Crime

Le condamné à l’origine d’un documentaire vedette sur Netflix aurait été piégé d’après un juré

Alors que le documentaire en dix épisodes de Netflix continue à gagner en popularité, les réalisatrices Laura Ricciardi et Moira Demos ont révélé lors d’une émission qu’un juré dans cette affaire de meurtre les avait contactés.
08 janvier 2016, 9:50am
Photo par Morry Gash/AP

Un juré qui avait participé au procès de Steven Avery — un homme du Wisconsin (nord-est des États-Unis) jugé pour un meurtre qui fait actuellement l'objet du documentaire Making a Murderer (en français « Fabriquer un meurtrier ») très populaire sur Netflix — aurait dit aux réalisatrices de ce documentaire qu'il pensait qu'Avery était innocent et qu'il avait été piégé.

Laura Ricciardi, qui a co-produit et co-dirigé cette série documentaire de 10 épisodes, a révélé lors de l'émission The Today Show ce mardi que le juré les avait directement contactées, elle et sa partenaire Moira Demos, en qualifiant de « compromis » les verdicts rendus dans le procès d'Avery pour le meurtre de Teresa Halbach en 2005 dans le Wisconsin. D'après Ricciardi, leur interlocuteur leur a dit que les jurés avaient marchandé leurs votes dans la salle du jury, « en disant explicitement '' Si tu votes coupable pour ce chef d'accusation, je voterai non-coupable pour ce chef d'accusation.'' » Avery a été condamné pour meurtre et possession illégale d'arme à feu, mais jugé non-coupable de mutilation de cadavre.

Le juré — qui n'a pas été identifié et pourrait aussi bien être une jurée— a contacté les réalisatrices suite à la diffusion de cette série documentaire qui a rencontré un succès immédiat. Ricciardi et Demos n'ont pas encore vérifié ces déclarations avec les autres jurés de l'affaire.

Demos indique : « Il croyait que si un verdict [aussi] partagé comme celui-là était rendu, cela enverrait un message à la cour d'appel. Il croyait que Steven allait avoir un nouveau procès — c'était son plan en quelque sorte — mais bien sûr cela n'a pas fonctionné de cette manière. »

« Il croit que Steven a été piégé par les forces de l'ordre et qu'il mérite un nouveau procès, et si cela avait lieu, ce nouveau procès devrait selon lui être tenu loin du Wisconsin », a déclaré Ricciardi.

Les réalisatrices Ricciardi et Demos ont été accusées d'avoir adopté un point de vue biaisé en faveur d'Avery, dans leur description des événements qui ont mené à sa condamnation pour meurtre. Elles ont indiqué que le juré serait d'accord pour parler si un nouveau procès devait avoir lieu.

Avery, qui a désormais 53 ans, purge une peine de réclusion à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle. Il avait déjà passé 18 ans derrière les barreaux pour un viol qu'il n'avait pas commis avant d'être finalement innocenté par des preuves ADN. Le documentaire de Netflix explore cette condamnation pour viol et la connivence des autorités du comté de Manitowoc qui auraient retenu des preuves importantes ainsi que des informations qui auraient pu innocenter Avery plus tôt ou le garder hors de prison.

La série se plonge ensuite dans le procès pour homicide et tente de montrer si oui ou non Steven Avery a été piégé par les autorités. Les événements dépeints dans ce documentaire ont provoqué l'indignation des téléspectateurs, qui ont été plusieurs milliers à signer au moins deux pétitions appelant au blanchiment d'Avery.

Le procureur dans cette affaire de meurtre a déclaré que le documentaire omet des faits cruciaux et des preuves décisives qui ont mené à la condamnation d'Avery en 2007, en qualifiant l'hypothèse de l'homme piègé « d'irresponsable et d'incohérente vis-à-vis de toutes les preuves avancées. »

D'après ses propos recueillis par le New York Times, les réalisatrices ont fait usage de « désinformation » afin de servir leurs propres intérêts et d'attirer plus d'audience.

De son côté, le shérif du comté de Manitowoc Robert Herrmann a rejeté les conclusions du documentaire lors d'une interview donnée au Hollywood Reporter.

« Les gens fondent leur jugement sur la base d'un documentaire, si on peut l'appeler comme ça, qui montre quatre heures de témoignages lors de l'audience alors que le jury et le juge ont entendu des semaines de témoignages, » a déclaré Herrmann. « Évidemment lorsque vous le regardez, vous pouvez voir que la défense et la famille de Steve Avery sont proches des réalisateurs et [le public] tire les mauvaises conclusions. J'ai le sentiment profond que justice a été rendue. »

Toutefois, les réalisatrices ont indiqué que la seule intention derrière ce documentaire était « d'initier un dialogue ».

« Je suis sûre qu'une partie de ce dialogue repose sur le désir qu'ont les gens d'obtenir davantage d'informations à propos de ce qui est arrivé à Teresa Halbach, et si quelqu'un trouve plus d'informations, je pense que c'est une bonne chose, » a déclaré Demos. « Je pense que c'est ce qu'elle mérite. »


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