On discute avec PUP, le groupe torontois qui refuse de mourir
Émilie Larivée-Tourangeau
Culture

On discute avec PUP, le groupe torontois qui refuse de mourir

On a rencontré Stefan, le chanteur, et Steve, le guitariste du groupe, lors de leur passage à Osheaga. Nous avons discuté de l’enregistrement de leur premier album éponyme à Montréal, de la vie de tournée et de plans B.
8.8.17

Le groupe torontois PUP est sans contredit l'un des groupes les plus travaillants du Canada, mais ils demeurent relativement inconnus du grand public. Ils ont donné pas moins de 300 spectacles entre 2014 et 2015, ne prenant des journées off que pour écrire et enregistrer leur album.

À la fin de 2015, le groupe apprend une terrible nouvelle. Après une prestation mémorable au Bar Le Ritz PDB à Montréal, le chanteur, Stefan, est incapable d'émettre quelque son que ce soit. Le médecin lui annonce qu'il ne pourra plus jamais chanter : le rêve est mort.

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Mais, refusant d'être le groupe qui abandonne tout quand les choses commencent enfin à bien aller, Stefan a réussi à retrouver sa voix. Et les gars sont rentrés en studio pour enregistrer leur deuxième album, The Dream is Over.

On a rencontré Stefan et Steve, le guitariste du groupe, lors de leur passage à Osheaga. Nous avons discuté de l'enregistrement de leur premier album éponyme à Montréal, de la vie de tournée et de plans B.

VICE : Vous avez enregistré votre premier album ici, à Montréal, dans Notre-Dame-de-Grâce. On me dit que vous étiez de gros fans de Chalet Bar-B-Q, est-ce vrai?
Steve : C'est vrai. On a mangé beaucoup de Chalet Bar-B-Q, Nouveau Système. On aimait aussi beaucoup St-Hubert.

Stefan : On allait souvent chez Pinoli, la pizzeria du coin. C'est vraiment tight. On avait pris un petit appartement qu'on avait trouvé sur Craigslist et qu'on louait à un gars hyper louche. C'était l'hiver 2011, qui était un hiver particulièrement froid. Le plus froid depuis plusieurs années, si je ne me trompe pas.

Et pourquoi avez-vous décidé d'enregistrer cet album à Montréal?
Stefan : On travaillait déjà avec Dave Schiffman, un producteur de Los Angeles. Il avait enregistré un ou deux albums de The Stills dans ce studio. Ou un autre groupe indie-rock montréalais, je ne sais plus.

Steve : C'est le studio à Jacques Villeneuve, donc on s'est dit : « Allons-y, on va faire un album hyper rapide, en mode Formule 1. »

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Vous êtes probablement un des groupes de votre scène qui fait le plus de tournées. Comment faites-vous pour garder un semblant de stabilité mentale, quand vous êtes en tournée?
Stefan : J'aime bien me rendre seul en nature, au moins une fois par semaine. Je me rends en forêt pour quelques heures. Je m'assois et je pense. Je tiens beaucoup à mon espace personnel, et c'est quelque chose qu'on perd quand on est constamment en tournée. Ça m'aide à recharger mes batteries.

Steve : Oui, je crois qu'avoir son espace personnel est vraiment important. On passe beaucoup de temps collés les uns contre les autres. Donc, quand on a un jour off, c'est bien de trouver quelque chose à faire seul. Pour Stefan, c'est la nature. Pour moi, c'est surtout des événements sportifs. Donc, on fait un peu notre truc chacun de notre côté.

Stefan : Ce sont des trucs mondains, mais il faut vraiment faire en sorte de se sentir normal, de temps à autre. Être en tournée, ce n'est plus des vacances quand on le fait constamment.

Est-ce que la vie de tournée devient plus facile avec le temps et la pratique?
Stefan : On fait encore nos tournées dans des vans. On n'a jamais encore fait de tournée en autobus. On pourrait, c'est certain, mais pour nous, le plus important, c'est de faire de l'argent. Ça sonne débile, parce qu'on n'en fait pas du tout. On est constamment en tournée et on se tue en travaillant hyper fort. Mais, pour nous quatre, on veut vraiment trouver un moyen de payer le loyer et de manger et seulement faire de la musique. Il y a plein de groupes qui ont plus de succès que nous et qui dépensent leur argent moins intelligemment, et quand ils rentrent chez eux de tournée, il retourne à un travail conventionnel. Quand je rentre chez moi, mon seul travail est d'écrire de la musique. Donc, on fait très attention à la manière dont on dépense notre argent.

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Steve : Rendu là, simplement d'être dans des hôtels chaque soir, ça reste un luxe pour nous. Mais on sait que c'est le genre de dépense qui fera qu'on sera capable de continuer à faire ce qu'on fait.

C'était quoi le moment décisif pour vous, le moment où vous avez regardé la foule et vous êtes dit : « Ça y est, on a réussi »?
Stefan : Je ne sais pas si on a eu ce moment encore. À chaque concert, je me demande encore si des gens se pointeront. Même quand le spectacle est à guichets fermés depuis des semaines et que, bien évidemment, la salle sera pleine. Je pense que, pour moi, un des moments les plus fous était quand on a joué au Riot Fest à Chicago, il y a deux ans. On est arrivés avant le spectacle et il n'y avait personne dans le grand champ où on devait jouer. Donc, on a commencé à boire, peut-être un peu trop. J'ai bu quelques shooters de trop et, quand on est montés sur scène, il y avait une mer de gens qui nous attendaient. J'ai commencé à paniquer, car je ne me rappelais plus comment jouer de la guitare.

Steven : Oui, pour moi aussi c'était cette soirée-là. C'était notre vrai premier festival aux États-Unis. C'était encore tout nouveau pour nous. On s'est tous regardés en réalisant qu'il y a une tonne de personnes qu'on ne connaissait pas, qui ne font pas partie de notre cercle d'amis, mais qui s'intéressent à nous. C'est toujours aussi surprenant. Je me demande quand ils se rendront compte qu'on est des imposteurs!

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Stefan : Je dis toujours aux gens que tout ceci n'est qu'une ruse. J'attends encore le jour où on cognera à la porte de mon appartement pour me dire que je dois aller me trouver un vrai travail, que je dois aller apprendre comment devenir comptable. Je devrai leur dire : « Désolé, mais je n'ai pas ce genre de compétence. »

D'ailleurs, avez-vous un plan B, au cas où? Avez-vous fait des études particulières?
Stefan : Je serais probablement fermier. Avant, nous travaillions tous dans le milieu de la musique. Mais ce n'était pas vraiment un plan B pour moi. Donc, vraiment, je crois que je m'achèterais un petit lopin de terre à exploiter. J'apprendrais comment m'occuper d'animaux et de légumes.

Steven : Moi, j'irais travailler pour les Blue Jays!

Stefan : Arrête ça, Steve. Il n'y a aucun moyen que tu aies ce job.

Steven : Non, pas en tant que joueur. Je pourrais être vendeur de hot-dogs au stade, ou un truc du genre. Ou superviseur musical pour les matchs.

Il y a deux ans, quand vous êtes passés à Montréal lors de votre tournée avec Modern Baseball et Jeff Rosenstock, Stefan venait de perdre sa voix. Vous avez donc dû faire un karaoké PUP, ce qui était vraiment amusant. Est-ce que c'est quelque chose que vous comptez refaire?
Stefan : J'avais une hémorragie au niveau de la gorge et je ne pouvais vraiment faire aucun bruit, peu importe à quel point j'essayais. Donc, nous avons eu cette idée par nécessité. Heureusement, nous avons beaucoup d'amis qui connaissent nos chansons et qui ont pu les chanter à ma place. Nous l'avons refait, il y a deux jours, à Chicago. C'est tellement amusant pour moi de pouvoir simplement être guitariste, sans devoir me soucier de chanter.

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Steve : Et ça nous permet de voir qui a du talent. Il y avait un kid qui nous a vraiment éblouis avec son interprétation de notre chanson Guilt Trip.

Stefan prend un selfie avec des fans

C'est vrai que vos fans sont très dédiés. Est-ce que vous recevez souvent des cadeaux de leur part? Stefan : Oui! Après la mort de Norman, mon caméléon, une fan m'a tricoté une peluche à son image, c'était vraiment touchant.

Steve : Nous avons aussi un groupe de fans qui sont devenus des amis à la longue. Dès qu'on joue dans l'État du Michigan, ils viennent nous voir, peu importe la distance. La première fois, nous avons pris une photo. Ils sont allés chez Walmart et l'ont fait imprimer sur un énorme carton. Donc, nous avons repris la même photo, avec cette photo-là, qu'ils ont refait imprimer, et ainsi de suite. Nous l'avons prise tellement de fois que la photo originale n'est rendue qu'un tout petit carré flou sur l'image.