Un designer montréalais derrière des pochettes d’album parmi les plus iconiques du rap moderne
Culture

Un designer montréalais derrière des pochettes d’album parmi les plus iconiques du rap moderne

Freak Stewart a fait des pochettes tant pour les Anticipateurs que pour Gucci Mane. Il nous raconte son parcours.
05 mars 2018, 7:18pm

Bien que les collaborations entre artistes montréalais et américains se fassent de plus en plus fréquentes dans le monde du hip-hop, il s’agit souvent d’un rapport à sens unique où un rappeur se paye un featuring d’un gros nom to look big.

L’exception provient souvent des acteurs de l’ombre. On pense immédiatement aux beatmakers québécois qui ont atteint le même niveau de qualité que leurs homologues internationaux, ce qui leur permet de signer des productions pour des artistes d’envergures.

Mais dans les sphères plus underground, les connexions se font aussi. C’est le cas pour le designer graphique Sébastien « Freak » Stewart, qui a pondu plus de 500 pochettes de mixtapes depuis ses débuts en 2009. Après avoir quitté le monde du BMX où, en plus de compétitionner, il designait logos, flyers ainsi que les pubs de son commanditaire, il est devenu photographe de shows de rap. « C’est comme ça que j’ai rencontré tout le monde de la scène hip-hop à Montréal. Ensuite, j’ai organisé des shows et géré des artistes. Quand venait le temps d’avoir des visuels, je m’occupais de tout et, de fil en aiguille, je me suis fait connaître pour mes pochettes », me raconte Freak.

Maintenant designer à temps plein, les pochettes d’albums représentent près de 50 % de ses revenus, le reste provenant de contrats pour des entreprises locales. « J’ai une équipe qui travaille avec moi pour les trucs corpos, comme les logos, les pubs et les identités visuelles de marques. Sur ces projets, je m’occupe mostly de la direction artistique, mais les covers, je fais tout du début à la fin. »

C’est connu, la mixtape game est beaucoup plus forte aux States qu’au Québec, ce qui fait qu’une bonne partie de ses clients sont américains. « Je dirais que 75 % des artistes avec qui je travaille proviennent d’Atlanta, de Caroline du Nord et du Sud, de Virginie et de New York. L’autre 25 % sont des artistes locaux. »

Comme la communication se fait par le net, ce n’est pas toujours évident d’être sur la même longueur d’onde. « J’aime bien les clients qui ont déjà une petite idée ou deux, trois guidelines, mais quand ils essayent de micromanager, c’est vraiment pas le fun. Les gens doivent apprendre à trust leur designer. Ceux qui micromanagent sont souvent aussi ceux qui essayent de négocier mon prix, et ce sont des covers que je publie rarement. »

Mais les connexions par internet donnent parfois lieu à des rencontres dans la vraie vie. Lors de son passage à Atlanta pour la convention Hip-Hop A3C, un contact lui a permis de faire la tournée de plusieurs studios difficiles d’accès. « Oh maaaaaan, Atlanta is the truth. Une des plus belles expériences de ma vie. Je suis allé chez Rich Homie Quan, au studio d’Outkast et un autre studio où Future enregistrait le lendemain. » Comme Atlanta est un peu la mecque du rap depuis plusieurs années, donc pas évident d’être accepté dans ces petits cercles fermés, encore moins pour un Blanc. « Heureusement, j’étais avec les bonnes personnes. Quand j’entrais dans un studio, je me faisais dévisager et j’avais genre sept secondes pour m’introduire. C’était stressant parce que tout le monde est armé là-bas. Mais une fois que je sortais mon livre et que je disais que j'étais un designer du Canada, les gars étaient super down. »

Quand je lui demande de quelle collaboration il est le plus fier, aucune hésitation, c’est le dieu du South lui-même, Gucci Mane. « J’ai designé un cover pour annoncer sa sortie de prison y a environ trois ans. Le cover est devenu viral et par la suite son manager m’a contacté », se souvient-il. Le clan Gucci a utilisé le visuel pour une chanson et lui en ont ensuite demandé d’autres pour Gucci et d’autres artistes de son entourage. « Sinon je suis le main designer pour OG Maco, ça c’est nice aussi. » En effet!

L’automne dernier, Freak a lancé un photobook pour marquer son travail fait au cours des deux dernières années. « J’ai plein de projets en tête, et ce livre, I got you covered, c’en était un. Je vais probablement en sortir d’autres dans les années à venir. »

Pour ce qui est du futur, Freak veut faire encore plus de pochettes d’albums et s’inspirer de tous les entrepreneurs qui travaillent dur pour laisser leur marque. Ses ambitions de collaborations? « Au States, ça serait 2 Chainz. J’adore son work ethic et comment il a su se réinventer à la mi-trentaine. Sinon, en France, ce serait Booba et au Canada Tory Lanez. » Si t’as eu Gucci Mane, le monde t’appartient mon Freak!

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