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À quoi ressemblera le futur du maintien de l’ordre ?

À l’occasion du Salon International de Défense et de Sécurité, plusieurs exposants présentent des nouvelles technologies qui pourraient remplacer les actuels Flash-Balls et gaz lacrymogènes.

par Pierre Longeray; photos Etienne Rouillon
14 Juin 2016, 2:00pm

Etienne Rouillon/VICE News

Pour beaucoup, le Parc des Expositions de Villepinte est synonyme de concours d'entrée à Sciences Po ou de Japan Expo, mais cette semaine les grands halls froids de la banlieue nord de Paris accueillent lance-missiles, Kalachnikov et autres chars Leclerc.

Depuis ce lundi matin et jusqu'à vendredi prochain se tient le plus grand Salon International de Défense et de Sécurité au monde : l'Eurosatory 2016. Dans les allées, on croise beaucoup de militaires du monde entier en habit d'apparat, mais aussi des hommes d'affaires en costumes et quelques rares visiteurs.

Les stands les plus visibles et les plus visités sont ceux des géants de l'armement comme Thales, Dassault ou encore Lockheed Martin. Ils produisent des mortiers, des avions de chasse ou encore des missiles. En somme, des produits destinés aux zones de combat que l'on ne risque pas de croiser de sitôt dans la rue.

Une démonstration de camion citerne armé.

Mais d'autres exposants plus discrets sont présents sur le salon pour présenter leurs nouveautés en matière de maintien de l'ordre et de gestion des foules — un thème particulièrement prégnant en France, après trois mois de mobilisation contre la loi Travail marqués par des affrontements entre forces de l'ordre et manifestants.

Un tel scénario (manifestants masqués face à une police en tenue anti-émeute) a d'ailleurs été présenté lors des démonstrations en plein air, entre deux simulations de situation de guerre.

Démonstration de matériel anti-émeute à Eurosatory.

L'outil préférentiel pour les missions de maintien de l'ordre est en règle général le lanceur de balle de défense (LBD), plus connu sous le nom de Flash-Ball du nom du modèle le plus commercialisé. Problème, cette arme non-létale n'est pas réputée pour être précise et se retrouve souvent associée à des bavures policières — comme en avril dernier à Rennes où un étudiant a perdu un oeil à cause d'un tir de LBD40. D'autres munitions comme les grenades désencerclantes ou lacrymogènes, que l'on pouvait voir entre les stands du salon, sont également critiquées ces dernières semaines, entre autres après qu'un vidéaste s'est effondré et est tombé dans le coma quand une grenade désencerclante a éclaté.

C'est pourquoi plusieurs fabricants nous ont dit réfléchir à des alternatives, en particulier aux LBD souvent jugés trop dangereux, notamment parce que les billes peuvent rebondir, partir dans tous les sens et parce qu'elles sont trop pénétrantes.

Un Flash-Ball « moins létal »

L'entreprise Redcore a ainsi mis au point un projectile « moins-létal » baptisé FLEM, qui peut servir d'alternative aux billes de Flash-Ball pour la « neutralisation et la gestion de foule », indique la plaquette commerciale.

« Le FLEM présente une surface de contact plus grande qu'une bille de Flash-Ball et ne rebondit pas. Ainsi, cela diminue les risques de cavitation, » nous explique un représentant de Redcore sur le stand. Pour tester la pénétration du projectile, les créateurs du FLEM font des tests sur des annuaires, « puis on compte le nombre de pages transpercées. »

Les munitions déployées Flem.

Le directeur technique de l'entreprise, un ancien gendarme, nous explique que le FLEM doit éviter les risques de pénétration lors de tirs à faible distance. Il est justement conçu pour la très courte et courte portée (de 5 à 15 mètres). Fabriqué à base de composite polymère, le FLEM comporte aussi une bande orange qui permet de le stabiliser et fonctionne avec un fusil de chasse ou un fusil à pompe.

Redcore produit aussi un LBD, mais qui serait bien différent des autres modèles type Flash-Ball. « Le Kann44 CLR possède un canon rayé, ce qui lui permet d'être bien plus précis grâce à l'effet gyroscopique et les projectiles sortent bien moins vite qu'avec un Flash-Ball. L'objectif était véritablement de diminuer la létalité, » explique l'ancien gendarme, qui assure que de toute manière « la police nationale et la gendarmerie ne veulent plus » des modèles actuels.

Le LBD de Redcore.

Combo Paintball et gaz lacrymogène

Un peu plus loin sur le salon, on remarque un petit stand qui expose quelques boîtes de billes de couleur flashy qui ressemblent à s'y méprendre à des billes de paintball. En réalité, il s'agit de PepperBalls, des petites billes remplies d'un gaz qui irrite les yeux et le nez comme le gaz poivre.

Au contact d'une surface dure ou de la peau, la bille éclate et dégage un nuage de gaz poivre.

Les munitions Pepperball (via Pepperball)

« C'est un produit qui permet de remplir le même objectif que le gaz lacrymogène et le Flash-Ball, mais combiné, » nous explique-t-on sur le stand. « Si vous êtes touchés par une PepperBall vous allez avoir un bleu, mais vous allez aussi ressentir les effets du gaz poivre et être désorientés — même si vous avez des lunettes ou un masque. » Le porte-parole de l'entreprise affirme que les billes sont bien moins dangereuses que les balles de LBD.

Les PepperBalls sont déjà utilisées dans de nombreux pays, nous assure-t-on, notamment en Allemagne, Italie, Espagne, et évidemment aux États-Unis, où elles ont été créées. Selon le patron du stand, des gendarmes français ont été très impressionnés, et doivent revenir ce mardi avec leur « chef ».

D'après le patron, équipés avec des PepperBalls, 3 policiers suffisent à repousser des dizaines de manifestants. « S'ils avaient eu ça à Marseille, les choses auraient été différentes, » souligne-t-il, en faisant allusion aux affrontements entre supporters pendant l'Euro de football.

« Our eyes never close »

À Eurosatory, on pense que le maintien de l'ordre passe aussi par une meilleure vision globale des foules — un service que propose l'entreprise Evitech dont le slogan parle de lui-même : « Our eyes never close », nos yeux ne se ferment jamais.

Evitech nous explique mettre au point des solutions pour réaliser une « gestion pacifique des foules » grâce à de l'analyse vidéo pointue. « Nos systèmes sont capables de détecter des comportements suspects comme des accélérations soudaines, des remontées de la foule ou encore des attroupements. Et tout ça sans opérateur, » nous indique-t-on sur le stand. « Une alarme se déclenche et prévient les personnes sur le terrain.

Des visiteurs d'Eurosatory devant un système multi-écran.

Les technologies développées par Evitech peuvent aussi potentiellement mettre fin à l'inextricable débat entre les chiffres fournis par la police et ceux des syndicats lors des manifestations. Les écarts sont parfois d'un à dix, mais Evitech pense pouvoir donner à 95 pour cent le chiffre exact de participants à une manifestation, notamment grâce à des calculs de densité.

Suivez Pierre Longeray sur Twitter : @PLongeray

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