Syrie

La « génération brisée » des enfants syriens

La guerre en Syrie a créé un « terrifiant traumatisme mental » pour toute une génération.

par Tim Hume
09 Mars 2017, 11:15am

Six années de carnages et de combats en Syrie s'accompagnent immanquablement d'une « terrifiante crise de santé mentale » pour toute une génération traumatisée, laissant derrière elle des enfants suicidaires et muets.

C'est l'information principale des conclusions du dernier rapport « Blessures Invisibles » de l'association Save the Children. Ce serait la plus large enquête sur la santé mentale en Syrie depuis le début de la guerre en 2011. On y apprend que des millions d'enfants Syriens vivraient dans un état de « stress toxique ». Environ 3 millions d'entre eux âgés de moins de six ans n'ont connu que des zones de guerre. Plus de 2 millions ont été forcés de fuir le pays en tant que réfugiés.

« Après six ans de guerre, nous avons atteint un point critique, après quoi l'impact sur le développement de l'enfant sera tellement grand qu'il deviendra permanent et irréversible. » écrit Marcia Brophy, conseillère en santé mentale de l'association Save the Children.

Une exposition étendue au stress résultant du conflit peut perturber le cerveau et les organes de développement de l'enfant de façon irréversible, selon Brophy. Cela pourrait engendrer une « génération brisée » d'enfants sujets aux troubles psychiques et aux addictions.

« Le risque d'une génération brisée, abandonnée aux traumatismes et au stress extrême, n'a jamais été aussi élevé. »

L'organisation humanitaire a interviewé 450 personnes en Syrie, parmi lesquels figurent enfants, parents, enseignants et travailleurs sociaux.

Les principale informations du rapport :

  • Deux-tiers des enfants ont déjà perdu un proche, été blessé durant la guerre ou eu leur maison bombardée.
  • 80 pour cent des interviewés ont décrit les enfants et les jeunes comme plus agressifs.
  • 71 pour cent ont affirmé que de plus en plus d'enfants souffraient d'incontinence — symptôme classique de stress post-traumatique. « Je me sens tout le temps en colère », confie un adolescent de la ville d'Idlib cité dans le rapport.
  • 48 pour cent des adultes ont déclaré avoir vu des enfants devenir muets ou souffrir de troubles de l'élocution.
  • 59 pour cent des adultes ont connu des enfants et adolescents enrôlés dans des groupes armés.
  • Un enfant sur quatre risque de développer des troubles mentaux.

Le manque d'écoles a aggravé les troubles de santé mentale chez les enfants. Environ une école syrienne sur trois a été obligée de fermer — une attaque d'école a lieu tous les deux jours environ, selon le rapport — et l'accès aux soins psychologiques est limité, voire inexistant.

L'année dernière, l'UNICEF estimait que la moitié des enfants syriens n'avaient pas accès à l'éducation, tandis que 80 pour cent des enfants syriens réfugiés n'étaient pas scolarisés, la majorité étant forcée à travailler. Un jeune cité dans le rapport les décrit en état « d'anxiété constante ».

« Ils sont tout le temps stressés », ajoute-t-il. « Chaque bruit de chaise qui bouge ou de porte qui claque les fait réagir. C'est le résultat de leur peur — celle du son des avions, des missiles, de la guerre. »


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