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De plus en plus de migrants privilégient la Grèce pour rentrer en Europe

Le flux de migrants passant par la Grèce a augmenté de 500 pour cent en un an. La pression accrue des autorités européennes sur la route reliant la Libye à l’Italie pourrait expliquer ce glissement des flux migratoires.
Pierre Longeray
Paris, France
4.6.15
Photo par Yannis Behrakis / Reuters

Le flux de migrants passant par la mer Égée, de la Turquie aux îles grecques, a augmenté de 500 pour cent en un an, contre 5 pour cent pour la route méditerranéenne (de la Libye à l'Italie), a annoncé, ce mercredi, le directeur de Frontex (l'agence européenne de surveillance aux frontières), Fabrice Leggeri.

« Quand on ferme une route migratoire, une autre s'ouvre ailleurs, » pointe Thibaut Jaulin, chercheur au CERI à Sciences Po. Contacté ce jeudi matin par VICE News, le chercheur spécialiste des migrations note que, dernièrement, « La pression [des forces de surveillance européennes] est plus grande sur la route Libye - Italie, » ce qui pourrait expliquer ce glissement vers l'est des flux.

En effet, les autorités européennes ont musclé dernièrement la surveillance de la route Libye - Italie, notamment en réaction à des drames successifs en Méditerranée. La mission Triton (dédiée à la surveillance de cette zone maritime de Méditerranée centrale) a vu son budget tripler en avril dernier — passant de 3 à 9 millions d'euros par mois. Le Conseil européen réfléchit aussi à une opération militaire dans les eaux territoriales libyennes, pour détruire les bateaux utilisés par les passeurs, pour laquelle les autorités européennes devraient rendre leur verdict le 22 juin. Celle-ci reste soumise au consentement de la Libye ou à l'adoption d'une résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

À lire : Migrants : la Commission européenne dévoile son plan d'action

Si l'augmentation observée pour la route greco-turque est saisissante, le nombre de migrants empruntant ces deux itinéraires est quasiment équivalent pour le début de l'année 2015. Interrogé ce mercredi par le journal français, Les Échos, le directeur de Frontex annonce que depuis le début de l'année 2015, 37 000 réfugiés sont passés par l'Italie contre 40 000 par la Grèce via la Turquie. En réalité, cette « Eastern Mediterranean Route » n'est pas une voie nouvelle pour les migrants. Cette route qui relie la Turquie à l'Union européenne, via les îles grecques, est, depuis 2008, la deuxième voie la plus empruntée par les migrants.

Thibaut Jaulin précise que le passage terrestre entre la Turquie et l'UE (que ce soit par le sud de la Bulgarie ou l'extrême-est de la Grèce) est « de plus en plus sécurisé ». Selon le spécialiste, les migrants embarquent alors sur des « embarcations pneumatiques pour rejoindre une des îles grecques. « Une fois arrivés sur [une des îles], ils comptent prendre un ferry pour rejoindre le continent, » explique Jaulin. Début 2015, VICE News s'était rendu à la frontière entre la Grèce et la Turquie pour filmer ces « bateaux de la mort » vers l'Union européenne.

L'interview du directeur de Frontex, publiée ce mercredi, s'attarde aussi sur la situation des migrants d'origine syrienne — qui bénéficient du statut de demandeurs d'asile. Les migrants syriens constituent aujourd'hui la plus importante population de réfugiés au monde selon le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) des Nations Unies, qui estime leur nombre à plus de 4 millions.

Leggeri révèle que le nombre de réfugiés syriens diminue en Italie, ce qui pourrait indiquer que les Syriens préféreraient passer par la Grèce, expliquant donc en partie la spectaculaire augmentation observée sur l'Eastern Mediterranean Route. Il donne alors deux explications possibles à ce changement de trajet, « Les familles syriennes préfèrent éviter la Libye car les conditions de sécurité s'y sont nettement dégradées. Les passeurs sont beaucoup plus violents en Libye. » Il y a quelques mois, VICE News avait documenté l'enfer des migrants qui tentent de rejoindre l'Europe par la voie libyenne.

Le directeur de Frontex est aussi revenu sur la situation migratoire globale depuis le début de l'année 2015. « On a eu au total environ 100 000 franchissements irréguliers de la frontière extérieure de l'Union européenne, contre 40 000 sur la même période de l'an dernier, » a-t-il annoncé. Alors que les migrants sont toujours plus nombreux à affluer en Europe, les points de passage se multiplient aussi. En effet, Leggeri explique que cette augmentation est due à une migration importante de ressortissants du Kosovo, via la frontière hongroise, entre janvier et mars.

Suivez Pierre Longeray sur Twitter @PLongeray