Les drôles de découvertes des douanes canadiennes en 2016

Les douanes pourraient organiser une fête de Noël bien étrange avec tout ce qu'ils ont confisqué en 2016. Pêle-mêle, on trouve des concentrés de cannabis, du bacon, des armes à feu, du porno, un cheval, un petit avion et 100 000 dollars en bijoux.

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28 Décembre 2016, 2:35pm

Les douanes canadiennes pourraient organiser une fête de Noël bien étrange avec tout ce qu'ils ont confisqué à la frontière en 2016. Pêle-mêle, les gardes-frontières ont saisi à la frontière américano-canadienne : de l'alcool, des concentrés de cannabis, du bacon, des armes à feu, du porno, un cheval, un petit avion et 100 000 dollars en bijoux.

Nous nous sommes plongés dans des rapports publics, des documents obtenus suite à des requêtes motivées au titre de la liberté de l'information et des articles dans la presse pour établir ce compte rendu des remarquablestrouvailles de l'Agence des services frontaliers du Canada.

Des défenses de mammouth et de narval

Le 20 septembre, deux Canadiens sont rentrés dans leur pays avec quelques « antiquités », dont une défense de mammouth, un animal disparu depuis au moins 12 000 ans. La relique valait plus de 6 000 dollars.

Mais les deux hommes ont dit aux gardes-frontières que tout cela ne valait que 760 dollars. À cause de ce mensonge, ils ont dû s'acquitter de plus de 3 000 dollars d'amende.

Ce genre de contraventions à payer sur place, infligées à ceux qui ne déclarent pas d'eux-mêmes leur marchandise, sont souvent bien plus lourdes que si la personne avait déclaré la vraie valeur du produit. Si la personne ne la paie pas immédiatement, l'Agence des services frontaliers saisit l'objet jusqu'à ce qu'elle s'acquitte de la contravention.

Les deux apprentis Indiana Jones n'auraient payé que 98 dollars s'ils avaient déclaré la vraie valeur des défenses de mammouth.

2016 a été une mauvaise année pour les contrebandiers de défenses d'animaux exotiques. Une enquête des agents frontaliers a mis fin à un trafic élaboré de défenses de narvals. En mars dernier, nous avions publié une grande enquête sur l'infiltration des policiers au sein de ce trafic.

Un petit avion et quelques voitures volées

Le 12 octobre dernier, un Canadien a atterri avec son avion flambant neuf à l'aéroport de Sarnia après l'avoir acheté pour 110 000 dollars aux États-Unis.

Mais il a oublié de dire aux agents des frontières canadiens qu'il avait prévu de ramener l'appareil chez lui, alors les autorités ont saisi l'avion de couleurs bleu et jaune et lui ont infligé une amende de près de 60 000 dollars.

Les gardes-frontières de Halifax, ville côtière à l'extrême ouest du Canada, ont trouvé 32 véhicules volés au cours de l'été dernier, qui étaient destinés à être envoyés dans d'autres pays. Leur valeur totale de ces voitures a été estimée à 1 million de dollars.

Des drogues et de l'alcool

Du fentanyl, de la cocaïne, des stéroïdes, de la weed, de l'alcool et du tabac... Les gardes-frontières du Canada ont vu passer de tout cette année. Lorsque l'Agence des services frontaliers du Canada saisit des drogues, elle la livre à la police locale ou à la Gendarmerie royale du Canada.

Les douanes ont saisi du fentanyl à 32 reprises cette année, et ce seulement entre mai et septembre, comme nous l'avions révélé fin septembre. Pendant cette période, 8,46 kilos de cette drogue étaient saisis, soit assez pour faire 8,4 millions de doses. La plupart avaient été envoyés de Chine ou de Hong Kong et sont passés par le Centre international de la poste à Vancouver.

Le 18 septembre dernier, les agents frontaliers ont inspecté deux Américains qui traversaient le Rainbow Bridge vers le Canada en voiture. Sur eux, ils ont trouvé 1,5 gramme de cocaïne suspecte, ainsi qu'un gramme de ce qu'ils pensaient être du fentanyl. Ils n'ont pas été conduits devant la justice, mais ont dû acquitter une amende de 800 dollars et n'ont pas pu entrer dans le pays.

Le 3 août, à la frontière du sud de l'Alberta, les autorités ont également saisi trois grammes d'une substance qu'ils suspectaient être du « shatter », soit une forme très concentrée de THC, le principe actif du cannabis. L'homme originaire du Colorado qui portait le produit l'avait caché dans des containers de gloss. On lui a refusé l'entrée au Canada.

Des bébés lézards et d'autres animaux

En octobre, un certain Gregory Anderson est devenu une petite célébrité dans le monde des douanes après avoir essayé de faire entrer six bébés Uromastyx ornata — un petit lézard coloré originaire du Moyen-Orient et considéré comme espèce menacée en Israël. Il a essayé de les cacher dans la poche de son sweat à capuche.

Mais cela n'a pas marché.

Anderson a dû s'acquitter d'une amende de 6 000 dollars et a été traduit devant la justice. Il a plaidé coupable d'avoir fait de fausses déclarations après avoir échoué à déclarer les petits reptiles.

Selon le magazine Reptiles Magazine, les Uromastyx ornata qu'Anderson voulait faire entrer sont également appelés « uros ». Ils ont une peau colorée, une queue avec des piques, un ventre rond et sont assez petits pour qu'on les tienne dans la main.

En août dernier, une femme s'est retrouvée dans la même situation qu'Anderson. Elle a essayé d'entrer avec un cheval au Canada, qu'elle aurait gagné en cadeau, selon elle. Dans sa déclaration, elle a déclaré qu'il ne valait que 500 dollars. En réalité, elle avait acheté l'animal pour 5 500 dollars ; les douanes lui ont alors mis une amende de 2 600 dollars.

Mais tout a bien fini : elle a payé illico la somme et a pu entrer au Canada avec son nouveau cheval.

L'Agence des services frontaliers du Canada nous a dit que 586 animaux et oiseaux, dont les lézards, ont été saisis par l'agence au cours de l'année 2016. L'agence reste en possession de ces bêtes jusqu'à ce que d'autres départements du gouvernement puissent s'en occuper. Dans le cas des lézards, ils ont été dirigés vers le ministère canadien de l'Environnement et du Changement climatique. On ignore où les créatures ont fini, après cela.

Du fromage et divers types de viande

Pour entrer au Canada avec un fromage ou produit laitier, toute personne doit payer 246 pour cent de son prix original. À défaut, les gardes-frontières saisissent le produit.

Tout comme les fromages saisis, l'Agence des services frontaliers confisque également des produits alimentaires et les donne à l'Agence d'inspection alimentaire canadienne. Cette agence a établi une liste des produits qui n'ont pas dépassé leurs frontières entre avril et juin 2016. On y voit surtout de la viande et du poisson, dont du flétan, du maquereau fumé, des croquettes de poisson, du bacon, du jambon sec et des ailes de poulet frites. Mais y figurent aussi des prunes sèches, du soda au melon, des nouilles, des cookies, des biscuits, des chips et des bonbons.

Des armes à feu et d'autres objets mortels

En 2016, les douanes ont saisi 619 armes à feux, ainsi que d'autres 7 728 armes interdites, dont des couteaux. Lorsque les agents des douanes trouvent des objets qui demandent une attention particulière, comme des armes illégales, des drogues ou de la pornographie pédophile, ils les saisissent et les conservent dans des lieux de stockage.

Le 24 septembre, un habitant de New York a essayé d'entrer en voiture au Canada par le pont Queenston-Lewiston. Les douanes lui avaient déjà refusé l'entrée dans le pays. Cette fois-ci, il a dit aux autorités qu'il voulait chasser des ours. Il avait caché un pistolet semi-automatique dans le rembourrage de son siège. Il a été arrêté et inculpé de fausses déclarations, de recel et de contrebande.

L'agence fait face à une croissance visible de tentatives d'entrées avec des armes à feu dans les États de Colombie britannique et d'Alberta cette année. Pour la plupart, il s'agit de petites armes qui appartiennent aux Américains qui visitent le Canada. Selon le district de Pacific Highway, entre le 1er janvier et le 31 juillet 2016, on observe une augmentation de 116 pour cent des saisies d'armes à feu — par rapport à la même période de 2015. Sur la même période, le sud de l'Alberta a rencontré une hausse de 10 pour cent.

Ce problème est tel que l'agence des frontières a dû lancer une campagne publicitaire pour rappeler aux Américains que le Canada a des lois anti-port d'armes.

Le portable d'un journaliste

En novembre, un journaliste a dénoncé publiquement ce qu'il a qualifié d'une attaque contre la liberté de la presse : les douanes américaines lui ont confisqué temporairement ses portables.

Le photographe Ed Ou partait du Canada pour se rendre dans le Dakota du Nord afin de couvrir les manifestations à Standing Rock contre le Dakota Access Pipeline. C'est alors qu'il a été dirigé vers un deuxième scan de ses affaires et les gardes-frontières lui ont demandé de déverrouiller ses téléphones mobiles, en disant vouloir « regarder dans le portable pour s'assurer qu'il n'y avait pas de photos de [lui] près d'un cadavre quelconque », a écrit Ou dans une publication sur Facebook. Ou a refusé de se soumettre à la requête des douaniers. Selon lui, ils lui ont alors pris ses téléphones, l'ont interrogé pendant six heures et lui ont refusé l'entrée aux États-Unis. Lorsque ses téléphones lui ont été rendus, il n'y avait plus de carte SIM.

Du porno

Les gardes-frontières canadiens peuvent confisquer tout livre, BD, film ou magazine qu'ils suspectent d'être trop obscène pour les yeux des Canadiens. Cela grâce aux lois vieillottes du Canada sur l'obscénité, les propos haineux et les « bandes dessinées de crime » — une prohibition qui date des années 1940.

Tous les trois mois, le gouvernement publie la liste des titres qui ont été autorisés à entrer sur le territoire, ainsi que ceux qui n'ont pas passés la frontière.

Cette année, les gardes-frontières ont saisi les DVDs de « Les rituels noirs des cultes sexuels satanistes », « Les Donjons de la dégradation », « L'amour de l'homme et le flirt des bêtes, Essayez de nombreuses positions dans les rapports sexuels » et de nombreux volumes de l'anthologie en BD « Comic AG Super Erotic Manga ».

Un autre titre n'est pas passé inaperçu dans la liste des livres bannis par le Canada : « Smuggling Books accros the Border : An Illustrated Diary » [NDLR — « Faire passer des livres à travers la frontière, un journal illustré »], par Leila Abdelrazaq.

Tous ces DVDs et livres ont été manifestement détruits.

Mais tous les titres saisis puis vérifiés par les autorités n'ont pas été considérés trop obscènes. Le DVD « Horny Lesbian Sisters 2 » [Ndlr, Soeurs lesbiennes excitées 2] a été saisi et analysé, a été jugé « admissible ». Il a donc été rendu à son propriétaire.

Mais en plus de saisir des films qui sont certes non-conventionnels mais inoffensifs, les agents ont aussi saisi du porno pédophile. En octobre, les autorités ont confisqué du Viagra et une clé USB remplie de matériel pédopornographique. Ils avaient trouvé tout ça sur un homme dont la voiture était immatriculée dans le Michigan.

100 000 dollars de bijoux en or

Une femme est soupçonnée d'être entrée au Canada le 9 septembre dernier avec des bijoux de haute valeur. Mais elle a disparue de la surface du globe. Lorsqu'elle a emprunté le pont Ambassador Detroit-Windsor pour rentrer au Canada, les agents de la frontière ont fouillé sa voiture et ont trouvé plusieurs boîtes à bijoux vides. Ils ont alors regardé dans son sac à main et ont trouvé un trésor en or, dont des boucles d'oreille, bracelets et colliers. Selon elle, tout cela venait de Dubaï. Elle a pu rentrer au Canada, mais les gardes-frontières ont retenu la joaillerie. La valeur de celle-ci a finalement été évaluée à 99 000 dollars.

La propriétaire a ensuite été inculpée pour ne pas avoir déclaré les bijoux, avoir fait des fausses déclarations et pour ne pas avoir payé ses impôts. Un avis de recherche a été émis pour l'arrêter, mais c'était trop tard. Elle s'était évanouie dans la nature.


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