Etats-Unis

Six millions d’Américains privés de vote à cause de leur casier judiciaire

Les différents États peuvent restreindre le droit de vote de tout citoyen condamné pour un crime. Et ce même après sa peine.
26.10.16

Plus de 6 millions d'Américains ne pourront pas voter lors des élections présidentielles du 8 novembre : des États restreignent en effet les droits de vote de certains citoyens, en se basant sur leur casier judiciaire.

Cette population, privée de vote, a atteint des records en 2016, selon un rapport publié ce mois-ci par Sentencing Project, une ONG qui se concentre sur le système de la justice criminelle.

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Selon le 14e amendement de la Constitution, les États peuvent restreindre les droits de vote de toute personne ayant été inculpée pour un crime. C'est ensuite aux États de décider comment mettre cette restriction en pratique. Ils décident également si les anciens criminels peuvent demander le rétablissement de leurs droits.

Il y a d'importantes différences entre les États.

En 1976, environ 1,17 million de personnes n'a pas pu voter. Vingt ans plus tard, en 1996, le chiffre est monté à 3,34 millions. Et aujourd'hui, il atteint 6,1 millions. Cela s'explique par l'explosion de la population carcérale et des longues peines.

Un adulte américain sur 40 ne peut pas voter, à cause d'une condamnation encore en cours ou passée. Chez les Afro-Américains, ce chiffre monte à 1 sur 13, selon Sentencing Project.

Dans les États de l'Alabama, de Floride, du Kentucky, du Mississippi, du Tennessee ou de Virginie, plus de 7 pour cent des gens en âge de voter ne peuvent pas participer au processus politique.

Cette perte du droit de vote frappe particulièrement la communauté noire. En 2016, plus de 5 pour cent des adultes afro-américains ont été privés de vote dans 23 États différents, à cause d'une condamnation criminelle. Dans le Kentucky, le Tennessee et en Virginie, ce chiffre monte à plus de 20 pour cent.

Leurs critiques disent que les lois de privation de vote excluent particulièrement les électeurs issus des minorités. Selon une étude menée par des sociologues de la Northwestern University en 2003, ces dispositions ont probablement influencé le résultat de sept élections sénatoriales entre 1970 et 1998. Elles ont pu même jouer un rôle important sur le résultat serré de la présidentielle de 2000, où George W Bush affrontait Al Gore. Les résultats de la Floride avaient été très contestés, alors qu'il s'agit d'un des États avec le plus grand nombre d'électeurs privés de droit de vote.

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Environ 1,7 million de résidants de Floride ne peuvent pas voter suite à une condamnation criminelle, selon une étude du Brennan Center for Justice, un institut consacré aux politiques publiques et proche de la gauche. Plus de 21 pour cent des électeurs noirs sont privés d'isoloir.

Une étude de 2014 réalisée par les politologues de l'Université de Pennsylvanie a avancé que les anciens criminels étaient souvent enclins à voter pour le parti démocrate. Selon des critères respectant les catégories socio-démographiques comme le sexe, la race, l'âge, les revenus, la catégorie socioprofessionnelle et l'éducation, les auteurs sont arrivés à la conclusion que 73 pour cent des anciens criminels qui se sont enregistrés sur les listes électorales veulent déposer un bulletin démocrate.

En Virginie, le gouverneur Terry McAuliffe bataille pour rétablir le droit de vote des criminels qui ont fini leur temps de prison dans son État. Selon lui, cette restriction est un vestige des lois Jim Crow, qui régissaient la ségrégation raciale dans les États-Unis. Les Républicains de son État ont accusé McAuliffe — qui est démocrate —, d'opportunisme politique et de s'engager pour cette cause dans l'unique espoir de faire gagner des voix pour son parti.

Le Maine et le Vermont sont les seuls États qui permettent aux prisonniers de voter pendant leur temps de réclusion. Une condamnation pour des crimes en Floride, dans l'Iowa ou dans le Kentucky signifie généralement la fin des droits de vote. Pour toujours. Cela même après la fin de la réclusion, sauf si le gouvernement approuve le rétablissement des droits dans le cas d'un individu en particulier.


Cet article a d'abord été publié sur la version anglophone de VICE News.

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