© Kyle Terada-USA TODAY Sports
Le 13 avril dernier, le sélectionneur américain Bruce Arena s'est inscrit dans une longue lignée d'oracles annonçant la future hégémonie yankee sur le football mondial. « En 2026, on va pouvoir commencer à parler d'une victoire américaine en Coupe du monde », a osé Bruce. Et il ne parlait pas des filles, qui ont déjà soulevé trois fois le trophée.
Bruce, mon pote, sais-tu que nous entendons ce même refrain depuis 19 ans, et la Coupe du monde 1998 ? A l'époque, la fédération de "soccer" avait dévoilé un plan machiavélique et bien rôdé, censé porter les States au pinacle du foot mondial pour la Coupe du monde 2010. Dans la bouche des officiels qui avaient échafaudé ce programme, cela n'avait rien d'une blague, alors même que les Etats-Unis avaient fini dernier de leur poule avec zéro point et un but marqué en trois matches.Quelques années plus tard, Grant Wahl, l'une des plumes les plus célèbres de Sports Illustrated, tirait un bilan somme toute positif de ce plan objectif 2010, qui selon lui avait permis de « gagner des millions de dollars à la fédération en attirant des sponsors comme Nike, ce qui constitue en soi un succès. » Bien.Avouons-le par souci d'être de bonne foi, à l'époque, tout le monde avait cru à ce plan, qui reposait sur la certitude que la formation américaine allait faire éclore des dizaines de pépites du foot mondial. En 2002, Robert Samuelson écrivait dans Newsweek : « Je me souviens exactement du moment où j'ai su que les Etats-Unis allaient être champions du monde. C'était un de ces matins clairs d'automne, au milieu des années 90. Nous emmenions notre plus jeune garçon à son club. Sur la route, nous avions croisé des dizaines de petits terrains de foot. » En gros, si les gamins jouent au foot, l'équipe des adultes sera forte au foot. Voilà en substance le résumé de la pensée de Samuelson qui, si on la suivait jusqu'au bout, nous mènerait à des finales de Coupe du monde endiablées entre l'Inde et la Chine.Malgré ces erreurs d'appréciation énormes, les devins ont poursuivi leur oeuvre pendant des années. En 2004, Eric Weinberger du Boston Globe a par exemple affirmé de façon totalement péremptoire que « la plupart des observateurs les plus avisés du foot savent bien que les Etats-Unis gagneront la Coupe du monde assez rapidement. » Sauf que les States se sont faits sortir de la Coupe du monde 2010 en perdant 2-1 contre le Ghana, en huitième de finale. Ce qui reste une très belle performance, soyons honnêtes, mais par pitié Bruce, arrêtez de nous faire rêver !Bruce Arena today: 'I think 2026 will be the time where we are going to start talking about winning a World Cup, to be honest with you.'
— Paul Tenorio (@PaulTenorio)April 13, 2017