Publicité
Crime

La Grèce a dit non

Alors que les Grecs ont largement soutenu l'action du gouvernement d'Alexis Tsipras dimanche, en votant à plus de 61 pour cent pour le "non", le ministre des Finances a fait part de sa démission surprise ce lundi matin.

par Liz Fields
06 Juillet 2015, 7:10am

Photo par Petros Giannakouris/AP

Les Grecs ont très largement dit ce dimanche qu'ils préféraient affronter un futur incertain dont une des issues potentielles est la première étape vers un "Grexit", c'est-à-dire une sortie de la Grèce de la zone euro, plutôt que de devoir supporter de nouvelles mesures d'austérités demandées par ses créanciers européens. 

Alors que cette victoire peut être perçue comme un plébiscite de l'action du gouvernement d'Alexis Tsipras, son ministre des finances annonce, Yanis Varoufakis, ce lundi matin une démission surprise qu'il a expliquée dans un texte publié sur son site Internet et qui explique, en substance, que des parties des négociations ont fait part d'une "certaine préférence" pour son absence des réunions futures,  une idée qui a paru pour Tsipras être un plus pour parvenir à la signature d'un accord. Varoufakis explique que c'est pour cette raison qu'il démissionne après avoir salué un moment historique : "une petite nation européenne s'est levée contre l'esclavage de la dette.

Avant même la fin du dépouillement ce dimanche en fin de journée, les résultats étaient tout à fait clairs. Les premiers chiffres révélés par le ministre de l'Intérieur grec donnaient le non, "Oxi" en grec, largement vainqueur avec 61 pour cent des voix, en tête dans toutes les régions votantes du pays. Les résultats marquent un rejet du peuple grec d'un plan d'aide rédigé par la Commission européenne, la Banque centrale européenne, et le Fonds monétaire international (FMI).

"Aujourd'hui ce non est un large oui pour une Europe démocratique, et cela renforce la protection que la Grèce doit offrir à son peuple," a déclaré à la télévision Yanis Varoufakis, après l'annonce des résultats.

Le Premier ministre Alexis Tsipras a expliqué que ce qu'il ressortait de ces résultats n'aurait pas pour effet une sortie imminente de l'Europe. "Le mandat que vous m'avez donné n'appelle à pas une rupture avec l'Europe, mais cela me donne plutôt une plus grande force de négociation", estime-t-il dans une intervention télévisée.

Les résultats du référendum Grec au moment où plus de 90 pour cent des votes ont été comptés Dimanche (Image via le ministère de l'Intérieur grec)

 Julia Kloeckner, chef de rang de la CDU — le parti de la Chancelière allemande, Angela Merkel — a rejeté l'hypothèse qui voudrait que Tsipras puisse utiliser le référendum pour augmenter le pouvoir de négociation de la Grèce par rapport à l'Europe.

« Ce n'est pas seulement la volonté des Grecs qui compte, mais aussi celle des citoyens d'autres pays européens, » a déclaré Kloeckner, selon l'AFP. « L'UE n'est pas une union où vous pouvez simplement souhaiter n'importe quoi, où certains membres peuvent individuellement déterminer les règles du jeu, pendant que les autres payent l'addition. »

Au cours des jours précédant le référendum, des photos de Grecs qui faisaient la queue aux distributeurs ont inondé les médias internationaux, alors que la panique commençait à s'établir dans le pays. Le programme de rachat des créditeurs avait expiré mardi dernier, et la Grèce avait arrêté de payer ses prêts. Ce dimanche, ces files d'attente ont été rejointes par d'autres files d'attentes : celles devant les bureaux de vote. Près de 60 pour cent des Grecs seraient allés voter.

Les gens ont investi les rues d'Athènes ce dimanche soir, dansant au son d'une musique révolutionnaire. Ionississ, un technicien de laboratoire qui suivait le décompte des votes sur un grand écran installé place Klafthmonos, s'est dit réjoui du résultat.

« Je veux un pays indépendant dans l'UE, mais pas dans cette UE, » confiait-il à VICE News. « Je ne veux pas que mon pays soit une colonie de la dette. » 

Des partisans du "non" célèbrent les premiers résultats à Athènes.  (Photo by Armando Babani/EPA)

Syriza, le parti de gauche de Tsipras, est arrivé au pouvoir il y a six mois alors que le pays faisait face à une récession longue de six ans et des mesures d'austérité strictes imposées par les créditeurs des 19 pays membres de la zone euro.

Élu sur la promesse de revenir sur les mesures d'austérité — qui ont laissé le pays dans un marasme financier — le gouvernement Tsipras a parfois été accusé par la gauche radicale de se défiler vis-à-vis de cette promesse, durcissant les positions des deux côtés et poussant la Grèce dans un dilemme économique avec ses créanciers.

Des membres du Parlement européen, du parti Syriza, et certains investisseurs ont prévenu que la victoire du « non » ce week-end allait très certainement mener à une éviction de la Grèce hors de la zone euro. Pour les créanciers, ce scénario pourrait signifier la perte de plusieurs milliards en dettes, et plongerait les marchés internationaux ainsi que les finances de la Grèce dans le chaos, alors que le pays se dirigerait dans ce cas vers un retour rapide à son ancienne monnaie. D'autres observateurs refusent de croire que ce sera le scénario privilégié par l'Europe.

La logistique nécessaire pour changer de monnaie depuis l'euro vers la drachme prendrait des mois. Pendant ce temps, le paiement des salaires et des retraites à travers le pays pourrait être interrompu, et une pénurie de liquidités plongerait alors le pays dans une plus grande panique, car la Grèce a un stock limité de devises étrangères.

Une autre option implique que les créanciers reviennent dans les négociations pour un nouvel accord sur un prêt, même si certains économistes disent que cette idée est moins vraisemblable qu'il y a quelques semaines. Depuis que le dernier accord a expiré la semaine dernière, la Grèce a déjà souffert de nombreuses dégradations de sa note et s'est vue refuser l'accès à plusieurs milliards d'euros. Les négociations avec les créanciers pourraient désormais être encore plus difficiles, à la lumière des récents défauts de paiement.

Depuis que la crise a commencé en 2008, le PIB de la Grèce s'est réduit de plus d'un quart. Plus de 25 pour cent de la population est sans emploi, alors que le chômage des jeunes a atteint 60 pour cent.

La plus grosse partie de la somme donnée au pays pour son sauvetage a surtout servi à payer les intérêts sur ses précédents emprunts, ce qui fait que le gouvernement n'a pas pu faire des investissements concrets pour la croissance économique.

Après ce non grec, les bourses asiatiques ont terminé en forte baisse.

Suivez Liz Fields sur Twitter: @lianzifields

Andrew Connelly a participé à la rédaction de cet article, depuis Athènes pour VICE News.