drogue

À la rencontre du mec de 17 ans qui fait fortune en dealant du snus

En Finlande, le marché noir du tabac suédois représente près de 50 millions d’euros par an. Avec le soutien de ses parents, Niklas s’en met plein les fouilles.

par Sara Silvennoinen; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
27 Juin 2017, 5:00am

Niklas manipule une boîte de snus de 90 grammes.

Cet article a été initialement publié sur VICE Scandinavie.

Niklas*, 17 ans, inspecte la marchandise qui lui a servi à payer la montre en or et les vêtements de créateurs qu'il arbore. L'adolescent finlandais vient tout juste de récupérer sa livraison hebdomadaire de 950 sachets de snus – une poudre de tabac humide qui est illégale partout en Europe, sauf en Suède.

Avant que la Finlande et la Suède n'entrent dans l'Union européenne en 1995, la Finlande abritait une douzaine d'usines de fabrication de snus. Mais depuis que l'UE a banni le snus sur son territoire, ces usines ont dû fermer leurs portes. En Suède, en revanche, le snus est tellement ancré dans la tradition que l'UE a décidé de faire une exception – une exception qui a fait naître un marché noir lucratif en Finlande.

Ayant grandi en Finlande, je connais une dizaine de personnes qui vendent du snus pour gagner de l'argent, mais aucune d'entre elles n'a réussi aussi bien que Niklas. « Je gagne 5 000 € par mois, m'annonce-t-il. J'ai la belle vie et je fais beaucoup de shopping. »

Niklas inspecte sa livraison

Il est important de noter qu'il est autorisé d'importer du snus en Finlande – un maximum de 1 kg dédié à un usage personnel. La majorité du snus légalement importé est achetée sur les ferries commerciaux qui vont et viennent entre les deux pays. Une quantité importante du snus que l'on trouve en Finlande vient de Haparanda, une ville située près de la frontière finlandaise, au nord de la Suède. Selon les estimations, environ 80 à 85 % du snus vendu à Haparanda est acheté par des Finlandais.

Nombre de personnes se font arrêter à la frontière finlandaise en essayant de faire passer plus de snus qu'il n'est permis. En avril dernier, les douaniers finlandais ont saisi 1 300 kg en une seule opération. L'année dernière, 300 cas d'introductions clandestines de snus dans le pays ont été étudiés – un total de 3 422 kg, soit une augmentation d'un tiers par rapport à l'année précédente. Heureusement pour les dealers comme Niklas, la police finlandaise, qui compte le plus petit nombre d'employés pour 1 000 personnes en UE, ne fait pas des petits délinquants sa priorité.

Niklas prétend être le plus gros dealer de snus de la Finlande du Sud-Ouest. Ces dernières années, il a développé son business – il délègue désormais la vente de sa marchandise à six distributeurs. « Tout le monde me connaît, affirme Niklas. Avant de commencer à travailler avec des distributeurs, je passais facilement quatre heures à vendre du snus après l'école. »

Non seulement les parents de Niklas sont conscients de l'origine de la richesse personnelle de leur fils, mais ils étaient ses investisseurs initiaux. « J'étais sur un bateau en Suède avec mon père quand il a acheté un sac entier de snus, raconte-t-il. Je l'ai revendu en Finlande et j'ai vite réalisé à quel point c'était rentable. »

En ce moment, le flux de travail est légèrement plus soutenu. Niklas travaille avec un fournisseur qu'il a rencontré sur Facebook. Il le connaît à peine, admet-il, mais ses distributeurs sont tous des amis de confiance.

En raison de la forte demande, Niklas peut vendre son produit pour le double du prix de détail, ce qui lui fait un bénéfice moyen de 300 € par boîte de 240 sachets. « Chaque livraison est épuisée avant que la prochaine n'arrive », déclare Niklas.

Le marché noir finlandais du snus est estimé à 50 millions d'euros par an. Une grande partie de ce commerce se fait sur les réseaux sociaux. Il existe au moins 190 groupes Facebook finlandais dédiés à la vente de snus – le plus important de ces groupes compte plus de 17 000 membres. Comme Niklas, la plupart de ces dealers vendent leur produit pour le double du prix d'achat. À cause de l'absence de surveillance efficace de la police, la plupart des dealers ne prennent même pas la peine de changer leur nom.

Ida Schauman est vice-présidente du Parti populaire suédois de Finlande. C'est aussi l'une des rares femmes politiques à soutenir la légalisation du Snus en Finlande. « Je ne suis pas une grande amatrice du snus, mais je pense que la législation devrait être plus cohérente, m'écrit-elle par mail. Les cigarettes sont légales, alors que le snus, qui est moins dangereux, ne l'est pas. Je pense qu'un commerce légalisé et réglementé serait une meilleure option qu'un commerce illégal quel la police finlandaise ne peut pas combattre à cause d'un manque de main-d'œuvre ». Elle pense également que la légalisation du snus pourrait faire baisser le tabagisme.

Si vous êtes arrêté en train de vendre du snus, vous pourriez être accusé d'une série de crimes, dont la contrebande et la fraude fiscale. Pour un seul gramme de snus importé illégalement, vous pourriez être obligé de payer jusqu'à 37 centimes d'impôts – environ 1 700 € par boîte.

Malgré les risques, Niklas est certain que ses associés ne le balanceront pas. « Personne n'osera cafter, vu le genre de personnes que j'ai à mes côtés », affirme-t-il. Il est arrivé une fois qu'un client ne le paye pas – la question a été réglée après que cette personne a eu droit à une hache enfoncée dans sa porte d'entrée.

Bien qu'il apprécie l'argent et le pouvoir qui découlent du trafic de snus, Niklas ne prévoit pas de faire ça toute sa vie. En fait, il envisage même de prendre sa retraite à l'âge de 18 ans.

Il rit quand je lui demande ce qui se passera s'il se fait prendre avant. « Je devrais payer plus d'un million d'euros au gouvernement finlandais, explique-t-il. Il y a des jours, parfois des semaines ou même des mois, où je deviens paranoïaque et je me dis que la police va finir par savoir. Mais il n'y a aucun moyen que je me fasse prendre. C'est impossible ».

*Le prénom de Niklas a été modifié afin de protéger son identité.