Illustration Arthur Milleville 

Red Star : un centre de formation pour voir plus loin

Porté par les dirigeants, notamment désireux de stopper le départ de leurs meilleurs joueurs, le centre de formation du club audonien devrait ouvrir ses portes en septembre 2019 à La Courneuve. A condition que le club se maintienne en Ligue 2.

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24 décembre 2018, 11:55am

Illustration Arthur Milleville 

Abou Diaby, Lassana Diarra, Alexandre Song, Moussa Sissoko ou Sofiane Feghouli. Cinq joueurs ayant connu le plus haut niveau, dont l’aventure a débuté au Red Star. Un club qu’ils ont quitté dès l’adolescence pour parfaire leurs gammes dans un centre de formation. Le constat est le même aujourd’hui. Matias Ferreira, jeune joueur originaire de Saint-Ouen, a rejoint le centre de formation du FC Sochaux à 15 ans, avant de revenir au Red Star quelques années plus tard.

Voir ses meilleurs éléments quitter le club, c’est ce qui a en partie motivé la décision des dirigeants de l’étoile rouge de disposer d’un centre de formation. « Sur les 20 dernières années, nous avons perdu une cinquantaine de joueurs, dont trente sont devenus professionnels, liste Régis Pillon, secrétaire général du club. Nous avons de très bons formateurs et il faut capitaliser dessus. »

Un double enjeu, car la formation contribue également au développement économique d’un club. « Cela réduit les frais liés aux indemnités de transferts, car vous avez moins besoin de recrues. Cela évite de se perdre dans un marché des transferts illisible, grâce à la promotion interne, et cela peut permettre, le cas échéant, de réaliser des plus-values en vendant après que les joueurs formés aient servi l'équipe première”, éclaire Thierry Guillou.

Ce dernier, éducateur de football au Stade Malherbe Caen et auteur du livre Football et formation : une certaine idée du jeu, met aussi l’accent sur plusieurs points essentiels, qui élevent le niveau d’un centre de formation : « Il serait intéressant de se poser la question du football que l'on souhaite dans le futur et donc du profil des joueurs que l'on veut révéler, débute t-il. Un bon centre de formation, c'est celui qui forme des joueurs pour son équipe première, avec une réelle identité de jeu, avant de former pour une éventuelle vente. »

« Nos joueurs qui aiment le Red Star pourront poursuivre l’aventure. Cela va diminuer le déracinement de ceux qui, faute de mieux, intègrent un centre de formation à l’autre bout de la France », souligne Souleymane Camara, manager sportif du Red Star

La situation géographique du Red Star, établi dans le 93, est un atout considérable, car l’Île-de-France est un vivier de talents. Sept joueurs de l’équipe de France championne du monde en juillet 2018 sont originaires ou ont été formés en région parisienne. Parmi lesquels des joueurs clés du système de Didier Deschamps : N'Golo Kanté, Paul Pogba, Kylian Mbappé, Blaise Matuidi ou Presnel Kimpembe. Paradoxalement, sur les 37 clubs qui jouissent d’un centre de formation agréé par la Fédération française de football pour la saison 2018-2019, seuls deux sont localisés en région parisienne : le Paris Saint-Germain et le Paris football club.

Une offre que le Red Star ambitionne de renforcer. « Nos joueurs qui aiment le Red Star pourront poursuivre l’aventure. Cela va diminuer le déracinement de ceux qui, faute de mieux, intègrent un centre de formation à l’autre bout de la France », souligne Souleymane Camara, manager sportif du Red Star depuis le début de cette saison. Si elle avoue avoir étudié ce qui se faisait dans les autres clubs, l’équipe dirigeante du Red Star ne prétend pas reproduire le modèle de ses homologues français, qui scrutent les joueurs aux quatre coins de l’Hexagone. « Notre recrutement se fera exclusivement en région parisienne. Il y a suffisamment de talents ici pour que nous ne soyons pas obligés d’aller dans d’autres régions ou à l’étranger », renseigne Régis Pillon.

Thierry Guillou tient à préciser qu’en complément de l’optimisation du talent des joueurs, un centre de formation joue un rôle éducatif majeur. « S'il ne doit pas se substituer à l'éducation parentale, il doit s'inscrire dans une grande complémentarité avec elle. Les jeunes garçons sont bien souvent éloignés de leur famille et doivent donc être accompagnés avec bienveillance dans un cadre déterminé pour s'épanouir. »

Au-delà de ceux qui ont un avenir dans le football, les formateurs doivent également valoriser ceux qui ne deviendront pas des footballeurs professionnels, « qui représentent la grande majorité des pensionnaires », note Thierry Guillou. Une valorisation qui passe indubitablement par l’école. « Il faut avoir un projet scolaire pour nos jeunes joueurs. Nous avons déjà eu plusieurs rendez-vous avec l’inspection académique et des proviseurs des lycées alentours pour évoquer ce point », clarifie le manager sportif du Red Star Souleymane Camara.

« Le pouvoir du football dans la création de lien social est colossal ! Et les centres de formation permettent aux pensionnaires ces échanges dès le plus jeune âge » – Thierry Guillou, éducateur à Caen

Dans cette optique, il y a le Red Star Lab. Créé il y a environ 10 ans, ce projet permet aux jeunes joueurs du club audonien de découvrir une activité culturelle ou artistique durant leurs vacances scolaires. Théâtre, cinéma, photo, peinture, écriture, danse ou radio, les ateliers sont variés. Le Red Star prévoit de transposer cette initiative au centre de formation, dans une volonté d'intégration sociale et de renforcement de l'esprit d'équipe. « Le pouvoir du football dans la création de lien social est colossal ! Et les centres de formation permettent aux pensionnaires ces échanges dès le plus jeune âge », explique Thierry Guillou.

Si le nombre de centres de formation en Île-de-France est faible, c’est parce qu"il est difficile de trouve un site adapté. Pour élaborer son projet, le Red Star a jeté son dévolu sur le complexe de Marville, à la Courneuve, dont le stade avait accueilli les rencontres professionnelles du club audonien au début des années 2000.

Intégré au programme des Jeux olympiques 2024 de Paris, Marville va être rénové avant l’événement. « Comme l’intégralité du site ne sera pas occupée, nous avons proposé d’en privatiser une partie pour établir notre centre de formation », dévoile Régis Pillon. Dans le cadre d’un appel d’offres, le Red Star a récemment déposé un candidature auprès du syndicat interdépartemental, la collectivité publique qui gère la structure. L’étoile rouge est soutenue par le département de Seine-Saint-Denis et la région Île-de-France.

Ambitieux, le projet devrait bel et bien voir le jour dans un futur proche. Le Red Star a en effet remporté l'appel à projet concernant le site de Marville et, aujourd'hui, les dirigeants du club sont dans l’attente du verdict de la direction technique national, qui étudie les dossiers et délivre chaque saison la liste des centres de formation agréés par la Fédération française de football. « Il y a trois types de critères à respecter : sportifs, structurels et scolaires. Cela va du nombre de terrains aux diplômes des éducateurs, énumère Régis Pillon. Il faut avoir un double projet, scolaire et sportif, pour que nos joueurs soient encadrés à l’école, mais aussi pendant les entraînements, par un médecin ou un kiné par exemple. » Les instances du football français devraient faire connaître leur décision en mai ou en juin.

Mais pour l'instant, les signaux sont au vert et le centre de formation du Red Star devrait ouvrir ses portes en 2019. Mais une déconvenue sportive pourrait repousser l’échéance, comme l’indique Régis Pillon. « La condition sine qua none pour être autorisé à lancer un centre de formation, c’est d’évoluer au minimum pendant deux saisons consécutives en Ligue 2. » Après 19 journées de championnat, le Red Star est 20e de Ligue 2 avec un total de 13 points. Si son classement n'évolue pas d'ici la fin de la saison, l'ouverture du centre de formation serait donc repoussée.

Une possibilité envisagée par la direction, qui a potassé sur une utilisation alternative du complexe de Marville. A l’heure actuelle, le site de Bauer accueille les séances d’entraînements des différentes équipes jeunes du Red Star. La reconstruction du stade, qui va être lancée dans les prochains mois, va forcer le club à trouver un autre port d’attache, qui, en cas de relégation de l’équipe première en Nationale – et donc de report de l’ouverture du centre de formation - serait Marville. Pour connaître le dénouement, il faudra scruter les résultats du club chaque week-end en Ligue 2. Pour les prochains mois, destin sportif et centre de formation sont intimement liés.

Cet article est publié dans le cadre du partenariat entre VICE et le Red Star et a été rédigé par la rédaction en toute indépendance.

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