Drogue

Mal doser le pot dans ses brownies est risqué, vaudrait mieux standardiser

« Les gens pensent tous qu’ils peuvent se faire des biscuits à la maison, mais ben souvent, ça finit ben mal. Le party n’est pas le fun pantoute. »
26.9.17
Crédit photo : jeffreyw / Flickr

Près de la moitié des Canadiens (46 %) voudraient essayer les produits comestibles à base de cannabis s'ils étaient offerts sur le marché, révèle aujourd'hui une étude de l'Université Dalhousie, à Halifax.

La commercialisation de ces produits est pourtant exclue de l'actuel projet de loi de légalisation du cannabis du gouvernement fédéral, même si la production maison sera permise, du moment qu'elle n'implique pas de solvants.

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« Au lieu de se mettre la tête dans le sable, acceptons le fait que les produits comestibles à base de marijuana existent, qu'ils vont continuer à exister, alors on devrait appliquer une réglementation qui est adéquate », lance l'auteur de l'étude et doyen de la faculté de gestion de l'Université Dalhousie, Sylvain Charlebois, en entrevue avec VICE.

Il pointe du doigt la « peur » du gouvernement à légiférer sur le sujet, ce qui permettrait pourtant d'endiguer certains problèmes de santé publique, notamment en ce qui a trait au dosage.

Démocratisation du brownie au pot

Le sondage révèle que seulement une personne sur cinq est suffisamment informée pour cuisiner avec de la marijuana. Or, la préparation maison est « absolument » risquée, rappelle le doyen, « si on ne sait pas ce qu'on fait ».

Jose Dominguez, maître cultivateur au sein de la compagnie de production de cannabis médical Canveda, abonde dans le même sens. « Les gens pensent tous qu'ils peuvent se faire des biscuits à la maison, mais ben souvent, ça finit ben mal. Le party n'est pas le fun pantoute », a-t-il prévenu lors d'une précédente entrevue avec VICE. J'ai des souvenirs du cégep qui me donnent envie de lui donner raison.

Les deux hommes s'entendent pour dire qu'il y a un travail d'éducation à faire quant à la préparation de produits comestibles. Est-ce que Santé Canada pourrait aller jusqu'à publier une recette sur internet? ai-je demandé à Sylvain Charlebois, qui a aussitôt éclaté de rire.

« Je ne pense pas que ça devrait aller aussi loin. Ils pourraient peut-être regarder, je sais pas moi, le dosage. Donner une idée aux gens de comment préparer la marijuana. » Il avance que l'éducation doit aussi passer par l'industrie agroalimentaire, qui voit le cannabis « comme une des plus belles opportunités pour l'industrie d'ici les cinq à dix prochaines années », et qui fait déjà de la recherche sur le cannabis. Ce serait selon lui l'occasion de normaliser l'emballage, l'étiquetage, la dose, mais aussi la façon de communiquer les risques aux consommateurs.

Jose Dominguez souligne pour sa part l'expertise des producteurs licenciés, qui sont capables d'uniformiser le dosage dans tout le produit, un peu comme les chocolats à la liqueur. Une manière, comme il l'explique, de ne pas se ramasser avec un gars qui te dit que ton biscuit ne fait rien et un autre couché par terre qui a l'impression de planer jusqu'à New Delhi.

« Standardiser des comestibles, c'est extrêmement difficile, soutient-il. Pour que chaque morceau [de chocolat] contienne tant [de cannabis], ça prend un laboratoire. »