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FRANCE

Des centaines de camions bloqués aux frontières allemandes et espagnoles par les agriculteurs français

Après les tas de fumier déversés dans les rues, et les cochons dans les supermarchés, les agriculteurs français poursuivent les manifestations choc pour dénoncer leur précarité.
27 juillet 2015, 3:30pm
Image d'illustration, une manifestation d'agriculteurs à Paris en avril 2010. (Photo via Flickr / Luc Legay)

Image d'illustration, une manifestation d'agriculteurs à Paris en avril 2010. (Photo via Flickr / Luc Legay)

Des agriculteurs français ont bloqué, entre ce dimanche soir et ce lundi après-midi, des points de passage aux frontières de la France avec l'Allemagne et l'Espagne, forçant des centaines de véhicules chargés de denrées alimentaires à faire demi-tour.

Tas de fumiers déversés, cochons lâchés dans des magasins, les agriculteurs multiplient les blocages et actions d'envergure depuis plus d'une semaine en France, pour dénoncer la précarité de leurs situations. Beaucoup d'entre eux n'arrivent plus à vivre de leurs productions. Certains dénoncent la pression de la grande distribution, d'autres des distorsions de prix trop fortes entre différents pays de l'Union européenne. Mi-juillet, le ministre de l'Agriculture en France, Stéphane le Foll annonçait que cet été, entre 22 et 25 000 exploitations d'élevage, 10% de l'ensemble, sont au bord du dépôt de bilan.

Les — France 3 Auvergne (@F3Auvergne)23 Juillet 2015

— iTELE (@itele)22 Juillet 2015

Entre la France et l'Allemagne, 5 ponts qui relient les deux pays ont été bloqués ce lundi et près de 400 camions ont été refoulés et renvoyés outre-Rhin par les agriculteurs. Ils ont fouillé les camions pour contrôler ce que les routiers transportaient. « On repérait les plaques d'immatriculation [des camions étrangers] et on était très curieux quand des camions frigorifiques approchaient la frontière, » a expliqué à VICE News, ce lundi après-midi, Gérard Lorber, secrétaire général de la Fédération Départementale des Syndicats d'Exploitants Agricoles (FDSEA) du Bas-Rhin, en charge des blocages près de l'Allemagne.

— Citizenside France (@CitizensideFR)July 27, 2015

« Certains chauffeurs étaient plus aimables que d'autres pour nous laissaient regarder leurs cargaisons, » continue Lorber. « On a quand même trouvé pas mal de choses étonnantes, comme un camion de Vache qui Rit qui venait de Slovaquie, » alors que les consommateurs pensent que ce fromage est produit en France, note Lorber.

Si la grogne qui agite le monde de l'agriculture français depuis une semaine, touchait jusqu'ici principalement les éleveurs de bovins et les producteurs de lait, les membres de la section alsacienne qui se sont mobilisés ce lundi, sont principalement des « producteurs de fruits et légumes, qui souffrent des distorsions de concurrence avec les autres pays, » nous explique Lorber. Les producteurs de fruits et légumes français souffrent de la concurrence étrangère, « où la main d'oeuvre est moins chère, » ce qui influe sur les prix. Il tient à préciser que les agriculteurs qui manifestaient ce lundi sont « pour l'Europe, » ils demandent simplement une « harmonisation » des prix afin de rendre la concurrence plus juste entre pays européens.

« On est en train de lever le barrage, » nous confiait sur les coups de 15 heures, Gérard Lorber. Après une réunion avec le préfet du département, les agriculteurs du Bas-Rhin ont obtenu un rendez-vous avec le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, ce qu'ils réclamaient pour lever les blocages. L'exécutif français souhaite désamorcer au plus vite la montée en pression des manifestations en maintenant le dialogue. Ce lundi, le président François Hollande, en déplacement dans le Var, a déclaré, après avoir été prévenu des barrages aux frontières, « Que les agriculteurs soient sûrs, actions ou pas actions, que nous sommes à leur côté. »

Dans le sud-ouest du pays, près de l'Espagne en Haute-Garonne, les éleveurs ont aussi mis en place ce dimanche soir vers 22 heures un barrage filtrant qui a été levé à 2 heures du matin, ce lundi. Des actions dans des hypermarchés ont aussi eu lieu ce lundi matin. Dans l'Ariège (sud ouest de la France, près de la frontière espagnole) une centaine de manifestants est entrée dans une grande surface, pour confisquer 300 kilos de viande. La viande sera distribuée à des associations caritatives, a expliqué à l'AFP, Joël Venturin, de la FDSEA du département. Aux quatre coins du territoire français, des opérations de blocages devaient avoir lieu ce lundi. En Normandie, dans la Mayenne et en Bretagne des barrages ont été mis en place dans la journée.

— FB Armorique (@bleuarmorique)July 27, 2015

Les actions de ce lundi font suite à une semaine tendue sur le territoire français, où les agriculteurs ont multiplié les opérations de blocage. Pourtant mercredi dernier, le gouvernement avait dégainé un plan d'urgence pour les agriculteurs de 600 millions d'euros. Ce plan devrait permettre aux éleveurs d'alléger leur trésorerie. Sont prévus 100 millions d'euros d'annulation de charges (impôts sur le revenu, sur les sociétés, taxes foncières…) et 500 millions de reports de ces mêmes charges.

Depuis dimanche 19 juillet, les agriculteurs français sont mobilisés pour manifester leur mécontentement face à la grande distribution et aux industriels chargés de la transformation — qui seraient, d'après eux, les principaux responsables de leur faible rémunération. Pourtant le 17 juin dernier, les acteurs de la filière de la viande en France s'étaient accordés pour faire augmenter le prix d'achat de la viande — et non pas le prix de vente au consommateur final. La grande distribution et les industriels (chargés de transformer la viande en chipolatas, steaks hachés ou encore entrecôtes) s'étaient engagés à une hausse du prix d'achat de la viande de 5 centimes par kilo et par semaine, renouvelée chaque semaine jusqu'à couvrir les coûts de production. D'après les agriculteurs, le contrat n'a pas été respecté : le prix du boeuf n'a été valorisé que de 7 centimes en un mois.

Suivez Pierre Longeray sur Twitter : __@PLongeray 

Image d'illustration, une manifestation d'agriculteurs à Paris en avril 2010. (Photo via Flickr / Luc Legay)