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Quand la loutre était un prédateur féroce de la taille d’un loup

Monstre sanguinaire de 50 kg à la mâchoire dévastatrice, cet animal vivait il y a 6 millions d'années dans la province du Yunnan, en Chine.

Quand on vous dit loutre, vous pensez probablement “moustaches”, “babines”, “mignon” et “humide”, mais certainement pas “superprédateur”. C’est bien normal – nous vivons à une époque où ces animaux sont des créatures enchanteresses ondulant gracieusement dans nos rivières et nos océans, et dont le poids varie de 3 à 12 kg en moyenne en fonction des espèces.

Pourtant, il y a 6,24 millions d’années, vous auriez pu vous confronter à Siamogale melilutra, une loutre grand format qui faisait peu ou prou la taille d’un loup, et dont le poids moyen a été estimé à 50 kg. Les paléontologues ont annoncé la découverte de cette espèce préhistorique cette année dans le Journal of Systematic Palaeontology, après avoir trouvé les restes fossilisés de la créature dans la province chinoise du Yunnan.

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Aujourd’hui, une seconde étude sur le mammifère aquatique aujourd’hui éteint, publiée hier dans la revue Scientific Reports, montre que S. melilutra n’était pas uniquement la plus maousse des loutres connues : elle possédait également une mâchoire extrêmement puissante lui permettant de broyer de petits animaux comme on mange des chips au fromage.

L’équipe de scientifiques, menée par Z. Jack Tseng – anatomiste à l’Université de Buffalo et associé de recherche au Musée américain d’histoire naturelle et au Musée d’histoire naturelle du comté de Los Angeles – a pu estimer la force des mâchoires de cette loutre primitive à partir de ses restes crâniens.

Lorsqu’ils ont comparé les scans par tomodensitométrie (TDM) de 10 crânes d’espèces de loutres actuelles à des simulations du crâne de l’espèce éteinte, les chercheurs ont constaté que les mâchoires de l’animal étaient six fois plus dures que prévu.

Comparaison des mâchoires des différentes espèces de loutre. Image : Tseng et al., Scientific Reports, 2017

Cette caractéristique est corrélée à une morsure bien plus puissante que celle des loutres modernes, même en prenant en compte les tailles respectives des animaux et la surface des mâchoires en question. Cela suggère par ailleurs que S. melilutra était probablement un superprédateur dans le réseau trophique des marécages, et qu’elle était capable de percer les coquilles de crabes, de mollusques et même de tortues, de mâcher les os des grenouilles et des oiseaux, et d’attaquer de très gros animaux quand elle se sentait menacée.

“Nous n’avons aucune certitude à ce stade, mais nous pensons que cette loutre était un prédateur supérieur aux espèces de loutres actuelles”, a déclaré Tseng dans un communiqué. “Notre découverte implique que l’animal était capable d’écraser des proies beaucoup plus dures et plus massives que n’importe quelle espèce de loutre aujourd’hui.”

Ce n’est pas la première fois que le stéréotype du loutron mignon, gracieux et délicat est mis à mal. Les humains sont régulièrement attaqués par des loutres enragées, et plusieurs espèces ont montré un goût certain pour le meurtre gratuit et la nécrophilie. Aussi charmante soit-elle, ne l’approchez pas de trop près.

Pour plus de Vice, c’est par ici.