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Les poubelles de l’espace menacent la Station spatiale internationale

Un petit impact est apparu il y a quelques jours sur une fenêtre de la Station spatiale internationale (ISS). Mais cet incident n’est rien par rapport à ce que des experts redoutent.
16 mai 2016, 8:35am
La vue depuis la Station spatiale internationale. (Photo via NASA)

Un petit impact est apparu il y a quelques jours sur une fenêtre de la Station spatiale internationale (ISS). Mais cet incident n'est rien par rapport à ce que des experts redoutent : un scénario digne du film Gravity, où des débris et déchets en orbite autour de la Terre entrent en collision avec des satellites et des vaisseaux habités.

« On va avoir des objets massifs qui entrent en collision dans l'espace, ce qui va créer de gros, très gros champs de débris qui vont poser des problèmes aux satellites. » C'est ce qu'explique Darren McKnight, directeur technique à Integrity Application, une société en Virginie qui travaille sur des satellites espions du gouvernement. « Le problème, c'est que c'est très, très difficile de savoir quand cela va se produire. »

Les collisions spatiales sont difficiles à prévoir. En revanche, ce que l'on sait, c'est que des déchets se promènent tout le temps dans l'espace.

L'Agence spatiale européenne (ESA) a récemment publié une photo de la fenêtre de l'ISS. On y voit ce petit impact de 7 millimètres de diamètre. Il aurait été produit par une « petite pièce, un débris de l'espace, probablement une écaille de peinture ou un petit fragment de métal ne dépassant pas un millimètre ».

La photo de l'impact sur la fenêtre de l'ISS via ESA

« On me demande souvent si la Station spatiale internationale est frappée par des débris de l'espace, » explique Tim Peake, l'astronaute de l'ESA qui a pris la photo alors qu'il voyage au-dessus de notre planète : « Oui — voilà l'éclat sur une de nos fenêtres Cupola, je suis content que ce soit du quadruple vitrage ! »

Même s'il était petit, l'objet devait aller à une vitesse de 10 kilomètres par seconde, 35 000 km/h. Du coup, il a frappé la fenêtre avec une force immense.

La NASA pense qu'il y a environ 100 millions de petits débris d'origine humaine pas plus gros qu'un grain de sable qui tournent autour de la Terre. 500 000 objets ont la taille d'une bille. 23 000 sont aussi gros qu'une balle de tennis, voire plus.

Le nombre de ces débris a explosé depuis les années 1960 et les premiers temps de l'exploration spatiale. Au début, c'étaient des bouts de fusée et de satellites. Depuis, il s'agit de bouts de déchets qui s'entrechoquent pour créer de nouveaux objets. Ce phénomène s'appelle le Syndrome Kessler, il a été décrit en 1978 par le scientifique Donald Kessler qui travaillait pour la NASA.

Aujourd'hui à la retraite, Kessler nous explique que le problème connaît une forme de génération spontanée. « À chaque fois que quelque chose touche quelque chose, on compte une centaine de fragments de cette collision suffisamment gros pour frapper en cascade un autre satellite. »

Une représentation des débris de l'espace en orbite basse autour de la Terre. (Image via NASA)

On a déjà relevé quelques gros chocs. En 2009, un ancien satellite russe a frappé un satellite commercial américain. Le crash a produit 2 000 pièces suffisamment grosses pour que l'on puisse les suivre à la trace, d'après la NASA. En 2007, la Chine a testé un missile sur un ancien satellite météo. Cela a créé 3 000 débris.

Ces deux événements ont aussi très vraisemblablement créé des dizaines de milliers de petits éléments que les scientifiques n'ont pas pu tracer. Darren McKnight explique que ces petits bouts de débris sont à même d'endommager ISS mais aussi d'autres machines en orbite.

Le satellite chinois pesait environ 860 kilos. McKnight pense que certains objets là-haut peuvent peser plusieurs tonnes, comme les éléments de fusées de l'époque soviétique. D'après lui, il y a chaque année une chance sur 4 000 que deux fusées soviétiques entrent en collision et créent plus de débris. Ce qui, au-delà des questions de sécurité, pourrait avoir un impact économique.

« Si l'on perd deux satellites à cause des débris, cela pourrait avoir des effets sur le prix des actions. Cela pourrait faire monter [le prix] des assurances. »

La NASA et d'autres agences spatiales ont mis en place des mesures pour agir contre les pollueurs de l'espace. Il y a par exemple la règle selon laquelle quiconque envoie un satellite ou un autre objet dans l'espace, doit prévoir de le ramener 25 ans après. Mais d'après Jer Chyi Liou, le chef des études de la NASA pour les débris de l'espace, seulement la moitié des missions spatiales dans le monde respectent cette règle. Le problème, c'est l'argent.

« Vous devez mettre du carburant en plus pour pouvoir abaisser votre orbite à la fin de la mission », dit Liou. « Cela a un prix. »

De toute façon, si tout le monde respectait la règle des 25 ans, le nombre de débris ne baisserait pas forcément estime Kessler.

« On a déjà mis tellement de trucs en orbite terrestre que la fréquence des collisions est plus importante que la vitesse à laquelle des choses redescendent. » Pour Kessler, cela a pour effet que le nombre de déchets de l'espace augmente de toutes les façons.

C'est pour cela que des personnes se sont penchées sur la question de nettoyer cette décharge.

Un ancien de la NASA, Jerome Pearson, a participé à la conception d'un engin appelé ElectroDynamic Debris Eliminator (EDDE). Cela ressemble à un cable de remorquage. Le principe est d'utiliser la force magnétique de la Terre pour attirer les débris dans un filet. Pearson est aujourd'hui le président de STAR Technology and Research, une entreprise qui mise sur l'EDDE. Le plan de Pearson, c'est de créer une décharge en orbite qui pourrait recycler du matériel pour de nouvelles missions.

« Il faut que l'on se débarrasse de ces trucs avant d'avoir trop de collisions », dit-il. « Le mieux à faire, ce serait de recycler tout ça. Il y a plein d'aluminium de premier choix là-haut. »

D'autres travaillent sur des satellites qui s'attacheraient aux débris, pour les ramener sur Terre. Il y a aussi des systèmes gonflables ou laser qui rentreraient dans les débris pour les envoyer en dehors de l'orbite terrestre.

« Les débris en orbite sont un grave problème. Mais en même temps, le ciel n'est pas en train de nous tomber sur la tête ». Jer Chyi Liou pense que tout ça est un peu prématuré. « Nous n'avons pas besoin de collecte active de débris aujourd'hui. Mais nous devons chercher des technologies qui permettront de trouver des solutions financièrement intéressantes pour s'occuper de ce problème dans peut-être 10 ou 20 ans. »

Kessler pense que le problème est en réalité beaucoup plus urgent, et que les plus gros déchets de l'espace devraient être retirés le plus vite possible, pour éviter des collisions qui créeraient encore plus de nuages d'ordures.

« Pour moi, cela n'est pas très différent des problèmes que l'on a sur la Terre. »

Tout comme celle du changement climatique, la question du nettoyage de l'espace ne devrait pas être renvoyée aux générations futures explique Kessler.

« On ne fait pas attention à ce que l'on fait à l'environnement. Un jour, cela finit par ne plus être viable. »


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Cet article est d'abord paru sur la version anglophone de VICE News.

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