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FRANCE

Woman Tax : être une femme coûte plus cher

Le ministère de l’économie français a annoncé lundi qu'il allait enquêter sur un écart de prix entre les produits destinés aux femmes et aux hommes. Une décision motivée par un collectif que VICE News a interrogé.
5.11.14
image via le tumblr Woman Tax

Chaque année, les femmes sont contraintes de dépenser plus de mille euros de plus que les hommes en produits de consommation quotidienne, à cela s'ajoutent des postes de dépense qui ne sont souvent pas partagés par les ménages (visites gynécologiques, pilules de contraception, etc.). On appelle ça la « woman tax », ou « taxe rose ». C'est ce que révélait une étude du magazine américain Forbes de 2012, qui a popularisé ce terme et dont les expressions concrètes sont compilées depuis plusieurs semaines sur le tumblr Woman Tax.

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Depuis le mois de septembre, le collectif féministe Georgette Sand relève ainsi sur son blog les écarts de prix entre des produits de consommation équivalents destinés aux hommes d'un côté, aux femmes de l'autre. Par exemple, des gants en plastique vendus 11 centimes plus chers pour les petites tailles, ou des sacs à dos — de même contenance — 4,95 euros plus chers pour le modèle « femme ». Ci-dessous, des rasoirs 8 centimes plus chers pour les femmes, alors que le paquet ne contient que 5 rasoirs et qu'il y en a 10 pour les hommes.

Une comparaison de rasoirs Monoprix / womantax.tumblr.com

De ce blog est née une pétition qui demande à Monoprix — l'enseigne dans laquelle le collectif a essentiellement mené son enquête — d'égaliser ses tarifs. « L'enseigne profite [du fait] que les produits d'hygiène pour femmes et ceux pour hommes sont dans des rayons différents pour appliquer des tarifs différenciés sur des produits pourtant similaires voire identiques. […] Que ce soit en tant que producteur de sa propre marque ou en tant que distributeur de diverses marques, le constat reste le même : ce sont — pas systématiquement mais — habituellement les femmes qui payent le prix fort. Alors que, rappelons-le, les femmes gagnent 27 % de moins que les hommes, » dénonce la pétition.

L'entreprise Monoprix a répondu officiellement, invoquant « un surcoût de fabrication » pour les produits destinés aux femmes. La réponse est jugée non suffisante par les membres du collectif qui demande plus de détails pour que les consommatrices puissent faire un choix véritablement informé. Georgette Sand dénonce au passage le marketing genré, c'est-à-dire un marketing au ciblage exclusivement fondé sur des caractéristiques de genre.

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Ces différences de prix, qui se retrouvent ailleurs que dans la grande distribution, comme chez le coiffeur ou au pressing, semblent désormais être prises en compte par l'État. Les Georgettes ont été reçues le 21 octobre par Pascale Boistard, Secrétaire d'État chargée des Droits des femmes, qui a fait part au ministère de l'économie de cette « injustice qui ne doit pas perdurer ». Selon le cabinet d'Emmanuel Macron, ministre de l'économie, une enquête a été lancée lundi matin afin de « faire une évaluation de relevés des prix sur les catégories de prix cités par ce collectif » et « de mesurer la réalité des écarts ».

« La réserve des femmes n'est pas un acquis de naissance mais un acquis éducatif »

Le collectif, qui a pour but de « valoriser les compétences des femmes » tire son nom de celui de la romancière Aurore Dupin, qui a choisi de s'appeler George Sand au XIXe siècle « afin de forcer les limites imposées aux femmes, s'habiller en garçon, et cacher jusqu'à son nom ».

Le tournant politique qu'a pris la « woman tax » surprend, autant qu'il réjouit Ophélie Latil, membre des Georgette Sand. Pour VICE News, elle est revenue sur l'initiative de son collectif. « C'est parti spontanément, l'une d'entre nous s'est plainte de payer plus cher qu'un mec pour une coupe de cheveux, et on a décidé de faire un Tumblr, » se souvient-elle.

Différence de prix homme-femme sur la devanture d'un salon de coiffure / womantax.tumblr.com

« Avec les Georgette Sand, on avait déjà lancé plusieurs initiatives, » poursuit-elle. « Mais là, en parlant du pouvoir d'achat, en disant que c'est près d'un SMIC par an qui part dans la woman tax, on s'attaque à des préoccupations qui touchent directement le gouvernement. On ne sait pas ce qu'il va faire, s'il va taper sur la grande distribution, mais maintenant, on a une fenêtre de tir. »

Une « fenêtre de tir » pour pouvoir mettre au-devant de la scène les autres initiatives dont les Georgette Sand sont à l'origine. Leur objectif, de donner plus de visibilité aux femmes passe notamment par la diffusion d'un « guide des expertes », à destination des médias, pour faire intervenir plus souvent des femmes expertes pour commenter des sujets d'actualité et respecter une parité sur des thèmes où des rédactions peuvent penser à leurs intervenants à travers le filtre du genre.  « La réserve des femmes n'est pas un acquis de naissance mais un acquis éducatif, » conclut Ophélie Latil.

Photo via le tumblr Woman Tax.