FRANCE

Calais : pourquoi la maire ne veut plus du mur anti-migrants

La maire de la ville a pris un arrêté pour faire interrompre la construction du mur, mais la préfecture a aussitôt annoncé qu’elle allait tout de même poursuivre.
Pierre Longeray
Paris, FR
4.10.16
Des ouvriers le long de la rocade à Calais, sur le chantier de la construction d'un mur censé empêcher les migrants de pénétrer sur la route qui mène au port. Calais, le 22 septembre 2016. (REUTERS/Pascal Rossignol)

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Comme annoncé il y a deux semaines, la mairie de Calais a pris ce lundi soir un arrêté pour interrompre les travaux du mur « antimigrants » en cours de construction le long de la rocade portuaire. Mais quelques heures plus tard, l'État, par l'intermédiaire de la Préfecture du Pas-de-Calais, a répliqué, en prenant à son tour un arrêté qui suspend l'arrêté municipal. En bref, l'État poursuit la construction.

Ce mur est financé à hauteur de 2,7 millions d'euros par la Grande-Bretagne. Il est en cours de construction depuis le 20 septembre dernier. Haut de 4 mètres et s'étendant sur un kilomètre, le rempart qui sera surveillé par des caméras est censé empêcher les migrants de monter dans les camions qui embarquent sur les ferrys à destination du Royaume-Uni.

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Entraves au code de l'urbanisme

Trois jours après le début des travaux, la maire de Calais, Natacha Bouchart, avait indiqué dans un communiqué qu'un « constat d'infractions » avait été établi contre la société qui construit le mur. Elle avait alors prévenu qu'elle déposerait un arrêté interruptif « sous huit jours » si l'État ne lui répondait pas.

Elle a finalement laissé presque deux semaines au gouvernement pour revenir vers elle. Mais « en l'absence de réponse satisfaisante de la part de l'État », la maire a donc mis en application sa menace.

Bouchart estime que le mur présente plusieurs « entraves au code de l'urbanisme et de l'environnement » et qu'une « chaussée a été réalisée sur des terrains appartenant à? la Municipalité, sans qu'aucune demande d'autorisation n'ait été déposée. »

Problème pour Bouchart, l'arrêté municipal n'est pas suspensif — les travaux vont donc continuer et sont censés s'achever d'ici la fin de l'année. Interrogée sur un possible nouveau recours, la mairie de Calais nous a indiqué qu'« aucune communication n'est faite à ce sujet pour le moment ».

Une évacuation prévue pour mi-octobre

Que l'État veuille à tout prix construire ce mur étonne la maire de Calais, puisque le camp de migrants va être démantelé avant l'hiver, comme annoncé successivement par le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, et le président Hollande au cours du mois de septembre.

« Si le démantèlement de la Jungle comme annoncé par le ministre s'avère effectif dans les semaines à venir, un mur n'a plus lieu d'être, » avait déclaré Bouchart au début du mois de septembre.

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Ce à quoi la préfecture avait répondu que « Dans un contexte international de crise migratoire durable, la stratégie de sécurisation de la zone doit être pérennisée pour les prochaines années — bien au-delà du démantèlement du campement de Calais qui interviendra avant cet hiver — afin de diminuer l'attractivité du Calaisis pour les passeurs. »

En juin dernier, avant l'annonce d'un plan de démantèlement de la jungle, la maire déclarait à l'AFP soutenir ce projet. « Les autorités sont en train de préparer l'élévation d'un mur. Si on ne poursuit pas [le travail de protection de la rocade], c'est nous Calaisiens qui en subissons les conséquences. »

Le démantèlement devrait commencer le 17 octobre prochain selon des informations du Canard Enchaîné. Les 7 000 migrants présents dans la Jungle seront alors répartis dans les centres d'accueil et d'orientation disséminés partout sur le territoire français.


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