FYI.

This story is over 5 years old.

Crime

Le Soudan du Sud interdit les humanitaires étrangers au pire moment

Le gouvernement du Soudan du Sud, au bord de la famine après neuf mois de guerre civile, a sommé les entreprises privées et les ONG d'arrêter d'employer des étrangers.
12.10.14
Photo d'Arsenie Coseac

Le gouvernement du Soudan du Sud a pris la décision de bannir du pays les travailleurs étrangers, dont les humanitaires, selon une circulaire officielle parue dans les journaux locaux et envoyée directement aux ONG.

Cette mesure a alarmé les associations humanitaires et l'ONU, qui évoquent la menace d'une famine dans ce pays ravagé depuis neuf mois par une guerre civile qui a coupé les circuit approvisionnements alimentaires et a empêché les fermiers de cultiver leurs champs.

Publicité

« Toutes les organisations non-gouvernementales, les compagnies privées, les banques, les compagnies d'assurance, de télécommunication, de pétrole, les hôtels et les auberges, doivent déclarer les étrangers qu'ils emploient et leur ordonner de cesser de travailler sur le champ à partir du 15 Octobre 2014 », est-il écrit dans ce décret signé par le ministre du travail Ngor Kolongom le 21 août - une date assez surprenante car le document lui-même est daté du 12 septembre, soit plusieurs semaines plus tard.

Ngor Kolongom a ordonné aux ONG et aux entreprises privées de démarcher les populations locales pour remplacer les directeurs exécutifs, managers du personnel et autres pour les remplacer par « des Sud-Soudanais compétents ».

« Le but de cette circulaire est de protéger les droits du peuple Sud-Soudanais », explique Ngor Kolongom dans son message.

Un porte-parole de la mission de l'ONU au Soudan du Sud (MINUSS) a déclaré que ce n'était pas la première fois que le gouvernement de Juba s'en prend aux étrangers dans le pays - beaucoup d'entre eux fournissent des services de bases à des millions de personnes. En juin, le ministère du travail a fait paraitre un décret du même ordre, demandant aux employers de renvoyer les employés soudanais.

Guerre civile au Soudan du Sud, découvrez notre édition spéciale.

L'ONU a également déclaré comprendre cette mesure comme une action en faveur des Sud-Soudanais dans une économie marquée par la présence d'étrangers - des travailleurs chinois qui opèrent sur les champs de pétrole aux travailleurs européens et américains qui gèrent les puits de pétrole et les infrastructures de construction et de distribution alimentaire. Cette interprétation était conforme a une déclaration de la secrétaire d'État au travail Helen Achiro Lotara à la BBC. Elle explique que le but de cette mesure est que les travailleurs nationaux remplissent quatre des cinq postes de direction dans les ONG et dans d'autres compagnies. Cette nuance n'apparaît toutefois pas dans le décret, qui semble appeler à une expulsion totale des travailleurs étrangers.

VICE News a parlé avec des humanitaires qui sont sceptiques à l'idée que cet mesure puisse ou soit implantée. Pour ajouter à cette confusion, un porte-parole de la délégation sud-soudanaise à l'ONU a déclaré à VICE News « ne pas avoir de clarification sur le véritable sens de cette mesure, et d'être en attente de plus d'informations venant de Juba ».

Publicité

En pleine guerre civile, le moment semble mal choisi.

Tariq Ribel, directeur d'Oxfam International au Soudan du Sud a confié à VICE News qu'une copie du décret publié dans les journaux avait été livré à ses bureaux dans la capitale, Juba l'après-midi même. « Nous espérons pouvoir annuler cette mesure », a réagi Tariq Ribel. « Si nous n'y parvenons pas, les conséquences sur nos opérations au Soudan du Sud seront désastreuses ».

Guerre civile au Soudan du Sud : regardez notre documentaire.

L'ONU estime qu'au moins 1,7 millions de personnes ont été déplacés depuis le début des combats entre les troupes loyales au président Salva Kiir, et celles de son ancien vice-président, Riek Machar.

Le conflit oppose deux ethnies, opposant les Dinka, le groupe auquel Salva Kiir appartient, contre les Nuers, le groupe ethnique de Riek Machar.

Une série de cessez-le-feu cette année ont été complètement ignorés, et l'ONU et les associations de droits de l'homme disent que des crimes de guerre ont été commis des deux côtés. Seule la saison des pluies, qui prend fin dans deux semaines, semble avoir refroidi les combats. Il est très probables que les affrontements continueront à plus grande échelle une fois que les routes détrempées seront à nouveau franchissables. S'ils reprennent, la famine deviendra une réalité pour des millions de personnes.

« On pense que la famine frappera l'année prochaine, entre mars et juin », dit Tariq Ribel. « Ce qui est tragique, c'est que c'est que l'origine de cette catastrophe est humaine. Rien de tout cela ne se serait produit s'il n'y avait pas eu de guerre ».

Publicité

En ce moment, les ONG, et le bras humanitaire de l'ONU sont capables de nourrir seulement la moitié des 4,8 millions de Sud-soudannais qui ont besoin d'assistance, d'après Oxfam.

« Ils ont déjà du mal à répondre aux besoins des gens qui nécessitent de l'aide", déplore Tariq Ribel, notant que la plupart des employés d'Oxfam au Soudan du Sud sont des travailleurs locaux. « Cette circulaire va complètement à l'encontre de la réalité ».

La MINUSS, qui travaille de près avec les ONG héberge actuellement 100 000 personnes déplacées dans neuf de leurs camps à travers le pays.

« Les ONG sont la colonne vertébrale des opérations humanitaires au Soudan du Sud, grâce aux services et des Sud-soudanais, et des travailleurs internationaux », a déclaré à nVICE News Amanda Pitt, porte-parole du bureau de l'ONU pour la coordination des affaires humanitaires.

« Toute restriction à la liberté des organisations de recruter et de déployer du personnel pourrait avoir des conséquences dramatiques pour les millions de personnes qui ont besoin d'aide, et qui comptent sur les organisations humanitaires pour les aider ».

Cette décision du gouvernement arrive alors que les conditions de travail des humanitaires sont de plus en plus difficiles, les combats, la météo ainsi que l'obstruction du gouvernement compliquent la distribution de vivres.

Les humanitaires rapportent que les avions du programme alimentaire mondial ont été mis à l'arrêt pendant deux semaines après que les autorités ont soudainement annoncé une taxe de 700 dollars. De la même manière, d'autres impôts surprises visant le dédouanement et des exonérations fiscales ont été rapportés.

Guerre civile au Soudan du Sud, découvrez notre édition spéciale.

Le 26 août, un hélicoptère de l'ONU transportant quatre entrepreneurs russes a été abattu près de Benitu, tuant trois membres de l'équipage et blessant sévèrement un quatrième. L'ONU a signalé que Peter Gadet, le commandant rebelle avait menacé une semaine plus tôt d'abattre un avion de la MINUSS qu'il soupçonnait de transporter des soldats du gouvernement.

La communauté d'ONG et leurs appuis occidentaux, tout comme l'ONU, ont été accusé de soutenir un gouvernement corrompu et de fermer les yeux sur une administration déchirée par les divisions.

La façon dont cette circulaire s'appliquerait pour les travailleurs chinois n'est pas clair, la Chine représentant le plus gros partenaire économique du Soudan du Sud. Avant le conflit, les ventes de pétrole représentaient 99% des revenus du gouvernement. Malgré un arrêt de la production, le gouvernement à Juba a dépensé environ un milliard de dollars en armes depuis le début des combats.

Suivez Samuel Oakford sur Twitter: @samueloakford

Image via Flickr