Il n’y a pas de chaîne-hifi sur la face cachée de la lune

Il n’y a pas de chaîne-hifi sur la face cachée de la lune

En dépit de la rumeur, les astronautes de la mission Apollo 10 ne divaguaient pas à la première occasion.
23 février 2016, 2:56pm

De toute évidence, la nouvelle saison d'X-Files a marqué les imaginations. Il faut dire que depuis les années 90, les mystères de tous genres ont singulièrement perdu en standing. Les conspirations à base de magnétite, les expérimentations sociales discutables, les rebelles sans visage, les fœtus hybrides, les romances ambiguës parfumées à l'azote liquide, tout cela, c'est fini.

L'industrie spatiale produit désormais des fusées qui retombent sur leurs pattes, mais les agences spatiales se sont désintéressées des extraterrestres. Les gouvernements sont remaniés trop souvent pour trouver la force de comploter. Plus personne n'échange d'histoire de fantômes lors des longues soirées d'hiver, sauf quand il s'agit d'évoquer un ex. On s'ennuie. Où sont les êtres venus d'ailleurs ? S'ils ne viennent pas à nous, nous irons à eux. Quitte à remonter le temps.

Cette nostalgie pour les technologies occultes et les affaires irrésolues s'est incarnée, ces derniers jours, en une épidémie d'articles non sourcés évoquant Apollo 10, la mission ayant précédé Apollo 11 et ses charmantes pitreries sur la surface lunaire.

Apollo 10, lancée le 18 mai 1969 a permis de tester le programme qui devait emmener des hommes sur la lune quelques mois plus tard. Le vaisseau s'est mis sur orbite lunaire avant de revenir sur Terre sans encombres. Net, précis, sans bavure. Ç'en était trop pour les conspirationnistes, qui ne pouvaient accepter qu'une opération des années 60 en rapport avec l'espace et l'exploration ne laisse pas la moindre trace de rébus cosmique sur son passage.

Ç'en était également trop pour la chaine américaine Science Channel, qui aurait aimé ficeler sa série de documentaires sur « Les dossiers inexpliqués de la NASA » avec quelques informations inédites, ou du moins, des marronniers d'une taille moins imposante que les autres.

Ni une, ni deux, celle-ci a donc révélé « un enregistrement déclassifié inédit » de la NASA, sur lequel on entendrait des astronautes enfermés dans le module lunaire d'Apollo 10 (attaché au module de commandement) échanger quelques mots après avoir entendu une mystérieuse musique en provenance de la lune. De la face cachée de la lune, plus précisément. Seul endroit où l'on peut suspecter l'organisation d'une rave de petits êtres protéiformes sans passer pour un imbécile.

L'information a fait le tour du web, même après un démenti de la NASA qui précise les archives transcriptions audio de la mission Apollo 10 sont publiques depuis 1973 et ont été publiées sur Internet en 2012. Le pilote Eugene Cernan, rappelé de sa douce retraite pour l'occasion, précise : « Je ne me rappelle pas que l'incident m'ait suffisamment intrigué pour que je le prenne très au sérieux. C'était probablement une interférence radio. Si nous avions suspecté que cela puisse être autre chose, nous aurions alerté tout le monde après l'atterrissage. On y aurait repensé, bien évidemment. »

Le transcript audio de l'événement secret incroyablement mystérieux, occulte, incertain et cryptique est disponible ici. On y entend les astronautes effectuer des opérations de routine et faire des blagues sur un ton désabusé.

Rappelons pour l'occasion que, même lorsque les interférences radio ne mettent pas leur grain de sel, les astronautes sont régulièrement sujets à des épisodes hallucinatoires dus à la durée prolongée des missions, ainsi qu'aux environnements isolés et confinés remplis d'appareils électroniques. Lors des premières missions Apollo en particulier, les équipages ont fait l'expérience de séries de flashes lumineux sortis des profondeurs insondables de l'espace. The Guardian rapporte que l'astronaute Don Pettit avait régulièrement l'impression que « des lumières clignotaient devant ses yeux, comme des fées, un phénomène qui pouvait être ignoré pendant le travail, mais qui réapparaissait avec d'autant plus d'intensité la nuit, sur la couchette. » Par la suite, plusieurs études ont indiqué que ces phosphènes pourraient être dus aux rayons cosmiques.

Si on pardonne aisément les équipages d'être très sensibles aux petites anomalies et aux changements de stimuli dans leur environnement lors d'une mission de plusieurs semaines, les journalistes, eux, sont censés avoir les pieds sur Terre.