Calais : une vidéo dénonce des violences policières « ordinaires » sur des migrants

Les images montrent des CRS frapper des migrants après les avoir sortis de camions qui vont apparemment au Royaume-Uni. Le Défenseur des droits s’est auto-saisi du dossier

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12 mai 2015, 11:55am

Image via capture d'écran YouTube Calais Migrant Solidarity

Le site Calais Migrant Solidarity a publié, ce dimanche, une vidéo repérée hier soir par les médias français, qui montrerait des violences policières datées du 5 mai dernier, sur des migrants à Calais. Le Défenseur des droits s'est auto-saisi du dossier suite à cette publication, d'après France Info qui indique également mardi à la mi-journée que l'Inspection générale de la police nationale enquête sur cette affaire.

La veille de la date annoncée des faits filmés, le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve s'était rendu à Calais pour rencontrer des migrants et des associations qui les assistent. Il a notamment encouragé les migrants à demander l'asile politique en France, plutôt que d'essayer de rejoindre le Royaume-Uni illégalement. La vidéo des policiers face aux migrants est entrecoupée d'extraits du discours que Bernard Cazeneuve avait prononcé lors de cette visite.

Le 4 mai, M. Cazeneuve s'était rendu sur le camp de la « new jungle », en périphérie de Calais. Ce camp, qui jouxte le nouveau centre d'accueil de jour, est désormais le seul sur lequel les migrants sont tolérés par les forces de l'ordre. Des associations ont qualifié l'endroit de « Sangatte à ciel ouvert » — une référence à l'ancien centre d'accueil, actif de 1999 à 2002 — et ont dénoncé des violences policières qui auraient eu lieu lors de l'évacuation d'autres bidonvilles vers ce nouvel espace, pas équipé pour accueillir plus de 2 000 migrants clandestins.

À lire : Bernard Cazeneuve veut que les migrants de Calais demandent l'asile en France

Ces clandestins ont pour objectif de rallier le Royaume-Uni, et les forces de l'ordre ont pour but de les en empêcher. Dans la vidéo publiée dimanche, on voit des scènes dans lesquelles des CRS délogent des migrants qui se trouvent dans des camions qui semblent rouler en direction de l'Angleterre.

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VICE News a contacté ce mardi Léo, un membre du collectif « Permanence contre les violences », qui explique le but de cette vidéo et ses conditions de tournage. « Ce n'est pas moi qui ai tourné cette vidéo mais les membres de Calais Migrant Solidarity m'ont fourni les informations à transmettre sur celle-ci, » prévient-il. Léo explique que toutes les images « ont été tournées par la même caméra, le 5 mai, à partir de 8 heures du matin, sur une branche d'autoroute A216 qui mène au port de Calais, pendant des embouteillages. »

« Le but de cette vidéo est de montrer le décalage entre le discours politique sur les migrants et la réalité, » précise Léo.

Ces scènes montrent des policiers, vraisemblablement des CRS d'après ce que l'on reconnaît de leur uniforme, faire descendre plusieurs migrants de remorques de camions, dont au moins une fois violemment [à 53 secondes]. Dans les autres scènes, les migrants sont basculés avec force de l'autre côté de la rambarde de sécurité. Certains sont frappés par les forces de l'ordre [à 1 minute et 1 minute 15 secondes].

Image via capture d'écran YouTube Calais Migrant Solidarity

Deux scènes font exception, explique Léo. « La scène où un CRS envoie du gaz lacrymogène sur un migrant [à la 41e seconde] a été tournée le même jour mais sur l'A16, avant un accès à Eurotunnel, et l'avant dernière-scène [à 1 minute 39 secondes], qui montre les forces de l'ordre courir après un caméraman et le plaquer au sol, ont été tournées au niveau de l'A16, mais le 22 avril dernier. » Ce jour-là, selon Léo, les policiers auraient vidé la carte mémoire de sa caméra, effacé les photos et les contacts de son téléphone portable et volé le pied de sa caméra.

« En revanche, le 5 mai, les policiers n'ont pas attrapé le cameraman, » précise Léo. « Cette fois, les images ont été réalisées avec un zoom puissant. Et apparemment les CRS n'ont pas vu le cameraman. D'habitude, les violences policières sont cachées. Et ils cassent fréquemment le matériel vidéo de ceux qui veulent les filmer. »

De telles vidéos sont rares, mais Léo estime que les scènes de violences policières semblables ne le sont pas. « Ces scènes ne sont pas les plus choquantes. »

Contactée par VICE News, la préfecture du Pas-de-Calais ne souhaite pas commenter la vidéo et laisse l'IGPN mener son enquête. A propos des accusations de casse et de confiscation de matériel vidéo mentionnées, la préfecture répond "qu'aucune plainte n'a été enregistrée" pour de tels faits et "invite toutes les victimes de casse ou de confiscation à porter plainte".

"Les forces de l'ordre font leur travail en respectant les règles et la déontologie, et si l'IGPN constate des manquements, ceux-ci sont très minoritaires," a ajouté la préfecture.

Le journal Le Monde rapporte, ce mardi, la réaction de plusieurs syndicats de police publiée dans le journal local La Voix du Nord, lundi soir. Le représentant de l'UNSA-police, Ludovic Hochart, estime qu'« Une nouvelle fois, on n'y voit que des bribes de vidéos. » Et ajoute qu'« En général, quand on les voit au complet, la légitimité des interventions est démontrée. »

Les images ont été transmises au Défenseur des droits Jacques Toubon, annonce Léo. « Elles devraient s'intégrer à la saisine qui concerne d'autres faits similaires entre 2013 et 2014, » précise-t-il. En 2012, le Défenseur des droits d'alors, Dominique Baudis, avait dénoncé dans une décision des abus des forces de l'ordre sur des migrants à Calais, notamment des « contrôles », des « visites », des « destructions » et des « expulsions » effectuées en dehors du cadre juridique.

D'après France Info, le défenseur des droits vient de se saisir lui-même du dossier.

Suivez Matthieu Jublin sur Twitter : @MatthieuJublin

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