Les rappeuses US célèbrent aussi la journée internationale des femmes

À leur manière.

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08 Mars 2019, 3:12pm

Capture d'écran du clip « Anaconda » de Nicki MInaj (2014)

En 2019, il est parfois difficile pour la gent féminine de s’imposer, surtout dans certains milieux d’hommes. C’est pourquoi un petit coup de boost ne fait jamais de mal, surtout le 8 mars, qui contrairement à ce que l’on pourrait penser n’est pas seulement un prétexte pour faire des promos sur des produits ménagers chez Monoprix ; ce serait apparemment aussi la journée internationale des droits des femmes.

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Plutôt que des discours de motivation écrits par des demi-cerveaux qui emploient le mot « empowerment » pour vendre des daubes comme Captain Marvel ou Wonder Woman, on vous a déniché 15 morceaux de rappeuses US qui devraient faire l’affaire. Et qui parlent cru. Par contre, cette liste ne comporte donc malheureusement pas d’artistes françaises, car comme chacun sait tout va moins vite au pays du fromage, par conséquent même en forçant on aurait eu exactement les mêmes noms de rappeuses qu’il y a trois ans, et en plus comme nous l’avait dit Shay

: « Je ne pense pas que ma chatte soit un sujet essentiel ». Bref, c’est parti.

B.W.P - « Two Minute Brother »

« I hate guys who talk a lot of shit : how they last long and got good dicks, talking shit, ‘’I'm the best lover’’, they all Two Minute Brothers […] Is this all I get ? Is this supposed to be good dick ? Damn, you said you was a good lover, but you a two minute brother. »

Un morceau old school qui met en lumière un fléau que subissent les femmes depuis des temps immémoriaux : les beaux parleurs qui n’ont rien dans le caleçon. Ici, Tanisha Michele et surtout Lyndah du groupe B.W.P (pour Bytches With Problems) nous narrent une situation cocasse vue de l’extérieur mais très pénible de leur point de vue. Alors qu’un type drague en se vantant de ses performances extraordinaires, au moment de passer à l’acte, c’est la débandade et elles n’ont d’autre choix que de l’engueuler pour la perte de temps et la déception. A noter que le titre « Two Minute Brother » est déjà une fleur puisque dans le texte, le concerné ne dure qu’une minute. Magnanimes.

Choice - « Tales From The Sexside »

« Then I talked him into letting me handcuff him to the bed, stuck my dildo in his ass until his asshole bled, he was screaming like a bitch »

Choice se change en Mère Castor le temps d’un morceau (« it’s just all a fairy tale ») sauf que sa définition d’un conte de fée diffère légèrement de celle que l’on a habituellement chez Walt Disney. Chacun des trois couplets nous décrit une aventure de la dame avec un coup d’un soir, où c’est évidemment elle qui est aux commandes. Mention spéciale pour le second récit de ces Tales From The Sexside où elle explique tranquillement qu’elle a attiré un type avant de le convaincre de se laisser menotter au lit, dans l’unique but de lui enfoncer un godemichet dans un endroit exigu, sans spécialement lui demander son avis même si ça saigne.

Riskay - « Smell Your Dick »

« Why you comin' home 5 in the morning ? Something's going on, can I smell yo dick? Don't play me like a fool, cause that ain't cool ! So what you need to do is lemme smell yo dick »

Pour Riskay, aux grands maux les grands remèdes. Si votre mec a pris l’habitude de rentrer à pas d’heure, qu’il est injoignable sur son portable et que par-dessus le marché il n’a que des excuses peu convaincantes à vous offrir, une seule solution : renifler sa bite (« Smell Yo Dick »). Les hommes mentent, mais pas les bites. C’est un sacré morceau de bravoure parce qu’elle chante ces lyrics comme des paroles d’un quelconque refrain qui parle de coeur brisé alors que l’on est à un stade un peu plus avancé que ça.

Shady - « Go In »

« I don't want your boyfriend, he just eat the team »

Shady (oubliez le Slim) s’éclate et part en egotrip avec ses copines sur Go In comme le ferait un de ses confrères rappeurs et applique à sa façon tous les clichés en les adaptant pour le sexe féminin. Le plus évident est le refrain où après avoir ordonné à un interlocuteur de « bouffer toute l’équipe » (équivalent sympa de l’incontournable « viens nous sucer ») elle précise qu’elle n’en voudrait fatalement pas comme petit ami puisque, si vous suivez bien, il a déjà bouffé toute son équipe. Faut pas déconner. Mais surtout, c’est à partir des images du clip de ce morceau qu’internet a pu extraire ce gif légendaire de la non-moins légendaire Katie Got Bandz.

LeShaun - « Wide Open »

« Cocoa Butter coated on some Vaseline so I can stick it in with ease and turn that ass into a fiend and have you screaming like a hoe, begging like bitch and my favorite part is the role reversal switch where I stick it in, dig it in as far as I can »

Alors. Il y a tant à dire. Lassée de son harem d’hommes, LeShaun va dans un premier temps à la pêche au nouvel amant tout frais, en trouve un, bien entendu beaucoup plus jeune qu’elle (on est sur du 16-17 ans assumé, c’est presque le niveau Brigitte Macron comme on dit dans le milieu) et le drague en lui expliquant directement qu’elle va le fister jusqu’à ce qu’il hurle son nom quand elle lui demande « who’s the man ». D’où le « Wide Open » (« grand ouvert »), qui ne la concerne pas spécialement. Et pour parachever l’inversion des rôles, elle congédie un ex « enceint » à la fin du clip en clamant « il est pas de moi ».

Crime Mob - « Knuck If You Buck »

« Yeah, we knucking and bucking and ready to fight, I betcha I'ma throw them things, so haters best to think twice. See, me, I ain't nothing nice, and Crime Mob, it ain't no stopping, it be like Sadaam Husein, Hitler, and Osama Bin Laden »

Crime Mob est un groupe qui n’a jamais été particulièrement connu pour sa douceur, il est donc normal que tous les membres y compris les femmes mettent la main à la pâte quand il s’agit de rapper la violence. Princess s’en donne à coeur joie sur « Knuck if you buck » où en un court couplet elle commence par rappeler qu’elle est là pour la bagarre et qu’elle va lancer des trucs (dont la nature n’est pas précisée mais a priori on ne parle pas de fleurs) sur ses adversaires. Tout ça avant d’illustrer son état d’esprit par une comparaison avec Saddam Hussein, Hitler et Ben Laden, une sorte de sainte trinité de la destruction que l’on invoque jamais pour rien et qui nous convainc définitivement que la brutalité n’a pas de sexe.

Lil Kim - « Suck My Dick »

« Got the camcord laying in the drawer where he can’t see / Can’t wait to show my girls he sucked the piss out my pussy »

Comme à son habitude, Lil Kim va droit au but : qui que vous soyez, vous vous plierez à sa volonté, et ce qu’elle veut à cet instant précis, c’est un cunnilingus. Plus elle avance dans le morceau plus elle vante ses exploits et se présente comme LA plus bonne que la plus bonne de tes copines, celle qui peut aussi bien séduire hommes et femmes, etc. Et outre les nombreuses promesses de jouir dans la bouche de l’heureux élu, elle précise qu’elle a planqué une caméra à son insu pour plus tard montrer à ses copines comment elle s’est faite lécher par sa conquête. Hashtag smiley triste, women are trash, etc.

Salt'N'Pepa - « None Of Your Business »

« If I wanna take a guy home with me tonight, it's none of your business and if she wanna be a freak and sell it on the weekend, it's none of your business. Now you shouldn't even get into who I'm giving skins to, it's none of your business, so don't try to change my mind, I'll tell you one more time, it's none of your business »

Les pionnières de Salt N Pepa mettent en musique une sorte de déclaration d’émancipation avec None Of Your Business où elles énoncent à peu près toutes les situations qu’elles ont connues où des gens leur ont donné leur avis sur leurs agissements, que ce soit niveau attitude en général ou sexe en particulier, alors qu’elles n’en avaient strictement rien à secouer. Il faut avouer que c’est plus efficace et surtout moins chiant qu’un long thread sur twitter. En plus on a une convergence des luttes avec L’inspecteur Harry puisqu’on retrouve la maxime « les avis c’est comme les trous du cul, tout le monde en a un » (« opinions are like assholes and everybody's got one ») et cette question « how many rules am I to break before you understand t hat your double standards don't mean shit to me? » dont personne ne connaît la réponse encore aujourd’hui.

Trick Daddy feat Trina - « Nann Nigga »

« You don't know nann ho uh-uh don' been the places I been, who can spend the grands that I spend, fuck bout 5 or 6 best friends [...]That don' tried all types of shit, who quick to deep throat the dick and let another bitch straight lick the clit, you don't know nann ho uh-uh, lick a nigga nut sack like me, that'll ride the dick on the dime, who love to fuck all the time »

Sur « Nann Nigga », on a le jeu de rôle classique où un rappeur (Trick Daddy) déploie tout son art pour séduire sa cible. Sauf que pour lui répondre il a invité l’autoproclamée Baddest Bitch, Trina. La donzelle lui sort donc un couplet en forme de tirade de réponse qui n’a strictement rien à envier à personne en terme d’egotrip : insolance, provocation, tout y est pour prouver que personne n’est prêt pour une femme comme elle qui a déjà tout fait et tout essayé. A noter qu’en situation réelle comme dans la chanson, un couplet pareil a évidemment l’effet inverse : son interlocuteur tombe sous le charme et veut que Trina le ramène à la maison.

H.W.A - « Hoe I Am »

« I will always take another bitch property […] I know you like what you see, I'm the one you wanna see where the sun don't shine, deep, dark, take a lick »

Jazz du trio H.W.A. (pour Hoez With Attitudes, forcément) préfère prévenir dès le départ et c’est tout à son honneur : elle est là pour piquer les mecs des autres, puisque personne ne peut lui résister. Dans ce morceau qui sonne comme un serment d’allégeance ( Hoe I Am) elle détaille un peu ses atouts et encourage ses admirateurs à joindre le geste à la parole en lui passant un coup de langue « là où le soleil ne brille pas ». Délicate attention.

Crime Mob - « Rock Yo Hips »

« Now I got thirty-two flavors of that bootylicious bubblegum, raspberry, grape cherry, come and get this honeybun, yummy-yum baby, not your ordinary lady, known to drive a nigga crazy, Willy Wonka wanna pay me »

Autre rappeuse du groupe Crime Mobb, Diamond s’est démarquée sur le morceau Rock Yo Hips en reprenant la métaphore classique des sucreries façon Candy Shop de 50 Cent mais à l’envers : ici c’est elle qui distribue les confiseries aux plus fins gourmets des garçons. Malgré la référence à Charlie et la chocolaterie ce n’est pas Tim Burton qui a tourné le clip et c’est fort dommage.

Nicki Minaj - « Biggest Freak »

« I got a fresh line up, a nigga tied up, 'bout to have this nigga face on smash cause I gotta little bad bitch on stash in the back, got one wet tongue in my ass […] now we sippin sizzurp, pour it down my ass let him drink it till he bizzurp »

Dans la première partie de sa carrière, Nicki Minaj parlait avant tout de sexe, le sien, celui des autres, qu’importe. Sur The Biggest Freak, comme son titre l’indique, il s’agit de prouver qu’elle est la plus vicelarde, celle qui peut choquer même les voyous les plus endurcis. Mission a priori accomplie dès le début du morceau puisque le pont et le refrain la mettent direct en situation. A savoir un type attaché, une voire plusieurs filles à petite vertu à portée de main et une langue qui joue à Dora l’exploratrice dans son fondement, ce qui s’avérera utile puisque c’est uniquement par là qu’il devra boire du sizzurp.

CupcakKe - « Deepthroat »

« My fingers in it, gentle, explore this nigga mental, Imma write my name on his dick, don't need a pen or a pencil, all I need is my body, my pussy pink just like salami, don't need no drink to get naughty cause bitch I'm not Bill Cosby, my pussy mean, and it's clean, I'm not a squirter, I cream, keep it smelling like baby wipes, I never smell like sardines »

Dire que CupcakKe est une femme plutôt directe serait un euphémisme. Dans Deepthroat, une fois encore, elle n’a pas de temps à perdre et exhorte immédiatement son partenaire à la prendre dans tous les sens et le plus fort possible, promet de le prendre en bouche « jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus prononcer de phrase », bref des moments enchanteurs en perspective. Puis arrive le moment où elle compare la couleur de son vagin à celle du salami, vante son hygiène intime et place même une dédicace bien piquante à Bill Cosby et ses accusations de viol. Une femme, un style, un mythe.

Missy Elliott - « Pussycat »

« Pussy don't fail me now ! I gotta turn this nigga out so he don't want nobody else but me and only me. »

Missy Elliott a elle aussi fait nombre de morceaux directement ou indirectement liés au sexe mais celui-ci est un peu différent. En réalité elle explose sa méthode pour empêcher son homme de la tromper. Pas de menace ou de surveillance sans qu’il s’en aperçoive, mais simplement du sexe à haute dose et de qualité. En ces temps troublés où parfois les femmes peuvent douter de leur pouvoir, Missy fait ce qui ressemble fort à une espèce de prière adressée à ses parties intimes (« pussy don’t fail me now! »). Que le pouvoir de la chatte soit avec vous mes sœurs. Il a existé en studio une version du morceau avec Janet Jackson et Lil Kim en feat, mais ça a été jugé trop cru pour être un single. Monde de merde.

Juicy J feat Cardi B - « Kamasutra »

« You don't know nann hoe that been to places I been, that blew the bag that I spent, had a nigga fuck me and my best friend, jump on top then I do a little spin, look back at it then I give a little grin »

Si tout se passe bien avec ces quelques lignes de Cardi B sur le morceau Kamasutra, vous avez dû reconnaître un hommage au couplet de Trina dans Nann Nigga (on en parle quelques paragraphes au-dessus, essayez de suivre svp) et ça fait chaud au coeur de voir que Cardi connaît ses classiques. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Et puis dans le même couplet on a aussi plusieurs précisions supplémentaires comme l’utilisation d’un panneau « attention ça glisse » suivi des ad libs « splash splash » chers à Cardi à cette époque-là. La prévention et la sécurité avant tout.

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