
Publicité
Penny Rimbaud : Je n’avais pas vu la veste en question, mais ouais, j’en avais entendu parler. Personnellement, ça ne me dérange pas. C’est même plutôt amusant de voir que Crass est vraiment mis en avant, plus que les Sex Pistols ou les Clash. Mais ils n’ont pas utilisé notre symbole, donc c’est loin d’être inacceptable ; ça ressemble plus à une oeuvre foireuse qu’à une véritable tentative de vendre une veste Crass.En ce qui me concerne, si les gens riches veulent dépenser 400 $ sur une veste en cuir pourrie et aller à des vernissages, ça me va très bien. Ça veut dire que notre nom va se retrouver dans des endroits qui nous sont difficilement accessibles. En fait, je suis même plutôt content quand je vois des gens comme Angelina Jolie ou David Beckham porter des t-shirts Crass.Tu penses pas que ça va énerver les fans du groupe ?
Je sais que beaucoup de punks DIY et de punks anarchistes se disent « Putain, l’arnaque ! ». Je ne pense pas qu’on se fasse arnaquer. Les punks anarchistes nous dépouillent depuis la nuit des temps, en faisant des pâles copies de notre musique et de notre art en général. Ces gens paient juste pour ce qu’ils veulent, c’est du laissez-faire dans toute sa splendeur.
Publicité
Ça fait un moment que l’éthique DIY se casse la gueule, parce qu’elle ne fait rien d’autre que tout fabriquer soi-même. Et le plus souvent, quand on fait quelque chose soi-même, cela signifie que que d’autres gens peuvent le faire aussi. Je constate que les marques commerciales peuvent faire le taf plus vite, mieux, et de façon plus amicale. Beaucoup de magasins DIY parlent tout le temps de règles éthiques qui n’ont aucun sens. Dans tous les cas, ils sont coincés parce qu’ils n’ont aucune autre alternative ; ils n’ont pas d’autre opportunité. Et je mettrais ma main au feu qu’ils seraient ravis de collaborer avec des commerciaux si ça pouvait leur permettre de se développer.Je ne suis pas en train de dire que j’aimerais qu’une grande maison de couture sorte une tenue complète pour Crass. Je m’en fous, si ça arrive, je me débrouillerais à ma façon. Ce que les gens font avec leur argent ne me regarde pas ; je m’intéresse à ce que font les gens avec leurs idées. La tradition des ghettos punks anarchistes clandestins est terminée. Enfin ça va continuer, mais ce sera bien plus nuancé qu’avant. À l’époque, on trouvait ça très coloré, on était loin des opérations clandestines sordides qu’on peut voir aujourd’hui. C’est marrant, parce que ça ressemblerait plus à une grande maison de couture qui commercialiserait une veste en cuir Crass qu’à quelqu’un qui sortirait une énième copie de notre musique – qui était pertinente il y a 30 ans, mais qui ne l’est plus du tout aujourd’hui.
Publicité
Qu’est-ce que j’en ai à foutre ? L’argent, c’est sale de toute façon. Il n’y a pas d’argent propre. Mais ça ne veut pas dire que je suis content que le PDG de cette société soit potentiellement en train de financer des activités de droite.Ce qui m’intéresse, c’est de promouvoir des idées et de tout faire pour encourager les gens à les écouter – surtout aujourd’hui, maintenant que les gens peuvent juste googler Crass et choper plein de trucs. Nous sommes un groupe et un réseau d’information : le réseau d’information existe encore, mais le groupe est mort, il a fait son temps. Je pense vraiment que l’information — tant politique que personnelle — que nous avons fournie a beaucoup de valeur, et je soutiens tout ce qui peut encourager les gens à s’y intéresser.Selon toi, quel est l’équivalent moderne du mouvement punk anarchiste dont tu faisais partie avec Crass, dans les années 1970 et 1980 ?
Je pense que son équivalent moderne est le rap de noirs. D’une certaine manière, les grillz et les « fuck you, honky » se rapprochent plus du punk que toutes les autres musiques. Personnellement, je trouve ça terrifiant, mais les gens pensaient aussi que le punk était terrifiant à l’époque. En tout cas, ces mecs ont un bon sens de la réalité.Je peux te demander ce que tu écoutes en ce moment ?
Les mêmes trucs que j’ai écoutés toute ma vie, en fait. Un mélange de modern jazz et de musique classique. J’ai un petit faible pour la musique classique du 20ème siècle, et j’adore les chorales. J’aime beaucoup Benjamin Britten. Quand j’étais petit, j’étais très influencé par « War Requiem » qui est probablement le meilleur morceau antiguerre jamais écrit. J’aime bien les quatuors de Beethoven, aussi. Il y a un truc vraiment positif dans ce genre de musique. Ça nous fait réaliser qu’on n’a pas vraiment de gros souci finalement, et que la vie vaut la peine d’être vécue. C’est assez superficiel, quand on y pense.Plus de punk :DEE DEE RAMONE – PORTRAIT D’UN PUNKTOUS CES TRUCS QUE TU TROUVES PUNK À 17 ANS MAIS QUI S’AVÈRENT SANS INTÉRÊT PASSÉ 23LES GROUPES OUBLIÉS DE L’HISTOIRE DU PUNK ROCK