Et si les OGM, c'était pas si mal ? Un plaidoyer par la chantre de l'anti-bio

On a rencontré Kavin Senapathy, la journaliste qui a fondé March Against Myths, une organisation qui milite pour les OGM et contre les manifs anti-Monsanto.
05 octobre 2016, 10:00am

Dans un monde de plus en plus transparent niveau alimentation, la question des OGM reste l'une des plus controversées. Les mangeurs de kale qui se fournissent chez Biocoop n'y toucheraient pas avec un bâton, quand bien même une récente étude scientifique sur les fruits et légumes génétiquement modifiés soulignerait leur caractère inoffensif pour la santé. De plus en plus de journalistes et de militants ont donc rejoint la cause des OGM et défendent les bénéfices potentiels de leur consommation ; cacahuètes sans arachide, oignons qui ne font pas pleurer ou pommes qui ne s'oxydent pas.

Kavin Senapathy est l'une des plus personnalités les plus actives parmi tous ceux qui doutent de l'agriculture dite écologique. Elle écrit régulièrement pour Forbes et a co-fondé le site internet March Against Myths about Modification (qu'on pourrait traduire par : « Lutte contre les mythes à propos de la modification »). Son engagement a commencé alors qu'elle préparait un papier pour le site Grounded Parents. Au fil de ses recherches, elle a observé que « le marketing qui joue sur la peur autour des OGM vise souvent les parents. » Kavin a donc choisi de documenter comment se formaient les préjugés sur les OGM et l'alimentation.

MUNCHIES lui a demandé si un monde où les avocats ne noirciraient pas était préférable. Elle nous en dit plus sur sa lutte contre les mythes entourant les OGM et les mensonges valorisant les produits organiques

MUNCHIES : **Salut Kavin. C'était quoi alors, cette « Manifestation contre la manifestation contre Monsanto » ? Pourquoi as-tu décidé d'agir de la sorte ?** Kavin Senapathy : March Against Myths est une organisation ouverte à tous que j'ai fondée avec le Dr Karl Haro, généticien, et David Sutherland, un végan militant pour les droits des animaux. Notre premier événement international annuel a eu lieu en mai 2015 quand nous avons manifesté contre les manifestations contre Monsanto : nous y avons exposé des preuves et expliqué des faits scientifiques. Depuis, nous avons mené d'autres actions contre ceux qui colportent ces mythes. Par exemple, nous avons permis d'annuler une communication du scientifique anti-OGM Thierry Vrain au Houston Museum of Science. Pendant qu'il donnait sa conférence dans un autre lieu, on live-tweetait sur les mythes dont il fait la promotion.

**Beaucoup de personnes ne font pas confiance aux OGM, voir sont farouchement contre. On voit généralement Monsanto comme une multinationale diabolique qui veut nous empoisonner. Pourquoi tant de haine ?** Notre capacité à raisonner de manière critique ne va pas assez vite pour traiter la surabondance d'informations qu'on peut trouver sur Internet. Ce trop-plein d'informations engendre un doute et une confusion qui peuvent être exploités. En vérité, la majorité de ce qu'on déteste chez Monsanto se base sur des préjugés mal informés ou sur des légendes lancées par des concurrents économiques. Je ne suis pas fan de Monsanto. Mais je pense qu'il faudrait mettre l'accent sur la recherche technique et les innovations, plutôt que sur Monsanto. Il faut surtout se préoccuper de l'agriculture, de la planète et de la justice sociale.

Kavin Sanapathy. Photo courtesy of Kavin Sanapathy/Patricia LaPointe.

Kavin Senapathy. Photo avec l'aimable autorisation de Kavin Senapathy/Patricia LaPointe.

Quels sont les mythes autour des OGM ? Il y en a plein ! En voici quelques-uns :

- Les OGM seraient les seuls organismes génétiquement manipulés par l'homme. Pourtant, presque tout ce que nous mangeons, y compris la nourriture organique, a vu son génome altéré avec des méthodes qui ne s'observent pas dans la nature – que l'intervention ait lieu dans un champ ou dans un labo.

- Les OGM ne seraient pas soumis à des tests et seraient donc dangereux pour la santé, provoquant notamment une augmentation des allergies. Il est tout à fait arbitraire (et peu scientifique) de soumettre les OGM à plus de régulations que les autres organismes modifiés. Par exemple, les plantes exposées à des produits chimiques mutagènes ou à des radiations – qu'on retrouve dans de très nombreux produits à base de blé – ne sont pas soumises aux mêmes tests que les OGM. Pourtant, aucune technique de modification génétique n'est plus risquée qu'une autre.

- Défendre la génétique reviendrait à protéger les intérêts des multinationales. Mais si mes collègues et moi, scientifiques, parents et sceptiques, tentons d'expliquer ce que sont les OGM, c'est uniquement pour déconstruire les injustices que ces mythes engendrent.

- Manifester contre Monsanto et faire du lobbying contre les OGM ou n'importe quelle autre technologie agricole permettrait de lutter contre « l'agrobusiness ». Ce que les gens ne réalisent pas, c'est que le lobby anti-OGM aide finalement les grandes firmes comme Monsanto. Car à force de vouloir durcir le cadre régulant les OGM (sur des critères peu scientifiques), il devient très coûteux et donc très difficile pour les petites entreprises de lancer leurs produits concurrents sur le marché.

**Tu critiques beaucoup l'industrie des produits organiques qui colporte « des idées peu étayées ». Peux-tu me donner un exemple ?** On pense souvent que l'agriculture biologique n'utilise pas de pesticides chimiques. C'est faux : ils se servent de pesticides qui sont différents de ceux utilisés en agriculture conventionnelle. La plupart de ces pesticides sont d'origine naturelle plutôt que synthétique, mais cela ne change pas leur degré de toxicité. L'industrie du bio vend ses produits en affirmant, sans trop de précision, qu'ils sont bons pour l'environnement, pour les producteurs, pour la santé et qu'ils sont plus naturels. Ces allégations sont volontairement floues. Elles sont efficaces puisqu'elles influencent les perceptions du consommateur et son comportement à l'achat.

**En quoi ta critique des mythes entourant la modification génétique œuvre pour la justice sociale ?** Les techniques génétiques que les lobbys et les militants anti-OGM désignent comme « OGM » ne sont que des accessoires dans la boîte à outils d'un agriculteur. Avec ces techniques, on peut ajouter à peu près n'importe quelle caractéristique à un organisme : comment résister à la sécheresse ou à un agent pathogène, comment fortifier son métabolisme et plus encore. Les agriculteurs, les consommateurs, les gens dans le besoin et l'environnement peuvent tirer profit de ces modifications.

**Mais les aliments bio ne sont pas censés être meilleurs pour notre santé ?** Concernant l'alimentation, le terme « sain » fait vendre mais il n'est pas clair. Ce que les nutritionnistes et les experts de santé m'ont appris, c'est que l'important est de voir si les calories que nous consommons lors d'un repas contiennent suffisamment de nutriments dont notre corps à besoin : les vitamines, les fibres, les protéines, et relativement peu de sucre, de sel et de graisses saturées. Et le fait qu'un aliment soit bio ou non n'influence pas cette composition.

**Tu es maman. En quoi le fait d'être parent et donc de devoir faire des choix concernant ce qu'ingèrent tes enfants affecte ton avis sur les OGM ?** Être parent a été un des éléments qui a déclenché mon intérêt pour les OGM – parmi d'autres. En tant que mère, j'ai développé beaucoup d'empathie pour les parents qui n'ont pas autant de privilèges que moi et qui pourraient être dupés par ceux qui s'opposent aux OGM et se sentir obligés de dépenser des sommes astronomiques en produits soi-disant naturels.

**Quels sont les points essentiels que tu voudrais communiquer au grand public sur la question des OGM ?** - Nous avons accès au stock de nourriture le plus abondant, varié et nutritif de toute l'Histoire.

- On présente toujours les agriculteurs comme les grandes victimes des OGM. Mais globalement, ce n'est pas le cas. Les agriculteurs font des choix réfléchis concernant leur exploitation. Si vous avez un doute, demandez-leur ! De plus en plus de professionnels sont sur les réseaux sociaux et ils sont ravis de répondre aux questions

- Vous pensez que des avocats qui ne pourrissent pas du jour au lendemain, que des oignons qui ne font pas pleurer et que du blé sans gluten pourraient être des produits utiles ? Si oui, alors il faut encourager les innovations et la compétitivité. Faire du lobbying contre certaines techniques agricoles crée une atmosphère mortifère, pleine de régulations non justifiées scientifiquement, dans laquelle seules de grosses multinationales peuvent survivre. C'est ce qui empêche les OGM vraiment utiles d'être développés et mis en vente sur le marché.

**Merci pour cette discussion, Kavin.**