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Les tests urinaires, c'est de la merde

J'ai honte de pas mal de trucs dans ma vie, et le fait d’avoir dû introduire ma bite dans des bocaux à pisse plusieurs centaines de fois en fait partie.
5.7.13

Photo via Micah Baldwin sur Flickr

J'ai honte de pas mal de trucs dans ma vie, et le fait d’avoir dû introduire ma bite dans des pots à pisse plusieurs centaines de fois en fait partie. J'ai été testé pour toutes les drogues existant sur cette planète, alcool compris, et aussi idiot que ça puisse paraître, je ressens une certaine fierté d'avoir réussi à passer au travers de 99% d’entre eux. En revanche, les fois où je me suis fait serrer, j'ai pris cher. Ce qui me chiffonne le plus par rapport à ces échecs, c'est qu'au fond, déjouer ces tests est un putain de jeu d'enfants. Et puis, si vous voulez mon avis, ces tests n’ont pas la moindre valeur. C'est juste du racket, pur et simple.

Il s’avère que le dépistage de drogues (qui ne touche pas seulement les taulards, puisque la plupart des travailleurs doivent aussi pisser dans un petit pot pour pouvoir continuer leur job de merde payé 8 dollars de l'heure) est une industrie qui pèse plusieurs milliards de dollars et qui s’immisce de plus en plus dans la vie quotidienne de chacun d'entre nous. Aux États-Unis, 84 % des employeurs testent leurs employés. Pourtant, et c'est assez étonnant, ce n'est pas demain la veille que l’on pratiquera ces tests sur des banquiers, des traders ou tout autre connard à la tête d’un fond spéculatif, alors même que ces mecs sont les plus susceptibles de taper de la coke et faire des conneries monumentales qui ruineront la vie de nombreuses personnes. (Vous avez entendu parler de ce type qui gérait des fonds mutuels à Washington, et qui tapait de la meth quotidiennement ?)

D'après moi, ce n'est qu'une question de temps avant que le dépistage de drogue devienne obligatoire dans les écoles. D'ailleurs, le premier dépistage par voie urinaire auquel j'ai échoué remonte au lycée. J'avais été expulsé pour consommation d'herbe. La sanction me semble toujours lourde aujourd’hui, mais j'imagine que c’était le règlement. C'était en 1997, et ces pratiques ont dû devenir monnaie courante ces 15 dernières années.

Dès qu'on parle de ce genre de conneries qui s'attaquent à la vie privée, on dirait que l’État choisit toujours les mêmes personnes, c’est-à-dire celles qui sont déjàdans la merde. Ça a d’abord frappé les criminels, puis les ramasses, les punks, les freaks de toutes sortes et puis, tous les pauvres que compte la société. J'ai l'impression qu'il s'agit d'une putain d'énorme escroquerie. Et puis, c’est tellement facile de passer à travers ces tests. Si vous voulez vraimentgriller un mec, soumettez-le à un test capillaire tous les deux mois. Ça, c'est imparable. Mais ça fait partie de leur racket. Ils veulent qu'on passe un test au moins une fois par semaine, histoire de pouvoir pomper un max de fric à la sécu.

Et une entreprise s'est même fait serrer il y a peu pour « dépistage de drogue inutile » ; sérieux, l'arnaque devient évidente même pour une putain de taupe. C'est un win-win pour tout le monde, excepté le contribuable. Ces sacs à merde que sont les compagnies pharmaceutiques fabriquent ces tests pour trois fois rien et en tirent un max aux dépens de la sécurité sociale. Notons quand même que pour nous, les taulards, on ne paye pas pour passer ces tests. On n’a pas un rond, du coup c'est le gouvernement qui règle l'addition. Je suis convaincu que quand le dépistage s'étendra à d'autres secteurs, d'une façon ou d'une autre, le contribuable se retrouvera à payer la note sous prétexte que ce type de dépistages va dans le sens de l'intérêt général.

Comme je le disais, je sais par expérience que presque tout le monde peut déjouer un test antidrogue en restant clean à peine 72 heures. À partir du moment où l’on sait que l’on va subir un test, c'est un jeu d'enfant de passer au travers. Chez nous les débiles, on aime tenter le coup, se défoncer quand même et se faire choper, mais en réalité, c’est aussi simple que de jouer aux dominos. En plus, il y a mille façons de trafiquer les échantillons. Aujourd'hui, il existe même de l'urine synthétique, et ça marche vachement bien. Encore une fois, s'ils pratiquaient des tests capillaires, il n'y aurait aucun moyen de passer au travers ; on serait baisés, tout simplement.

Grâce au recours aux tests à la pisse, je me suis beaucoup amusé alors que sur le papier j'étais un bon gars. S'ils m'avaient fait passer le test capillaire, je n'aurais sans doute jamais pris toutes ces drogues, et peut-être que je serais dans une autre situation aujourd'hui. Le fait qu'ils nous laissent assez de marge de manœuvre pour déjouer le système, ça nous encourage à continuer à prendre de la dope. Je ne peux pas m'empêcher de me demander si c'est une volonté de leur part. On dirait que même la conditionnelle participe à ce jeu de dupes qui nous laisse mettre un pied dans la came et ensuite nous laisser le temps d’être cleanpour les tests. Je veux dire, on connaît le jour où l’on sera testés, donc tout ce qu'on a à faire c'est ne pas se défoncer les trois jours qui précèdent ledit test. Il faut vraiment être un gros con pour se pointer là-bas niqué. Peut-être que ça fait partie du jeu que de faire preuve d'indulgence envers nous. En laissant ceux d'entre nous qui sont assez disciplinés s'offrir une petite montée de temps en temps, ils éliminent les vrais débilesqui n’ont pas le moindre self-control.

Je ne suis pas sûr que tout ceci ait un sens, mais j'imagine que le dépistage de stupéfiants devient de plus en plus courant sous couvert de sécurité et de bonne santé. Certains États songent désormais à faire passer des tests de dépistage aux bénéficiaires d'allocations, pour soi-disant s'assurer que l'argent des impôts ne parte pas dans la défonce, alors que ce même argent qu'ils croient économiser partira dans ces mêmes tests inefficaces et hors de prix.

Et tout ça, sans compter sur le coût psychologique que doit payer la personne testée lorsqu'elle est contrainte de pisser sous les yeux d’un autre. Sachez-le : il n’y a rien de pire pour votre ego qu’un mec en train de fixer votre bite. C’est comme si vous étiez un clebs. C'est même pire que ça, parce que, par politesse pour mes chiens, je ne les ai jamais regardés lorsqu’ils faisaient leurs commissions. La seule chose que je puisse faire, c'est dire de la merde à ce pauvre gars bloqué là devant moi, en train de me regarder pisser. Juste histoire de ne pas être le seul mec gêné dans la pièce.

Bert Burykill est le pseudonyme de notre correspondant. Il a passé pas mal de temps dans pas mal de prisons de l’État de New York, et il est sur Twitter : @burykill

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