Toutes les photos sont de l'auteur

À bord des cliniques flottantes du lac de Tonlé Sap

Au Cambodge, des milliers de villageois isolés souffrent d’un manque d’installations sanitaires – ce à quoi tente de remédier l’ONG Lake Clinic.

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30 Novembre 2017, 6:00am

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Le lac de Tonlé Sap, situé au cœur du Cambodge, est le plus grand lac d’eau douce de toute l’Asie du Sud-Est. Aux alentours, près de 1,5 million de personnes vivent de manière isolée et ne bénéficient pas des progrès que connaît le reste du Cambodge. Certaines de ces communautés – majoritairement Khmers, Cham et vietnamiennes – sont à plusieurs heures de distance de la moindre infrastructure médicale.

Durant la guerre civile de 1994, chaque parti politique avait sa propre armée, et il était difficile de voyager à travers le pays. C’est à cette époque que le docteur américain Jon F. Morgan – également fondateur de l’Angkor Hospital for Children – a traversé le lac Tonlé Sap pour aller de Phnom Penh à Siem Reap.

« C’est à ce moment-là que j’ai découvert les villages flottants qui parsèment le lac », m’a-t-il expliqué. « La situation était cauchemardesque : les enfants déféquaient dans l’eau, là où d’autres nageaient ou faisaient leur vaisselle. Une grande partie des gens souffraient de malnutrition. » À la suite de cette visite, Morgan a décidé de fonder l’ONG Lake Clinic en 2007. Elle permet à de nombreuses personnes n’ayant pas accès à un personnel médical qualifié et bénéficier de soins.

La Lake Clinic consiste en trois maisons flottantes qui tournent à l’énergie solaire. L'ONG emploie actuellement trois médecins, trois sages-femmes, deux chefs de cliniques et deux cuisiniers – et il arrive régulièrement que des expatriés qualifiés viennent leur prêter main-forte. Malheureusement, ils sont clairement en sous-effectif face aux nombreuses personnes ayant besoin d’être traitées. Trois jours par semaine, certains de ces employés viennent de Siem Reap pour porter assistance aux personnes qui vivent dans les villages isolés de la région. L’année dernière, ils ont pu aider près de 14 000 malades.

La pauvreté et la maladie sont omniprésentes au sein des communautés de Tonlé Sap, et ses habitants vivent en grande partie des ressources que le lac a à leur offrir. Mais le manque d’eau fraîche et d’installations sanitaires favorise le développement de maladies, et des milliers d’enfants meurent chaque année en conséquence. Parmi ces communautés, de nombreuses personnes ont recours à des remèdes traditionnels. Certains Cambodgiens pensent que brûler de l’encens ou des cigarettes sur la poitrine et l’estomac du malade peut permettre de guérir toutes les maladies liées à la tête ou au corps. Quand des nourrissons montrent des premiers symptômes de maladie, on place un mélange de vin de riz, d’argile et d’écorce de bois est placé sur leur tête.

En amont du Mékong, une menace plus importante plane : plus de cent barrages hydroélectriques ont été – ou sont en passe d’être construits –, ce qui perturbe l’écosystème du lac. Selon Chaque année, le lac de Tonlé Sap produit près de 300 000 tonnes de poissons – selon la Cambodian Fisheries Administration, la construction des barrages pourrait faire baisser cette production de 42 % d’ici 2030.