Macron, Mâchons, technos et sonification : on revient du Mirage Fest 2016
Bienvenue dans le Lyon hyper-connecté des Hackers et des Makers, où la jeune création numérique continuer de fucker le copyright et le capitalisme financiarisé.
Image : Elena Volterrani“Ici, t’es dans la capitale du 1 % du top de la gastronomie française mon pote. Alors un festival comme Mirage on kiffe” me confie d’entrée un des 8500 festivaliers du Mirage Festival. “La prog est bien moderne, ça nous change un peu des éternelles célébrations du patrimoine lyonnais.”Perso je sors de la Halle Paul Bocuse, où, côté 1 %, force est mettre un genou à terre. Mais le projet Mirage s’est lui-aussi avéré super excitant. Organisé comme un vaste parcours en ville, le festival alignait une sélection internationale d’installations technologiques ou sonores bien barrées, assez ludiques car souvent interactives, et très, très expérimentales.
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Au pli de cette programmation se tient en fait l’avant-garde des cultures Glich, Makers, Open-Source et Do It Yourself. Les artistes-bidouilleurs présentés à Mirages manipulent la sonofication, la robotique, le détournement technologique, la récupération matérielle et numérique. Tout en se jouant des brevets, préférant un océans de savoirs collaboratifs, libres et à partager plutôt que des compétences encapsulées par les copyrights. Autrement dit, toutes les composantes du mouvement Hack. Mouvement dont la piraterie informatique n’est que la pointe Hollywoodienne de l’Iceberg, rappelons-le.L’occasion d’expérimenter la créa générative d’Olivier Ratsi, les performances d’Herman Kolgen, l’oeuvre sonore, lumineuse et tactile de Bertrand Lanthiez, suspendue dans la backroom de l’excellente librairie Datta. L’installation du Berlinois Nils Völker, elle-aussi, était tactile : il s’agissait d’un parterre de sacs plastiques gonflés et dégonflés aléatoirement par de petits ventilateurs, avec le soir venu, des mecs bourrés qui se roulaient dedans.
Voici un Bullshit Bingo, réalisé avec toutes les énormités entendues lors de la rencontre professionnelle “Art is business”. En cas de réunionite aiguë, vous pouvez générer votre propre grille sur :www.bullshitbingo.net/cards/bullshit(idée : Nicolas Maigret).Alors que le pot de l’amitié était intact, Philippe Silberzahn se vantait de la créativité de ses étudiants : “parfois, lors de la présentation des travaux de fin d’année, je n’arrive même pas à faire la différence entre un projet de start-up et un oeuvre d’Art, vous imaginez ?”Un peu oui. En fait, en France, depuis cinq à six ans, la pression institutionnelle s’exerce à des niveaux très intenses sur le réseau des fablabs, bidouilleurs informatiques, artistes-mécano, et autres glitchers Sound It Yourself. Créatifs qui composaient d’ailleurs en grande partie la programmation d’un festival comme Mirage.Pourquoi cet tension ? Bernard Stiegler m’avait donné un élément de réponse dans une interview jamais publiée, il y a près d’un an : “en gros, le capitalisme financiarisé et notamment les très larges rétributions aux actionnaires aspirent tout, y compris les budgets que les grands groupes s’allouaient pour leurs secteurs Recherche & Développement. Dépossédés de leur capacité à investir dans l’innovation, les entreprises se rabattent sur les innovations technologiques nées dans les hacks ou les makerspaces. Ces nouveaux labs ont permis d’externaliser inventions et développements, à moindre coup”. Les élus ruissellent et applaudissent.
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C’est la raison pour laquelle des mecs comme Philippe Silberzahn peuvent se trimballer sur un événement d’avant-garde numérique en parlant clusters et start-up. Et qu’au lieu d’être sorti sous les épluchures, l’homme reçoit soutiens et propositions “pour mutualiser les compétences entre talents émergents et jeunes entrepreneurs.”C’est la raison pour laquelle l’édition 2016 du Fablab Festival de Toulouse s’est placée sous “le haut parrainage de Monsieur Emmanuel Macron”.
Notre ministre de l'économie dans un Fablab, en train d’inspecter la maquette de la nouvelle Étoile de la Mort.Via"Que Macron jette son dévolu sur le réseau fablab n'est pas très étonnant. Le numérique est le premier secteur industriel aujourd'hui et les enjeux pour l'économie sont énormes. Le souci c’est que notre réseau se laisse encore trop impressionner par la moindre promesse de soutien institutionnel ou politique” explique Clément Renaud, chercheur, spécialiste du web chinois et participant aux workshops du Mirage Festival. “Les fablabs sont en manque de reconnaissance, et l'attention d'un ministre ou d'une grande firme ne suscite pas forcément la bonne réaction. Au lieu d'utiliser la position d'avant-garde de cette nouvelle culture numérique pour imposer les termes de la négo, on s'inscrit directement dans la continuité des discours industriels, souvent par méconnaissance des enjeux j'ai l'impression. En fait, c’est le Ministère de l’Économie qui devrait promouvoir le Fablab Fest sur son propre portail. Pas l’inverse.”Après avoir institutionnalisé la scène du Rock Libre des 90’s en M.J.C puis en “Scène de Musiques Actuelles”, les Ministères de la Culture et de l’économie rêvent de transformer le milieu des makers comme de l’Open Source en petites agences de développement économiques. Faire des Makerspaces des lieux associatifs pour les jeunes… De droite. À coup de soumission à la subvention, d’appels d’offres foireux, d’assos qui se bouffent entre elles et d’élus qui récolteront – toujours in fine – le taf.Tenons notre droite et restons groupés, afin que ces terribles plaies épargnent tous les labs comme les belles expériences créatives, à l’instar du Mirage Festival.La gastronomie lyonnaise est éternelle. La cinquième édition du Mirage Fest elle, se tiendra début mars 2017.Théophile mâchonne sur Twitter.
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