la mollesse, vive la discipline. Nous sommes des animaux.

Qu’on le veuille ou non, le poison social finit toujours par nous rattraper. On a intérêt à avoir de solides munitions sonores pour zombiner tranquille chez soi. Le meilleur remède aux nuits sans fin est de se procurer le premier album de The Soft Moon, mon plus beau trophée discographique de ce début d’année. Le novo-krautrock qui était en train de crever d’anémie à force de faire du ­copier-coller de Neu! et Can passe enfin à la ­vitesse motorik supérieure. Cet album de new wave bionique possède l’intensité glaçante d’un regard de Klaus Kinski un soir de pleine lune et les phéromones de Linda Blair dans

L’Exorciste

. Je suis devenu instantanément fan, je n’écoute même plus que ça depuis quinze jours.

Pour finir sur un cocorico que mon sens éthique réprouve, je m’autorise exceptionnellement à ­chanter les louanges de la crèmerie Born Bad qui a eu la bonne idée d’en finir avec les yéyés alternos pour nous offrir l’album

Mille

de Cheveu, qui nous la joue Père Ubu bourlinguant en Israël. Leur post-postpunk primitif baignant dans l’huile de vidange et les monologues dérangés de Captain Lemoine se fondent cette fois dans les ondulations d’un orchestre de violons moyen-orientaux qui leur donne une griffe aussi flamboyante qu’une chaussure de ville de marque israélite. Notons que le clip du tubesque « Quattro Staggioni » sert de teaser pour le film ­

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Robert Mitchum is Dead

, sorti en salles le mois dernier. Je ne saurais trop vous conseiller de jeter une oreille sur leurs side projects respectifs qui valent leur pesant de shekels. Entre le garage-rock lubrifié de Bosom Divine, la déglingue improvisée de Noyade feat. Erik Minkkinen (de Sister Iodine et Antilles) et la no-wave popisante de Eyes Behind, une chose est sûre : Cheveu est l’un des fers de lance du rock français qui va de l’avant sans calculer quoi que ce soit. Pourvu qu’ils ne se crashent pas en si bon chemin.

EVA REVOX

HYPE WILLIAMS – Find Out What Happens When People Stop Being Polite, And Start Gettin’ Reel (De Stilj Records)

BLONDES – Touched EP (Merok)

M AX NOI MACH – In the Shadows (White Denim)

DVA DAMAS – DVA Damas (Downwards)

THE SOFT MOON – The Soft Moon (Captured Tracks)

CHEVEU – Mille (Born Bad)

EYES BEHIND – Eyes Behind (Heia Sun)