Michael Jackson. Photo : Neal Preston

À la rencontre du mec derrière les photos les plus emblématiques du rock

On a interviewé Neal Preston, le photographe qui a immortalisé tous les plus grands musiciens, de Led Zeppelin à Bob Marley, en passant par Whitney Houston et Michael Jackson.

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déc. 7 2017, 6:00am

Michael Jackson. Photo : Neal Preston

Michael Jackson, Whitney Houston, Bruce Springsteen, Queen – peu de personnes ont immortalisé ces musiciens légendaires comme l’a fait le photojournaliste Neal Preston. Au cours de ses 48 années de carrière, ce New-Yorkais autodidacte a été témoin de la montée du rock'n'roll et des bouleversements culturels mondiaux qui l’ont accompagnée. Il a photographié les tournées de Led Zeppelin, a réalisé des calendriers pour Elvira, maîtresse des ténèbres, et Bob Geldof l’a contacté en personne pour qu’il photographie son concert historique « Live Aid » en 1985 – et il a fait tout ça sans jamais prendre un seul cours de photographie.

En tant que photographe indépendant basé à New York, le travail de Preston m'inspire chaque jour. Son niveau de maîtrise et d’adaptation prouve que l’on peut accomplir de grandes choses par passion et dévouement. Quand j'ai su qu'il publiait un nouveau livre, Neal Preston: Exhilarated and Exhausted, avec une préface signée Cameron Crowe, j'ai sauté sur l'occasion de l'interviewer. Preston a eu l’amabilité de me donner un aperçu de son métier et de me parler d’une variété de sujets, de son héritage au sort de l'industrie musicale, en passant par l'état d'esprit qui l'a érigé en légende vivante.

VICE : Pour ceux qui ne vous connaîtraient pas, pouvez-vous vous présenter ? Qui êtes-vous et que faites-vous ?
Neal Preston : Je suis un type qui croit en sa bonne étoile, et qui est tombé un peu par hasard dans un domaine dans lequel il n’envisageait pas de faire carrière. Je ne suis pas allé à la fac parce que j’étais déjà lancé dans ce métier. J’ai découvert la musique rock le jour où les Beatles ont fait le Ed Sullivan Show. J’ai reçu mon premier appareil photo vers l’âge de onze ans. Le rock et la photo étaient mes passe-temps et ont fusionné pour devenir un super-passe-temps.

Quand vous avez eu votre premier appareil photo, y connaissiez-vous quelque chose ?
C'était un Ansco Speedex 4.5, un cadeau de mon beau-frère. Il y avait un objectif avec beaucoup de chiffres, et un autre cadran qui indiquait la vitesse d'obturation – je n'avais aucune idée de ce que tout cela voulait dire. Je ne savais rien du tout au sujet de la photographie, à part ce que tout le monde savait : il faut prendre un appareil photo, s'assurer que le soleil est au-dessus de l’épaule…

Mon père était régisseur pour les grandes comédies musicales de Broadway. Il était considéré comme un homme important. Il a travaillé sur My Fair Lady, Camelot, Un violon sur le toit. J’adorais lui rendre visite sur son lieu de travail le samedi matin. C'est à cette époque-là que j'ai eu l'âge de prendre le métro tout seul. Une fois, j’ai pris en douce une photo de Harry Goz. C'est la première photo dont j’ai fait un tirage. Mon père l'a donné à Harry, qui était je pense un passionné de photographie, parce qu'il avait de nombreux livres sur le sujet – il me les a donnés et je crois que je les ai tous lus en une heure. À part ça, je me suis débrouillé tout seul. À ce jour, je n'ai jamais pris de cours.

Michael Jackson et Freddie Mercury. Photo : Neal Preston

Quels photographes vous ont-ils inspirés ?
Je ne connaissais pas leur nom à l’époque, mais maintenant que je suis dans le business depuis un moment, je les situe un peu mieux : Philippe Halsman, Allan Grant, dont la veuve est une bonne amie à moi… C’étaient des types qui pouvaient photographier n'importe quoi. Mes photographes de mode préférés à l'époque étaient Richard Avedon et Norman Parkinson qui, je l'ai compris plus tard dans la vie, était le génie de tous les génies. Je connaissais Henri Cartier-Bresson et Ansel Adams, mais leur travail ne me plaisait pas vraiment.

Pensez-vous que la polyvalence est importante dans votre métier ?
En tant que photojournaliste, absolument. En général, les photographes tendent vers un domaine en particulier – la publicité, la mode, l’éditorial. J’avais beau graviter autour de la musique, je savais que je pouvais me tourner vers un tas d’autres choses différentes – d’autres sujets, d’autres styles. Même si ce style n'était pas mon style. Exemple : pour le film 61* réalisé par Billy Crystal, j'ai passé deux jours à recréer des cartes de baseball avec les deux acteurs qui interprétaient les rôles de Mickey Mantle et Roger Maris. Donc je peux recréer n'importe quoi.

Led Zeppelin. Photo : Neal Preston

Quels sont vos souvenirs de tournée les plus mémorables ?
La Grande Muraille de Chine avec Wham ! et George Michael. La Russie avec Billy Joel. J'ai grandi dans la chaleur de la guerre froide et de la crise des missiles cubains, et le fait d’aller en Russie était aussi surréaliste que d'aller sur Uranus ou Pluton. Il y a aussi eu l'Afrique du Sud avec Whitney Houston. Et le Checkpoint Charlie, l'un des postes-frontières de Berlin, avec Bryan Adams. J'ai également photographié six Jeux olympiques, dont l’Italie et la Yougoslavie. Mais si je devais choisir un seul moment mémorable, c’est quand Sly Stone a fumé du crack dans ma voiture pendant que j’étais sur l’autoroute. C’était en 1979 et de la fumée sortait de partout.

Que faites-vous pendant vos journées de repos ?
Ces journées sont précieuses, car j’en ai rarement. Que fais-je ? À supposer qu’il s’agisse d’un vrai jour de congé, où aucun montage n'est impliqué – n'oubliez pas que je fais de la photographie analogique – j’essaie de rattraper un maximum de sommeil et, si possible, de faire la fête.

Dans la bande-annonce de votre nouveau livre, vous dites : « L’histoire, ce n’est pas moi. L’histoire, c’est ce que je fais. »
Je le pense sincèrement. Nous connaissons tous des photographes, que je ne nommerais pas, qui disent : « C'est à propos de moi. » Tout le monde a un ego à satisfaire, mais je suis plutôt du genre à demander « Avez-vous vu cette photo ? » que « Savez-vous qui je suis ? » Et c'est ça, l’histoire, c'est la raison pour laquelle j'ai écrit ce livre. Les contraintes, les délais, les déplacements… Toutes ces choses auxquelles les gens ne pensent pas quand ils voient cette photo de Jimmy Page en train de boire du Jack Daniel's. Des tas de photographes sortent des livres qui se résument à « Voici une photo de Bruce Springsteen, on a mangé un cheeseburger après le shooting et c'est un type super ». Ça a été fait des millions de fois.

Peter Frampton. Photo : Neal Preston

Dans quel état d'esprit êtes-vous lorsque vous photographiez des concerts ?
Je suis là pour bosser. Dès la minute où vous entrez sur scène lors d’un concert de rock and roll, vous n'êtes plus aux États-Unis. Peu importe que le concert soit à Topeka, dans le Kansas, à Manhattan, à Los Angeles ou ailleurs. Vous vous trouvez désormais dans l’Émanation des roadies. Ne marchez sur rien, ne touchez à rien, ne vous entravez pas dans les instruments, c'est évident. Assurez-vous que votre passe est visible en tout temps, car douze personnes vous suivent tout le temps des yeux – les roadies.

Bruce Springsteen en 1985. Photo : Neal Preston

Que voulez-vous que les jeunes photographes retiennent de votre livre ?
Tant de choses ont changé depuis que j'ai commencé. J'ai grandi avant l’arrivée d’Internet, avant les téléphones portables. Beaucoup de gosses me demandent : « Comment puis-je me lancer dans le business ? » Eh bien, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle est que grâce à Internet, votre travail a plus de visibilité aujourd’hui. La mauvaise est qu'il y a très peu d’argent dans cette industrie, ce que je trouve très insultant. Le meilleur conseil que je puisse donner aux photographes prometteurs c’est : accrochez-vous à un groupe que vous aimez. S'ils réussissent, vous êtes leur mec. C'est comme ça que vous allez devenir connu des gens de l'industrie – c’est le meilleur moyen de vous établir, en général. Vous n'irez pas loin en appelant Rolling Stone et en leur soumettant 18 portfolios.

Bob Marley. Photo : Neal Preston

Ce qui se démarque dans vos photos en noir et blanc, ce sont les contrastes élevés, les noirs profonds, les points forts intensifiés. Est-ce là « votre style ? »
C'est un style que j’aime particulièrement, oui, le « high key ». J'aime les arrière-plans propres – moins il y a de trucs en arrière-plan, mieux c'est. Débarrassez-vous du micro si vous le pouvez. Ne photographiez rien qui ne soit pas absolument nécessaire.

Freddie Mercury à Wembley. Photo : Neal Preston

Que se passait-il sur cette célèbre photo de Freddie Mercury ?
C'était le début du concert. La première chanson. J'étais en mode travail. Je ne me disais pas, Oh, j’ai un cliché emblématique. Je me contente de photographier et je vois le résultat après. Tout photographe qui vous dit, dix minutes après le shooting, « j'ai un cliché emblématique », ne sait pas ce qu'il fait, et n'a pas pris de cliché emblématique – pour qu’un cliché devienne emblématique, il faut du temps et du recul sur le passé.

Pour quoi voulez-vous qu'on se souvienne de vous ?
Je veux qu’on me reconnaisse comme un professionnel. J'ai appris beaucoup de choses de Ken Regan, qui dirigeait l'agence de photographie Camera 5 – très célèbre dans le monde du photojournalisme – juste en regardant et en écoutant. Il était comme un grand frère pour moi, doublé d’un professionnel accompli. Je veux moi aussi être un professionnel accompli. À la fin, votre travail parle de lui-même. Je traite les gens équitablement et je ne parle pas de moi. Mon ego n'en a pas besoin.

« Neal Preston: Exhilarated and Exhausted » est disponible sur Amazon.

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