Jamais autant de jeunes Français n’ont voulu devenir policiers

Annoncé un mois après les attentats du 13 novembre dernier, le concours exceptionnel d’entrée dans la police française a vu défiler ce jeudi plus de 35 000 candidats, du « jamais vu » par rapport aux précédentes sessions.

|
10 mars 2016, 5:10pm

VICE News / Etienne Rouillon

35 663 personnes. C'est le nombre de candidats qui étaient attendus au concours d'entrée dans la police nationale ce jeudi matin — et à qui le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve s'était personnellement adressé la veille, pour leur souhaiter « bonne chance ». Cette participation massive, en hausse de 42 pour cent par rapport à la dernière session d'examen, pose la question d'un effet post-attentat après les attaques qui ont frappé la France en 2015.

Ce concours fait partie du plan de recrutement exceptionnel annoncé par le ministère de l'Intérieur le 22 décembre dernier, un mois après les attaques terroristes qui avaient fait 130 victimes à Paris et à Saint-Denis.

En hausse de près de 42 pour cent comparé à la dernière session de septembre 2015, le nombre de candidats inscrits a donc explosé, du « jamais vu » d'après des responsables des ressources humaines de la police, cités par France Info ce jeudi matin.

« Dans la majorité des cas, les jeunes candidats nous disent qu'ils veulent se rendre utiles, tout en étant au service de la population », nous a expliqué une chargée de recrutement de la Police nationale à Toulouse (sud de la France), jointe par téléphone ce jeudi après-midi.

« Il y a certes un effet attentat, mais il ne dure pas longtemps, deux semaines tout au plus. On a pu voir ça en janvier 2015, puis en novembre dernier avec un très grand nombre d'appels, puis ça s'est calmé », nous a-t-elle raconté.

Pour cette employée de la police, la forte augmentation du nombre de candidats doit être vue comme une « tendance de fond, sur le long terme ».

L'armée veut augmenter sa réserve

L'armée française a également annoncé ce jeudi un plan exceptionnel, visant à gonfler sa réserve pour passer de 28 000 à 40 000 hommes et femmes d'ici 2018. Ces nouveaux réservistes seront principalement destinés à appuyer l'armée de terre dans ses missions de surveillance, comme l'opération Sentinelle, lancée au lendemain de l'attaque contre Charlie Hebdo.

« Avec la réserve militaire, aidez votre armée, même quelques jours par an », annonce par exemple un message du gouvernement publié sur Twitter ce jeudi matin.

À lire : Après les attaques, les jeunes Français veulent s'engager en masse dans l'armée

Suite aux attentats de janvier et de novembre 2015 en France, des enquêtes d'opinion avaient enregistré une hausse du sentiment de sympathie vis-à-vis des militaires et des policiers. Ces derniers inspiraient confiance à près de 80 pour cent des personnes interrogées par l'institut Odoxa en janvier dernier pour le Parisien.

La majorité de ces sondés étaient également favorables à un meilleur armement des polices municipales, ainsi qu'à un prolongement de l'état d'urgence en France, qui est actuellement en vigueur et ce jusqu'au 26 mai prochain.

Des images des attaques de 2015

Prise en charge des victimes, arrivée des brigades d'intervention, impacts de balles dans les vitrines : les images de ces attentats sont d'ailleurs largement reprises dans la vidéo de recrutement que diffuse la Police nationale depuis trois mois.

Une autre vidéo de recrutement, en cours de tournage, est prévue pour le 9 mai prochain. Elle devrait comporter des scènes tournées sur la place de la République à Paris, symbole du recueillement populaire depuis l'attaque contre Charlie Hebdo en janvier 2015.

Parmi les dizaines de milliers de personnes qui passaient l'examen de ce jeudi, seuls 2 800 candidats seront recrutés comme gardiens de la paix.

La perspective d'un emploi stable

Pour devenir gardien de la paix, le candidat ou la candidate doit remplir un certain nombre de conditions, comme être de nationalité française, en bonne condition physique, et disposer d'un casier judiciaire vierge. L'ensemble des concours de la police nationale sont ouverts aux candidats ayant entre 18 et 35 ans.

« Il y a deux raisons qui peuvent expliquer cette explosion de candidatures », nous a indiqué un étudiant de 25 ans qui a passé le concours de commissaire de police au début du mois de mars, et qui a voulu rester anonyme. « On a déjà un appel d'air créé par l'annonce d'un concours exceptionnel, et puis un engouement plus factuel, lié aux attentats de novembre dernier », estime-t-il.

En France — où le taux de chômage est particulièrement élevé, notamment pour les jeunes ayant terminé leurs études — la perspective d'un emploi stable dans la fonction publique peut constituer une motivation « qui n'est pas à exclure », d'après la chargée de recrutement à Toulouse.

Suite à la session d'admissibilité qui avait lieu ce jeudi, les candidats qui ne seront pas éliminés pourront passer des tests sportifs début avril, puis un entretien d'admission finale où seront évalués leur niveau en langues étrangères, leurs motivations ainsi que leur résistance face au stress.

Les 2 800 reçus devront suivre une formation de 12 mois à l'issue de laquelle ils seront officiellement gardiens de la paix. Grâce à une sélection interne, un petit nombre d'entre eux pourra ensuite intégrer les services spécialisés de la police, comme les brigades d'intervention, de protection rapprochée, ou la brigade anti-criminalité (BAC) par exemple.

À lire : Les policiers de la BAC patrouilleront désormais avec un fusil d'assaut militaire

Dans un communiqué publié ce mardi, le SGP — l'un des principaux syndicats de police — s'était dit « satisfait » de ce recrutement exceptionnel, en précisant toutefois que « des efforts restent à faire ».

Des syndicats réclament actuellement au ministère de l'Intérieur une revalorisation de leur prime de risque, ainsi que la gratuité des transports pour les policiers, depuis l'attaque manquée du train Bruxelles-Paris en août dernier.


Suivez Pierre-Louis Caron sur Twitter : @pierrelouis_c

Suivez VICE News sur Twitter : @vicenewsFR

Likez VICE News sur Facebook : VICE News 

Plus de VICE
Chaînes de VICE