Claude Lemieux, l'incendiaire 
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Claude Lemieux, l'incendiaire des patinoires

Le Canadien s'est forgé l'un des plus beaux palmarès du hockey mondial, mais aussi la plus sinistre réputation qui soit : celle d'un bastonneur vicieux et prêt à tout.
23.5.17

Durant trois mois et à raison d'un article par semaine, la rédaction de VICE Sports vous fait découvrir les truands du sport. Des hommes et des femmes issus de différentes disciplines, dont le talent certain est éclipsé par leur comportement sur et en dehors des terrains, des courts, des parquets et mêmes des greens. Des arnaqueurs, des séducteurs, des aboyeurs, des méchants qui ont des penchants pour la picole, la drogue ou les crasses en tout genre.

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Il faut bien l'avouer, le hockey sur glace n'est pas le sport le plus populaire en Europe. S'il existe bien une forte demande en Europe du nord (Suède, Norvège entre autres…), il a bien du mal à trouver sa place dans des contrées depuis bien longtemps dévouées au football. Pour de nombreuses personnes, le hockey sur glace n'est qu'un sport de brutes, où les actions se déroulent très vite et où les joueurs se foutent sur la gueule pour n'importe quel prétexte, le tout saupoudré d'un air de synthé bien gras. D'ailleurs, si l'on effectue une rapide recherche Youtube, c'est bien souvent une compilation des plus belles bagarres qui nous est proposée plutôt que les actions les plus spectaculaires d'un match.

Au cours de sa carrière, Claude Lemieux n'a pas vraiment dissipé ces idées reçues. Parfois qualifié de fou furieux, parfois de tête brulée, Claude Lemieux est un incendiaire des patinoires qui doit sa renommée à son caractère que l'on pourrait pudiquement qualifier de soupe au lait. Mais avant d'aborder ce pan plus sombre de l'histoire de Claude Lemieux, il faut malgré tout saluer les exploits sportifs du Canadien. Joueur mythique, c'est en 1983, alors qu'il est âgé de seulement 18 ans, qu'il fait ses premiers pas dans le monde professionnel. Mais c'est lors de la saison 1985-1986 que Lemieux va vraiment devenir un joueur incontournable des Canadiens de Sherbrooke, son club d'alors. C'est avec eux qu'il va remporter sa première Coupe Stanley, le graal pour les amateurs de hockey. Au total, il va en remporter quatre, ce qui le place directement comme l'un des joueurs les plus titrés de ce sport. Joueur rude et violent sur l'homme, il est respecté et peu osent le frotter de trop près. Et malgré quelques blessures, Lemieux enchaîne les saisons à plus de 50 matches.

Lors de ses belles années, il inscrira jusqu'à trente buts lors d'une seule saison, des chiffres évocateurs qui le placent parmi les meilleurs joueurs du championnat. Pépé comme il était surnommé était ailier droit, un poste offensif et décisif. C'est lui qui se battait, grâce à son imposant physique, pour le palet dans les coins de la patinoire, mais c'est aussi lui qui était chargé de la dernière passe, décisive pour envoyer son attaquant marquer. « Le hockey est devenu bien plus physique avec le temps, et je pense que c'est là que je suis le plus à même d'apporter un plus à mon équipe » explique-t-il .

Mais voilà, Claude Lemieux est au moins aussi reconnu dans le monde du hockey pour son incroyable palmarès que pour son comportement houleux. Exemple mythique : lors d'un échauffement d'avant-match de finale de Coupe Stanley entre les Canadiens et les Flyers en 1987, une féroce bagarre générale de plusieurs minutes a éclaté entre plusieurs joueurs. Pour faire simple, Lemieux et son coéquipier Corson avaient une ritournelle d'avant-match bien établie : celle d'envoyer plusieurs palets dans le but adverse en fin d'échauffement. Cette fois-ci, plusieurs joueurs adverses ont très mal reçu cette « humiliation » et dans une atmosphère de finale déjà intense, les choses se sont très vite envenimées. Une véritable bataille rangée sous les yeux médusés des spectateurs, et ce, avant même les hymnes nationaux. Les deux équipes se sont au total affrontées pendant près de 15 minutes.

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Le plus beau dans cette histoire ? Comme l'altercation s'était déroulée avant le match, les arbitres n'ont pris aucune sanction; Tout ce petit monde s'est donc retrouvé sur le terrain quelques minutes plus tard pour en découdre. « Nous avons surnommé cela La bagarre qui n'a jamais existé, quand les arbitres nous ont dit qu'ils ne savaient pas quoi faire, nous ne l'avons pas cru », s'est souvenu Claude Lemieux des années plus tard.

Ce n'est d'ailleurs pas le seul fait de gloire de ce castagneur des patinoires. Au total, le Canadien compte plus de 2300 minutes de pénalité. En vrai sadique, il détestait sincèrement ses adversaires et prenait un malin plaisir à les blesser, les frapper par derrière. Comble de l'irrespect, il a une fois bu dans la gourde du gardien adversaire, une terrible provocation. Considéré comme un vrai « salaud » et peu apprécié des autres joueurs, Lemieux n'est que très peu intéressé par l'aspect coubertiniste du sport. Non, pour lui, un ennemi doit être abattu, peu importe la manière.

Mais il y a encore mieux. En 1996, il agresse d'une manière démente et extrêmement violente Kris Draper, joueur des Red Wings de Detroit. Alors qu'il joue pour les Avalanches du Colorado, il frappe par derrière sa victime du jour. Au total : Draper subira une grave commotion cérébrale et plusieurs fractures de la mâchoire, et du nez. Il doit même subir une chirurgie réparatrice du visage. Moyennement attristé par cet événement, Lemieux n'a jamais éprouvé le moindre remord ni la moindre crainte malgré plusieurs sanctions et des menaces de mort reçues quelques temps après. Depuis ce jour de 1996, les deux clubs se vouent une haine viscérale, et les supporters ont bien du mal à se croiser sans se tomber dessus. A cause d'un seul homme, deux clubs en sont venus à se détester, cela situe la carrure de Claude Lemieux et l'écho qu'ont remporté ses exploits…

Mais rassurez-vous, Lemieux s'est assagi avec le temps. La preuve, il pense sérieusement à se reconvertir comme coach de hockey. Pas de doute que ses joueurs seront élevés à bonne école !