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Un énorme cyclone a frappé la Réunion et les Réunionnais le vivent bien

Quand plus jeune j'habitais Saint-Gilles, dans l’ouest de l’île, on priait pour que les cyclones se manifestent le plus souvent possible.
04 janvier 2014, 11:00am

Un aperçu des dégâts causés par le cyclone Bejisa sur l’île de la Réunion. Photo : Lucas Payet

Les médias français ont décrit le cyclone Bejisa qui frappe la Réunion depuis jeudi comme un « spectacle de désolation » (LCI) ou une tempête « menaçant de submerger toute la côte Ouest de l'île » (France TV Info). La vérité, c’est que c’est un truc relativement fréquent là-bas. Quand plus jeune j'habitais Saint-Gilles, dans l’ouest de l’île, on priait pour que ce type de cyclones arrivent plus souvent ; ça voulait dire qu’on n'aurait pas cours pendant une semaine, qu’on mangerait devant des bougies et qu’on ferait du canoë dans les rues inondées – certains de mes potes en profitaient même pour surfer.

Mercredi 1er janvier, il y a trois jours, les conditions météorologiques annonçaient un cyclone de forte intensité s'approchant des côtes la Réunion – des températures plus élevées que la moyenne de saison avec des eaux à 27°C, des nuages sombres qui gonflaient à l'Ouest, et un air chaud, épais et humide qui annonçait des pluies torrentielles. La préfecture a appelé les habitants à rester chez eux et à écouter la radio pour suivre l'évolution du cyclone le plus important de l'île depuis Dina en 2002.

Jeudi 2 janvier, comme prévu, les vents du cyclone Bejisa – 2ème système tropical de la saison – soufflaient sur l'île avec des rafales allant jusqu'à 190 km/heure sur les côtes. Quelques panneaux de signalisations arrachés par le vent se sont retrouvés éparpillés sur les routes devenues impraticables, des toits se sont envolés, les ravines ont débordé, les cocotiers sont tombés par terre, et 172 000 foyers (sur un total de 380 000) ont soudain été privés d'électricité : la Réunion est en alerte rouge. L'œil du cyclone a jeté un regard calme mais mauvais sur le DOM de l'Océan Indien.

Tandis que le cyclone – qui a pour l’instant fait un mort, deux blessés graves et 14 blessés légers – s'éloigne peu à peu des côtes réunionnaises, je voulais voir comment mes « dalons » [_« potes » en créole_] avaient vécu Bejisa. Sur Facebook, leurs seules préoccupations étaient manifestement de glaner le plus de likes possibles en postant des photos et des vidéos du cyclone depuis leurs smartphones. Je leur ai passé un coup de fil pour savoir s’ils allaient bien.

Le port de Saint-Gilles, le mercredi 1er janvier. Photo : Rizgo.

Le port de Saint-Gilles, le jeudi 2 janvier. Vidéo iPhone : Hélène Deby

VICE : Hey Rizgo, tout roule?
Rizgo, 24 ans, Saint-Gilles : Ouais ça va – j’ai voulu aller surfer à Saint-Leu parce que les vagues sont monstrueuses en ce moment. Mais bon, finalement, je me suis dit que c'était suicidaire. Elles font dix mètres et elles cassent n'importe comment.

C'est vraiment intense comme cyclone alors, ou ça va, c’est comme d’habitude ?
Nah, c'est vraiment intense mec. On peut dire que ça se calme de temps en temps mais ça reprend tout de suite derrière avec d'énormes rafales de vent à 190 Km/h qui font plier les lampadaires et les cocotiers.

Tu fous quoi de tes journées puisque t'as décidé de rester chez toi, du coup ?
Bah, y a rien a faire – on écoute la radio, c'est tout. C'est le seul moyen d'avoir accès aux infos locales. On a plus d'électricité, plus d'eau. On attend juste que ça se passe. Un pote est rentré en métropole mercredi soir, les pilotes ont réussi à contourner le cyclone. C’est pas autant l’apocalypse qu’on le dit.

Tu connais des gens qui ont été blessés, ou qui ont subi de gros dégâts matériels ?
Non, j'ai entendu qu'il y avait quelques blessés, mais pas grand-chose de plus. De chez moi j’aperçois les inondations et les routes défoncées. Les cases avec des toits en tôle s’envolent toutes systématiquement.

Depuis une chambre, à l'Ouest de la Réunion, le jeudi 2 janvier à 15h. Vidéo smartphone tournée par Myrtille.

Hey Myrtille, quoi de neuf ?
Myrtille, 24 ans, La Saline-les-Bains : Ça va, j’ai réussi à sortir plusieurs fois. On a fait quelques rondes avec ma mère et ma sœur, dans le jardin, dans la rue et derrière la maison pour surveiller la montée des eaux. Mais bon, je ne me suis pas aventurée plus loin. Je suis restée sage.

Tu fais quoi chez toi ?
Je profite des vacances pour m’avancer dans mon boulot – je profite de n’avoir rien d'autre à faire. Quand on a de l'électricité, je mate des films. Quand elle saute, je lis. Dehors, il y a de grosses rafales. Parfois les vents sont terrifiants, et avec la pluie, le paysage devient vraiment sinistre. En fait, voilà quoi – c’est violent mais pas de quoi en faire un drame non plus.

Il y a des dégâts chez toi ?
Quelques arbres sont foutus, la gouttière a pété, une partie du sous-toit extérieur s'est envolé et le filet qui recouvrait la terrasse est parti aussi. L’électricité a sauté pendant plusieurs heures. À la télé, j’ai vu des Réunionnais se faire évacuer de chez eux parce que leur maison est en ruine ; quand ils se font filmer ils l'ont pas trop mauvaise, ils savent que ça arrive presque chaque année. En revanche, quand il y a une inondation en métropole, tout le monde gueule.

Vue du jardin depuis chez Adrien.

Salut Adrien, tu l’as prise quand ta vidéo ?
Adrien, 20 ans, Le Port : Je l’ai tournée jeudi 2 au Port, au nord-ouest de la Réunion, à 11h du matin.

Existe-t-il une différence entre ce cyclone et ceux qui s’abattent sur l’île tous les ans ?
Il est un peu plus puissant. T'as vu le vent qu'il y a ? Mais ça va, rien de trop effrayant, on reste juste chez soi et on attend. Demain ou après-demain ce sera terminé. J’ai fait un peu de skate cet aprèm et là je m’apprête à boire du rhum en famille, peinard – j’ai trois ou quatre jours de stock sous la main, pas plus...

L’Ouest est exposé aux vents les plus violents d’après ce que j’ai entendu ; ça se passe comment au Port ?
Je l'entends souffler depuis ma chambre, mais comme on habite une maison en bois, ça ne craint pas trop. En revanche j’avais construit un abri en tôle pour les chiens et les poules et le truc s’est envolé. Ah ouais, le toit de la case de mes voisins s'est envolé aussi.

T'es sorti pour les aider à le réparer ?
Non, il pleut trop pour faire quoi que ce soit. Je les ai invités chez moi. Et j'ai fait rentrer les animaux aussi. En ce moment dans ma baraque, il y a mes voisins, trois chiens et une dizaine de volailles qui cohabitent.

Vue d’un balcon, à Saint-Denis. Les vents ont arraché le store. Photo : Alex

Comment ça se passe dans le nord de l’île ?
Alex, 24 ans, Saint-Denis : Ça va, rien de terrible : le cyclone a surtout frappé fort dans l'Ouest. Là-bas, ils n'ont plus de connexion internet, ni d’électricité. Ici, seule l’électricité déconne. C'est vraiment chiant, surtout quand, comme moi, tu reviens sur l'île pour les vacances de Noël.

Tu fous quoi alors ?
Là, je suis chez ma sœur pour recharger mon portable et mon ordinateur parce qu'elle a de l’électricité chez elle – elle habite dans l'Est. Et comme il n’y a personne dans les rues – et donc pas de flics – j’en ai profité pour aller taguer Saint-Denis avec des potes. Quelques graphs vandales, c'est une bonne distraction les jours de cyclone.

On est vendredi ; l'alerte rouge est levée d’après ce que j’ai lu.
Ouais, on est entrés dans ce qu’ils appellent la « phase de sauvegarde ». On peut sortir de chez nous maintenant, mais il faut faire gaffe. Les activités vont reprendre petit à petit. On aura le bilan final du cyclone d’ici quelques jours. Et à Paris, tout roule ?

Ça roule, merci.