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Vice Blog

MES COPINES ÉTAIENT DES DOMINATRICES

04 octobre 2010, 12:03pm

Il y a quelques années, deux de mes amies ont trouvé du travail dans une des branches les plus hautes en couleurs de la ville. La première fois que j'ai rencontré Valentina, c'était à l'école primaire, lors d'une réunion entre amis à John Jay Park. C'était une petite fille normale et innocente, et si quelqu'un m'avait dit que peu d'années après elle serait en train d'enfoncer de la bouffe dans la gorge d'un adulte dans un donjon à Chelsea, je l'aurais probablement traité de fou.

Quelques années plus tard, j'ai rencontré Scarlett, dans le Thompkin Square Park. Elle était avec un troupeau de copines, dont l'une était une connaissance commune, Valentina, et on est toutes parties à une fête. Peu après, mes deux copines allaient faire plus ample connaissance et s'aventurer ensemble dans le monde ténébreux et séminal des donjons de New York.

Elles ont arrêté depuis, mais quand elles étaient encore au lycée, elles faisaient des allers-retours incessants entre salles de cours et donjons, où elles revêtaient des combinaisons en cuir et faisaient des choses bizarres avec des pieds de vieux mecs — en plus de plein d'autres trucs sordides dont nous vous épargnerons les détails. J'ai beau les connaître depuis des années, je n'ai pu les interroger que la semaine dernière sur le sujet.

Vice : Comment êtes-vous devenues Maîtresse Scarlett et Maîtresse Valentina ?

Valentina : Scarlett et moi avions 18 ans, on vivait ensemble parce que nos parents nous avaient coupé les vivres. On avait moyennement envie de travailler pour un SMIC, alors je me suis dit « Pourquoi pas, il n'y a pas besoin de coucher et c'est de l'argent facile. C'est quelque chose que je sais déjà faire, je suis une bonne manipulatrice et ça ne me dérange pas de traiter un homme comme une merde ». Cette idée me semblait parfaite, et c'était le cas – c'était naturel. On a fait ce boulot pendant huit mois, en faisant quelques jobs en freelance à côté. Aujourd'hui, on a plein d'autres manières de se faire de l'argent. On était encore lycéennes à cette époque, donc la plupart du temps j'allais en cours le matin, puis je prenais mon vélo et j'allais jusqu'au donjon pour faire un job qui commençait à 13h30. J'y restais toute la journée, et j'avais même le temps d'y faire mes devoirs.

Vous travailliez pour une vraie boîte ?

Scarlett : On travaillait dans un donjon, à Chelsea. Ils avaient un site web avec les profils de toutes les filles, et une brochure avec des photos afin que les mecs puissent faire leur marché.

V. : C'est assez fou, il y a un studio de yoga, un centre de méditation, et au sous-sol, un donjon de dominatrices. Tout l'immeuble en avait bien conscience, parce qu'on pouvait voir des filles sortir, en dentelle, bas résille et talons aiguilles pour acheter un bagel ou aller téléphoner. Tous les commerçants du quartier savaient pertinemment ce qu'on faisait, et certaines des filles avaient même des réductions.

Qui s'occupait du « donjon » ?

S. : Il y avait plusieurs gérants russes un peu glauques. Il y avait aussi une femme qui travaillait le dimanche. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi défoncé au crack.

V. : Arrête, elle était trop cool.

S. : C'était une grosse camée, elle promenait son chat dans une poussette.

C'était comment à l'intérieur du donjon ?

S. : Quand tu entrais dedans, tu voyais un salon avec un mur d'accessoires fétichistes. Avant de faire une session, il fallait remplir ton panier avec plein d'accessoires bizarres. Il y avait plein de trucs différents — par exemple, certains mecs voulaient se faire momifier, ou qu'on leur souffle de la fumée dessus à travers différentes sortes de tubes.

V. : Au total, il y avait sept pièces bien distinctes. Une pièce médicale, une pièce pour se travestir, une chambre de torture… et même une pièce pour faire de la lutte. L'une d'elles, la Ming Palace, était une chambre avec une décoration orientale, une suspension, une chaise et une cage. Dans cette pièce, certaines maîtresses se faisaient suspendre et fesser violemment. Quand j'ai vu cette chambre j'ai pensé, « Putain, j'y crois pas ». Je n'y serais jamais allée, mais certaines adoraient ça.

Est-ce que quelqu'un s'est déjà sévèrement blessé là-bas ?

S. : Il y a ce type qui s'est fait couper les testicules.

V. : Apparemment, il avait une peau très fine, et ils ont attaché une corde très fine autour [de son sac à couilles]. Un autre mec a fait une overdose et les maîtresses ont dû le traîner dehors. Qu'est-ce que tu peux bien dire à l'ambulance après ?

Quel était le genre de mecs qui venaient au donjon ?

S. : C'était très éclectique, des gens de tous âges. Une fois par contre, un client est venu et il devait avoir mon âge, ça m'a vraiment fait flipper. Une troupe d'Hassidims s'est ramenée, la plupart d'entre eux n'avaient pas plus de 19 ans et voulaient fesser des femmes. On a aussi eu un vétéran de guerre qui se travestissait. Certaines expériences étaient vraiment tristes. Il y a eu ce type qui revenait tout juste de la guerre. Il s'était fait tirer dessus et ses plaies saignaient encore. Il est juste venu pour parler. Il est revenu plusieurs fois me voir, juste pour parler.

V. : Ce que je préférais, c'était quand des couples venaient ensemble. Il y a aussi eu un juge qui nous a réservées pour toute la nuit… c'était dingue, ces séances qui duraient seize heures. Il se contenait de sniffer de la coke et nous laissait 20 000 dollars. Il voulait voir toutes les filles, et elles l'adoraient toutes.

S. : En gros, on avait juste à lui pincer les tétons pendant qu'il gloussait.

V. : Une fois, Scarlett et moi avons eu un mec qui voulait qu'on l'attache et qu'on lui jette de la bouillie dessus.

Il était gros ?

S. : Non, d'ailleurs il était vraiment très, très beau.

V. : Il était canon. Il voulait aussi qu'on vomisse dans sa bouche. C'était triste, parce qu'il était magnifique.

S. : Il voulait qu'on enfonce de la bouillie dans sa gorge très vite pour qu'il s'étrangle et vomisse.

V. : C'était répugnant, mais très facile à faire. On nous demandait souvent de bosser toutes les deux en même temps, parce qu'on était amies et qu'on travaillait bien ensemble. Elle jouait un peu le rôle passif et moi le rôle dominant.

S. : Elle me disait ce que je devais faire. Ce n'était pas difficile, parce que c'est mon amie. Ce n'était pas comme si une méchante maîtresse me donnait des ordres.

V. : On faisait pas mal de conneries, on enlevait nos chaussures, on s'asseyait, on fumait, on faisait semblant de marcher, c'était n'importe quoi.

S. : Il y a eu ce type qui voulait me chatouiller les pieds pendant toute la séance. Il trouvait ça drôle, j'ai dû courir à travers toute la pièce tandis qu'il me poursuivait en essayant de me chatouiller les pieds.

V. : J'ai eu un mec qui voulait faire la chaise. Pendant une séance d'une heure, je me suis assise sur lui. Il y avait d'autres clients encore plus bizarres. Certains ont développé des parasites à force de manger des excréments.

Combien y avait-il de dominatrices ?

V. : Une vingtaine environ, à n'importe quel moment de la journée. Par rapport à ce qu'elle pouvaient gagner ailleurs, les filles s'y retrouvaient largement. Elles aimaient faire ce boulot.

S. : Elles travaillaient là-bas depuis qu'elles avaient quinze ans, et beaucoup d'entre elles avaient la trentaine.

V. : Il y avait même une femme, Rose, qui avait 70 ans.

S. : Personne ne voulait faire de séance avec elle cela dit, c'était triste.

V. : Elle restait là à traîner, et elle vendait les fringues qu'elle portait quand elle était encore fraîche.

S. : Et elle apprenait aux nouvelles maîtresses à se servir d'une corde.

V. : La majorité de ces femmes sont mentalement instables. Quand tu te lances là-dedans, soit tu y restes six mois, soit tu y restes dix ans.

Est-ce que votre comportement au travail a déjà empiété sur votre vie quotidienne ?

V. : Bien sûr, je pense que ça m'a rendu bien plus excentrique dans la vie privée. Dans ma vie de tous les jours aussi, j'ai tendance à donner des ordres aux gens.

S. : Ça m'a appris des trucs. J'ignorais qu'il existait des gens pareils.

V. : C'était fou de vivre une chose pareille, d'être dans la même pièce que quelqu'un et de savoir exactement ce qu'il voulait. Maintenant, j'essaie de comprendre les gens plus profondément, je sais qu'on a tous des secrets. L'aspect psychologique était aussi drôle, c'était intéressant de savoir comment naissait un fétichisme. Il y avait presque toujours une origine à leur fétichisme, ça venait souvent de leurs souvenirs d'enfance, quand leur sœur jouait avec eux, ou quand leurs parents les battaient. J'ai beaucoup appris de tout ça.

S. : On travaillait tellement qu'on ne pouvait pas beaucoup sortir les week-ends. Parfois on restait là-bas toute la journée et toute la nuit.

Scarlett a un copain [ci-dessus], à qui j'ai également parlé.

Qu'est-ce que tu pensais des activités de ta copine ?

Copain : Je n'en revenais pas quand j'ai vu l'argent qu'elle pouvait se faire en quinze minutes, ça équivalait à peu près à mon salaire en une journée. Ce qui me dérangeait, c'est que ces types avaient vraiment des fétichismes de détraqués, il fallait forcément que quelque chose aille de travers. En tant que mec, tu sais comment fonctionne ce genre de type, et ce qu'ils désirent. J'avais peur qu'ils enlèvent les filles ou quelque chose du genre. Combien de temps tu peux tenir un mec sans coucher avec lui alors qu'il est à un point de déviance aussi avancé ? Un type qui observe tes pieds depuis des mois — tu penses pas qu'il pourrait en vouloir un peu plus ? Est-ce que c'est possible qu'il pète les plombs ? Ça me stressait beaucoup au début.

S. : Je l'ai fait venir à une séance un jour, pour qu'il voie comment ça se passait.

C. : J'ai vu ces types, et ils ont l'air étrange. J'en ai vu un ratatiné dans un T-shirt robe. Ils étaient allés chez moi avant, pour donner de l'argent à Scarlett en cas de besoin.

S. : On est amis maintenant, je leur parle toujours. Un de ces mecs, qu'on appelait Joe l'esclave, nous apprenait des trucs. Il nous emmenait dîner. On l'a même emmené dans un club un soir.

Est-ce que toi, ou d'autres garçons, étiez impliqués dans ce travail ?

C. : Hors de question, je préfère me concentrer sur le mien.

S. : Parfois les mecs du donjon embauchaient des bandes de taggers pour qu'ils crachent dans la bouche des gays.

C. : C'est moins bien payé pour les mecs cela dit — seulement 20 dollars.

INTERVIEW ET PHOTOS DE TAJI AMEEN