Victime de blanchissement deux années de suite, la Grande Barrière de corail se meurt

L'année dernière, le blanchissement des coraux concernait surtout les régions nord, mais cette année on découvre que les zones centrales ont aussi été touchées.

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11 avril 2017, 1:35pm

ASSOCIATED PRESS

Pour la deuxième année consécutive, la Grande Barrière de corail au large de l'Australie subit un grand blanchissement, d'après des observations faites par hélicoptères sur plus de 8 000 kilomètres. L'année dernière, le blanchissement des coraux concernait surtout les régions nord, mais cette année on découvre que les zones centrales ont aussi été touchées. Seulement le tiers inférieur du récif, long de 2 300 kilomètres, n'est pas touché d'après les scientifiques, qui estiment que la température record de l'eau de mer est responsable du blanchissement.

La Grande Barrière de corail est le plus grand écosystème de coraux du monde. Il est composé de 3 000 récifs individuels et de 900 îles. En plus d'être classée au patrimoine mondial, la Grande Barrière est l'une des zones du globe les plus riches du point de vue de la biodiversité.

« C'était vraiment choquant de voir à quel point le blanchissement a touché la partie centrale de la Grande Barrière, dans les mêmes proportions que la partie supérieure l'année dernière, » explique le docteur James Kerry, qui fait partie du centre d'excellence pour l'étude des coraux de l'Australian Research Council. « Certaines sections... ont connu une double dose de blanchissement intense deux années de suite, et évidemment, sur ces récifs, les coraux n'auront aucune chance de s'en remettre un jour. »

Le blanchissement arrive quand l'algue photosynthétique qui coexiste dans le corail perd sa pigmentation ou fane. De fait, le corail meurt de faim – de manière graduelle – pendant plusieurs années. L'algue peut recoloniser le corail, mais cela prend du temps. Des épisodes de blanchissements ont déjà touché l'Australie à plusieurs reprises : en 1998, en 2002, en 2016, et donc en 2017.

« Il faut se rappeler qu'un corail blanchi n'est pas forcément mort, » indique Kerry. « Le corail peut s'en remettre. Mais dans la région centrale [de la Grande Barrière], sur les zones les plus touchées, on peut s'attendre à de lourdes pertes au cours des prochains mois. »

Jörg Weidenmann, professeur d'océanographie biologique à l'université de Southampton, explique à VICE News que « les récifs de coraux sont très sensibles aux changements environnementaux. En plus du stress lié à la chaleur, ils réagissent à d'autres types de stress comme l'écoulement de sédiments, l'enrichissement en nutriments et la surpêche. Les humains exercent donc une pression croissante sur les écosystèmes au niveau régional et mondial. »

Ce qui inquiète véritablement les scientifiques, c'est que le blanchissement touche la Grande Barrière de corail deux années de suite – « un double coup dur » pour les chercheurs impliqués dans cette dernière étude.

« Si les conditions nécessaires sont réunies, il faut compter une décennie pour qu'un récif se remette d'aplomb, » explique Wiedenmann. « Pour cela, il ne faut pas que le récif soit exposé à une eau de mauvaise qualité et à des épisodes de forte chaleur. De plus, il faut qu'il reste suffisamment de coraux pour ensemencer les récifs appauvris. »

Pour le moment, il est peu probable que les récifs soient protégés de nouveaux épisodes de blanchissement. Comme un boxeur qui commence à voir des étoiles, plusieurs parties de la Grande Barrière sont dans les cordes. Contrairement à l'année dernière, le blanchissement de cette année a eu lieu sans El Nino.

« La Grande Barrière souffre à cause de plusieurs facteurs, » indique le directeur de l'étude, Terry Hughes. « Il ne fait aucun doute que le premier d'entre eux est le changement climatique. Si les températures continuent à augmenter, les coraux vont connaître de plus en plus d'épisodes de ce genre. »

« Pour éviter cela, il faut réduire les émissions de carbone, et notre fenêtre de tir rétrécit d'heure en heure. »

Un rapport du gouvernement australien de 2012 estimait que la contribution économique générée par la Grande Barrière de corail était de 5,7 milliards de dollars. Environ 69 000 personnes travaillent pour des entreprises de pêche ou de tourisme dans la région.


Jules Howard est un zoologiste, auteur et journaliste scientifique freelance.

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