Le Luxembourg veut aller chercher des diamants dans l'espace

« Notre but est d’ouvrir l’accès à un ensemble de ressources minières inexplorées qui gisent sur des pierres volant dans l’espace — et ce, sans endommager les habitats naturels, » a déclaré ce mardi le ministre de l'Économie du petit pays européen.
4.2.16
Image via Getty Images

Le Luxembourg entend devenir une plaque tournante d'une toute nouvelle industrie : celle de l'exploration minière d'astéroïdes.

« Notre but est d'ouvrir l'accès à un ensemble de ressources minières inexplorées qui gisent sur des pierres volant dans l'espace — et ce, sans endommager les habitats naturels, » explique Étienne Schneider, le ministre de l'Économie et vice-Premier ministre du Luxembourg dans un communiqué publié ce mardi. « Au Luxembourg, nous soutiendrons sur le long terme le développement économique d'activités nouvelles et innovantes dans l'espace, ainsi que l'industrie des satellites, qui nourrissent le secteur des hautes technologies du pays. »

Le Grand-Duché — coincé entre la Belgique, la France et l'Allemagne — prévoit d'investir dans la recherche pour l'exploitation minière spatiale et de mettre au point un cadre légal pour les entreprises qui veulent faire des affaires au-delà des confins de notre planète. Schneider a indiqué que le montant de l'investissement dédié à cette initiative serait révélé à la fin de l'année.

Avec 570 000 habitants et un territoire plus petit que celui de l'agglomération parisienne, le Luxembourg ne semblait pas être le candidat le plus à même de se lancer dans une telle mission. Mais le pays accueille SES et Intelsat, deux des plus importantes compagnies de satellites commerciaux du monde, ce qui lui permet de revendiquer une certaine expertise dans l'exploration spatiale.

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Aux premiers abords, le projet luxembourgeois fait surtout penser à un film de science-fiction, notamment à Outland (1981), dans lequel Sean Connery interprète un policier de l'espace qui se bat contre des dealers de drogue dans une colonie minière installée sur l'une des lunes de Jupiter. Plusieurs experts estiment que faire atterrir un vaisseau spatial sur un astéroïde et de procéder à un forage est plus qu'envisageable.

« D'un point de vue physique, c'est parfaitement faisable, » explique Scott Pace, le directeur du Space Policy Institute de la George Washington University (Washington, DC).

Les motivations derrière le plan luxembourgeois sont bien ancrées sur Terre, d'après Pace et d'autres experts. L'exploitation minière des astéroïdes va exploser dans 10 ou 20 ans et le Luxembourg veut prendre le train à temps.

« Cela va ressembler de près à la ruée vers l'or originelle, » explique Robert Frantz, le président de Kepler Energy & Space Engineering. Son entreprise a notamment mis au point l'équipement pour précéder à un forage spatial et cherche désormais des investisseurs.

Frantz explique que son entreprise est derrière deux autres compagnies américaines, Deep Space Industries et Planetary Resources, qui ont déjà reçu plusieurs financements et travaillent avec la NASA pour développer des projets d'exploitation minière spatiale. En novembre, le président Barack Obama a promulgué le US Commercial Space Launch Competitiveness Act (Loi sur la compétitivité des lancements spatiaux commerciaux) afin d'encourager le développement de tels projets.

Si les traités internationaux interdisent aux nations de coloniser des objets célestes, la loi promulguée par Obama permet aux entreprises américaines de posséder tout matériau extrait de ces objets. Si Pace et d'autres experts n'ont pas eu accès au détail du projet luxembourgeois, ils s'attendent à ce que le Grand-Duché poursuive un objectif semblable : permettre aux entreprises européennes d'extraire des minéraux sur des astéroïdes dans l'espace pour ensuite les revendre sur Terre.

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À cause du manque d'accords internationaux sur l'exploitation des astéroïdes, nombre d'investisseurs se méfient avant de mettre la main au portefeuille pour financer des projets d'exploration minière spatiale, d'après Chris Lewicki, le président et directeur général de Planetary Resources.

« Si vous êtes sur une lune ou sur un astéroïde, qui est en responsable ? » demande Lewicki. « Il faut vraiment qu'on commence à penser à ces choses-là. De plus en plus d'activités commerciales et personnelles se font en dehors des limites d'un pays. Et cela n'est pas pour dans 50 ans. Cela se passe maintenant. »

Combien pourrait-on tirer des matériaux flottant dans l'espace ? Personne ne le sait exactement.

Le site Internet Asterank — cité dans un rapport de la firme britannique Knight Frank sur la valeur de l'expiration minière spatiale — liste une série d'astéroïdes qui pourraient valoir plus de 100 billions de dollars, à cause des minéraux qui seraient présents dans ces astéroïdes.

Pour se lancer dans l'espace, il faut compter 20 millions de dollars d'après Frantz, donc exploiter un astéroïde pourrait rapidement devenir extrêmement lucratif.

Plusieurs risques viennent avec l'exploration minière spatiale, notamment l'investissement massif nécessaire pour lancer une mission qui pourrait être réduite à néant en cas de pépin technique sur le vaisseau spatial. Mais le plus gros danger pourrait bien se trouver sur Terre.

Revenir sur Terre avec autant de matériaux précieux et les faire entrer dans le marché pourrait tout simplement faire chuter totalement les prix, à cause de l'abondance — mettant à mal le plan initial d'investir une large somme d'argent pour aller explorer un astéroïde.

Mais Frantz a déjà pensé à une solution pour régler ce problème.

« Nous ne parlons pas seulement d'or et de platine, mais aussi de diamants, » dit-il, faisant référence aux énormes quantités de pierres précieuses stockées par des entreprises comme De Beers afin de maintenir les prix. « Nous ne voulons pas inonder le marché. On pourrait parquer les matériaux extraits quelque part dans l'espace et en ramener petit à petit. »

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