Violents incidents à Francfort en marge de l’inauguration du nouveau siège de la BCE

Nous sommes sur place depuis 6h00 ce matin, des incidents musclés opposent des manifestants et forces de l’ordre. Des milliers d’Européens sont venus pour une journée de protestation anti-austérité.

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18 mars 2015, 10:50am

Photo de Michael Probst / AP

Ce mercredi matin, la ville de Francfort s'est réveillée dans une ambiance tendue : voitures de police incendiées, affrontements avec les forces de l'ordre et pont bloqué. Près de 10 000 manifestants étaient attendus dans la journée pour manifester contre ce qu'ils dénoncent comme des « politiques d'austérité » de la Banque centrale européenne (BCE). La BCE inaugurait, sous haute protection policière, à 10h00 son nouveau siège, situé dans le quartier d'Ostend de Francfort.

Vers 16 heures, heure locale, alors que la manifestation vient de commencer, un premier bilan fait état de 94 policiers blessés par des pierres et des tirs de gaz, tandis que plus de 100 manifestants ont été blessés, rapporte Reuters qui cite des sources policières et les organisateurs de la manifestation. 550 personnes ont été arrêtées.

Les violences de ce matin ont été condamnées par des membres du collectif Blockupy, à l'instar du député de la Hesse - le land dont dépend Francfort - Herman Schaus, membre du parti de gauche radicale Die Linke. «Nous avions appelé à des manifestations paisibles, et manifestement des manifestants qui ne font pas partie de Blockupy» se sont joints au mouvement, « je le regrette », a-t-il déclaré à l'AFP.

À la mi-journée, notre journaliste décrivait Francfort comme une « ville fantôme » peuplée seulement de groupes épars de manifestants et de policiers.

Un peu plus tôt dans la matinée, le président de la BCE Mario Draghi a défendu les mesures prises par son institution et a déclaré que l'isolement national n'était pas la réponse appropriée à la crise. « Comme notre institution a joué un rôle central dans la crise, la BCE est devenue le point de cristallisation de ceux qui sont frustrés par cette situation, » a-t-il déclaré dans son discours d'inauguration. « Cette accusation est injuste, alors que notre action vise justement à amortir les coups. »

La journée de protestation avait commencé au petit matin lorsque la mairie de la ville a subi des jets de pavés selon l'AFP — brisant plusieurs vitres du rez-de-chaussée. Des affrontements entre la police et les manifestants avaient déjà eu lieu près du vieil opéra de Francfort, où un policier a été blessé par une pierre selon une porte-parole de la police. Des pneus, poubelles et plusieurs véhicules ont été incendiés dans la ville — dont des voitures de police. Selon la police, les manifestants auraient réussi à bloquer un pont et un des axes centraux de la ville. La BBC rapporte que 350 individus ont été arrêtés depuis mardi soir. 

Notre reporter, Penelope de la Iglesia, est arrivée en car à Francfort à 6h00 ce matin au moment où de la fumée s'élevait dans la ville . Elle a voyagé cette nuit depuis Paris avec des militants anti-capitalistes français. À leur arrivée dans la ville, les Français ont été stoppés par la Police. On les a priés de descendre et ils ont été retenus une demi-heure avant de pouvoir avancer en direction du siège de la BCE.

Depuis 5h00 du matin (heure locale — GMT), des centaines de manifestants essayent de bloquer l'accès au nouveau siège de la BCE à l'appel du collectif anticapitaliste Blockupy — une alliance de différents mouvements de protestation, syndicats et partis politiques. Près de 8 000 policiers allemands sont mobilisés et sont épaulés par des hélicoptères et des canons à eau. En prévention, les forces de police avaient bloqué depuis ce mardi l'accès au siège de la BCE à l'aide de kilomètres de barbelés.

Notre journaliste confirme un début de matinée particulièrement tendu avec des épisodes violents. La stratégie des manifestants était elle aussi de bloquer les accès au siège de la BCE pour perturber un maximum l'arrivée d'officiels pour l'inauguration. Face à la présence massive de policiers - notamment au niveau de l'accès principal menant au siège, un pont au-dessus du Main - notre journaliste nous explique que les manifestants ont préféré se diviser en plusieurs petits groupes et monter des barricades de fortune plus en amont du siège. Des voitures, des vélos de la ville et divers éléments du mobilier urbain ont été employés à ces fins. Les manifestants disent que l'opération de blocage au sol a eu un certain succès, confirmé pour eux par le nombre d'hélicoptères transportant d'après eux des officiels et se dirigeant vers le lieu de l'inauguration.

Entre de la musique jouée au piano et le bruit des hélicoptères, l'ambiance du côté des manifestants est plutôt pacifique, avec quelques éléments plus radicaux jetant des projectiles sur les forces de l'ordre. L'atmosphère et les esprits sont toutefois tendus ce matin, nous indique notre reporter. Depuis le début de la matinée, jusque vers 11h00 au moins, heure locale, des charges régulières de policiers sur les points de sit-in des manifestants ont été musclées avec matraques et gaz lacrymogène nous dit notre journaliste qui a vu quelques visages de manifestants ensanglantés.

Vidéo en direct des manifestations de Francfort par la télévision RT

En milieu de matinée, les manifestants continuaient de se diriger lentement en direction du centre-ville et du siège de la BCE, en criant des slogans tels que « Anticapitalista », « À Wall Street ». Dans le rang des opposants on compte des Belges, des Italiens, des Hollandais, des Allemands, beaucoup de Français.

Deux nouvelles tours jumelles de 185 mètres, situées au bord du Main, accueillent le nouveau siège de la BCE — chargée de définir les grandes politiques monétaires de la zone euro. Ses quelque 2 600 employés sont déjà installés dans leurs nouveaux locaux depuis novembre 2014, mais Mario Draghi — président de la BCE — inaugurait ce mercredi à 10h00 le nouveau bâtiment, dont le chantier aura coûté près de 1,3 milliard d'euros.

Environ une centaine d'invités était conviés à la cérémonie de ce matin — dont une vingtaine de personnalités extérieures à l'institution, notamment Jean-Claude Trichet (l'ancien patron de la BCE), le maire de Francfort, ou encore Jörg Asmussen, ancien membre du directoire, devenu ministre à Berlin. Peu de journalistes ont été conviés, essentiellement ceux des agences de presse. Les salariés de la BCE ont été conseillés de travailler depuis chez eux, ou de venir en jeans-basket pour éviter d'être pris pour cible par les manifestants.

Un rassemblement des manifestants est prévu à 14h00 dans le centre historique de Francfort, suivi d'une manifestation dans les rues de la ville à 16h00 — toujours à l'appel de Blockupy. Près de 60 bus en provenance de 39 villes d'Europe sont arrivés ce mardi, accompagnés d'un train de 800 personnes affrété depuis Berlin. 7 000 Allemands seraient mobilisés, alors que 3 000 autres manifestants venant de toute l'Europe auraient prévu de faire le déplacement selon les chiffres donnés par les organisateurs.

Côté manifestants, on retrouve une multitude d'intervenants dont les altermondialistes du mouvement ATTAC, plusieurs syndicats, un envoyé du parti grec Syriza (dont le Premier ministre grec, nouvellement élu, Alexis Tsipras est issu), Miguel Urban du mouvement espagnol Podemos (parti d'extrême gauche espagnol contre l'austérité) pourrait aussi faire le déplacement à Francfort. Comme le résume le communiqué de presse d'ATTAC, les manifestants veulent exprimer qu' « Il n'y a rien à célébrer dans l'austérité. »

Un des organisateurs de Blockupy, Ulrich Wilken, expliquait à Reuters les raisons de la manifestation, « La BCE fait partie de la troika, responsable des politiques d'austérité qui ont poussé de nombreux pays dans la pauvreté. » Cette « troika » fait référence au triptyque BCE, Union européenne (UE) et Fonds monétaire international (FMI).

Pour l'un des leaders de Blockupy, les représentants de la BCE ne sont pas « démocratiquement élus, et pourtant, ils ont le pouvoir de forcer les gouvernements à agir […] depuis leurs beaux bureaux de Francfort. » Le collectif déclare que son but est de « construire la démocratie et la solidarité de bas en haut, » et avait fermement condamné les restrictions budgétaires imposées par la « troika » à la Grèce depuis 2010.

Pour en savoir plus sur cette journée de manifestation et ceux qui l'ont animée, regardez ce reportage du Point Quotidien, l'émission de VICE et France 4.

Syriza vs Troïka

Le Point Quotidien, tous les soirs de la semaine sur France 4.

À revoir : Tous les épisodes du Point Quotidien sur VICE.

Suivez Pierre Longeray sur Twitter @PLongeray

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