Un homme urine sur une poubelle en feu pendant les émeutes anti-G20 à Hambourg. Photos d'Adlan Mansri

Ce que j'ai vu lors des manifestations anti-G20 à Hambourg

Un aperçu tout à fait subjectif de quatre journées d'affrontements violents entre policiers et altermondialistes.

par Adlan Mansri; propos rapportés par Romain Gonzalez
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12 juillet 2017, 5:00am

Un homme urine sur une poubelle en feu pendant les émeutes anti-G20 à Hambourg. Photos d'Adlan Mansri

Le photographe Adlan Mansri a passé quatre jours à Hambourg la semaine dernière, alors que la ville connaissait de violents affrontements dans le cadre de la tenue du G20. Pour VICE France, il raconte ce qu'il a vu.


J'ai commencé à traîner dans le milieu autonome français à l'âge de 16 ans. Dès mon adolescence, j'ai donc écumé les rues du Nord-Pas-de-Calais, ma terre d'origine, avec mes amis antifas, en essayant de pas me faire casser la tronche avec ma gueule de Maghrébin. Au cours des dix années qui ont suivi, jusqu'à aujourd'hui, je me suis également engagé pour la défense des droits des réfugiés.

En arrivant à Berlin il y a quelque temps, j'ai continué sur la même lancée : j'ai intégré une école autogérée et ai logiquement rencontré pas mal d'autonomes allemands. Ces contacts m'ont permis d'être hébergé dans le Schanzenviertel, un quartier de Hambourg situé en plein cœur des émeutes qui ont émaillé le quotidien des habitants alors que le G20 se réunissait vendredi 7 et samedi 8 juillet. Il me suffisait d'ouvrir la fenêtre pour entendre des « Siamo tutti antifascisti » lancés par des milliers de manifestants, entre deux « Ganz Hamburg hasst die Polizei » – soit « Tout Hambourg déteste la police ». Ça cramait au pied de l'immeuble et les flics faisaient des descentes dans les rues adjacentes pour soulever des gens.

Il faut savoir que Hambourg est le berceau de nombreux mouvements contestataires et militants de la gauche radicale. La scène alternative, antifasciste, altermondialiste et queer est bien ancrée dans certains quartiers de la ville – comme Sankt Pauli, Schanzenviertel, ou encore Gängeviertel. De nombreux lieux alternatifs et des squats permettent aux gens d'échanger, de s'exprimer. À ce titre, les responsables du club de football de Sankt Pauli n'ont pas dérogé à leur tradition d'hospitalité en annonçant l'accueil de 200 manifestants dans l'enceinte de leur stade.

Un émeutier lance un pavé sur la police.

Les manifestants que j'ai eu l'opportunité de croiser venaient de partout : d'Allemagne évidemment, mais également de France, d'Italie, d'Espagne. Des Kurdes se mélangeaient avec des types du Costa Rica, des Anglais : bref c'était vraiment international. Mais tout ce petit monde n'a pas manqué de s'opposer quant à l'utilisation de la violence. D'un côté, vous aviez les manifestants pacifiques, de l'autre des activistes plus violents, les premiers demandant aux seconds d'arrêter de « détruire leur ville », de lancer des pavés sur les banques ou les hôtels de luxe.

Seuls les policiers ont réussi à faire l'unanimité à leur encontre, ne manquant pas d'être violents envers les manifestants, et également les journalistes – ce qui a d'ailleurs poussé les médias allemands à pas mal critiquer les méthodes employées par les forces de l'ordre. De nombreux policiers me semblaient d'ailleurs quelque peu perdus dans la ville de Hambourg – sans doute n'étaient-ils même pas du coin, après avoir été « réquisitionnés » en prévision des tensions entourant toujours un tel événement. Même leur utilisation de la technique de la « nasse » s'est avérée inefficace, car pleine d'amateurisme – ils n'ont que rarement été capables de contrôler le flux des manifestants.

Des gens se rassemblent devant le Fischmarkt pour protester contre la tenue du G20.

De leur côté, les manifestants autonomes organisés en black bloc n'ont pas manqué d'attiser de nombreuses critiques en s'attaquant de temps à autre aux médias – un ami s'est d'ailleurs fait casser sa caméra à coups de marteau, et j'ai moi-même reçu un fumigène allumé sur la poitrine. Après, je les comprends. Ces mecs ne veulent surtout pas être pris en photo ou passer devant la caméra car la police utilise nos images pour retrouver ceux qui lancent des pavés. Quoi qu'il en soit, au cours de ces quatre jours d'affrontements, j'ai pu observer à quel point ces types sont organisés. Ils fonctionnent par unité, chaque groupe ayant ses signaux visuels et audio propres afin de ne pas se perdre.

Ces images de violence font évidemment naître de nombreux commentaires, qui occultent bien souvent les causes de ces débordements pour accentuer sur les conséquences – nombre de blessés, coût des destructions et de la sécurisation d'un tel événement. S'il est difficile d'analyser avec précision le comportement de l'ensemble des policiers et des manifestants – après tout, je n'ai pas fait le tour de Hambourg, et je peux difficilement avoir tout vu – je peux simplement dire que j'ai constaté une chose. Par rapport à la France, et notamment aux manifestations contre la loi Travail, les armes utilisées diffèrent : d'un côté, les cocktails Molotov sont absents, de l'autre les grenades de désencerclement et les Flash-Ball n'ont pas droit de cité.

Ces quatre jours d'affrontements, visibles dans mes photos, se sont conclus le dimanche dans une atmosphère plus légère, après que les habitants de Hambourg se sont réunis dans les quartiers de Sankt Pauli et de Schanzenviertel, munis de sacs-poubelles et de balais, afin de réparer et nettoyer les dégâts.

Plus de photos ci-dessous :

Un jeune homme est en sang après avoir été violemment arrêté par la police.
La police charge les journalistes et les manifestants.
La police montée
Pendant la manifestation anti-G20 du samedi 8 juillet 2017
Les habitants du quartier de Schanzenvierte se réunissent dans les rues pour nettoyer.

Adlan est membre de l'agence Hans Lucas.

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