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Crime

Des policiers de New York stigmatisent les sans-abri sur les réseaux sociaux

Le but avancé de cette campagne lancée par un syndicat de police, est d'alerter les habitants de la ville sur la gestion des sans-abri par la municipalité.

par Colleen Curry
13 Août 2015, 2:20pm

Un sans abri devant un magasin à New York, le 3 janvier 2014. (Sebastian Gabriel/EPA)

La Sergeant Benevolent Association (SBA), un syndicat de la police de New York, a lancé une campagne sur les réseaux sociaux, en envoyant un e-mail à ses adhérents. Le courrier demande aux policiers de la ville de prendre des photos de personnes sans-domicile, explique le New York Post

L'initiative est largement critiquée comme une manière de transformer des victimes en coupables, d''humilier" les personnes vivant dans la rue. Pour le moment on compte 287 photos sur le compte Flickr en ligne, regroupées dans un album intitulé "Peek-A-Boo", du nom d'un jeu de cache-cache pour les bébés. On y voit des personnes qui dorment sur des pas-de-porte ou dans le métro, d'autres uriner dans la rue, ou encore faire la manche.

"En vous déplaçant dans les rues de New York, veuillez utiliser vos smartphones pour prendre en photo les sans-abri qui sont couchés dans nos rues, les mendiants agressifs, ceux qui urinent en public, ou prennent de la drogue en plein air, toute atteinte à la qualité de la vie," écrit Ed Mullins dans la lettre adressée aux membres du SBA, rapporte le New York Post. "Nous remonterons ces problèmes aux agences compétentes, et nous participerons à la responsabilisation du comité [de direction]".

La campagne vise le maire Bill DeBlasio et sa politique, en termes de maintien de l'ordre et de gestion des sans-abri. Mullins écrit dans sa lettre à propos des "politiques ratées, davantage de campements de sans-abri dans les rues de la ville, une augmentation de 10 pour cent des homicides, et une dégradation de l'image durement acquise et méritée de la grande ville la plus sûre d'Amérique."

Le SBA n'a pas répondu à nos demandes de réactions. Les tensions entre les syndicats de police et DeBlasio couvent depuis l'année dernière, lorsque des officiers en uniforme ont tourné le dos à DeBlasio pendant l'enterrement de deux policiers qui avaient été abattus en service.

L'indignation contre cette campagne sur les réseaux sociaux a éclaté sur Internet. Le Southern Poverty Law Center parle d'une initiative "inacceptable". Sur Twitter, de nombreux utilisateurs condamnent ce qu'ils assimilent à de la stigmatisation.

Cette campagne représente pour certains experts du maintien de l'ordre une tentative des officiers de police d'exploiter la puissance des réseaux sociaux, après une année durant laquelle ce pouvoir a souvent été utilisé pour critiquer la police. Maria Haberfeld, qui a une chaire au département de droit de John Jay College, nous explique que la police réalise désormais qu'elle peut utiliser les réseaux sociaux pour attirer l'attention du public sur un problème que les officiers de police considèrent comme urgent. Haberfeld pense que le public devra "se faire" à l'idée de davantage de débat public autour de ces questions, qui étaient gérées jusque-là plus discrètement.

John DeCarlo est l'auteur d'un livre qui traite des syndicats de police,  Labor Unions, Management Innovation and Organizational Change in Police Departments. Il nous explique que la campagne de la SBA s'inscrit dans une longue histoire, celle du dialogue entre l'administration de la ville et les officiers de police. Ces parties ont souvent "deux horizons bien différents" en ce qui concerne les services publics. 

"Je pense que l'on assiste à un changement naturel de la communication," nous dit DeCarlo. "Les syndicats auraient par le passé parlé avec les politiciens et seraient passés par la presse, aujourd'hui cela part d'une campagne de communication via un réseau social, sur un sujet qu'ils considèrent comme important et qu'ils estiment devoir porter à la connaissance du public.'

DeCarlo explique que les policiers essaient de documenter les changements qu'ils relèvent dans les rues, tout au long de leur service. Alors que les officiers plus haut gradés de la ville n'ont qu'une vue d'ensemble sur la ville.

Experts du maintien de l'ordre et défenseurs des sans-abri, ont dit ce mercredi à VICE News que l'usage d'une campagne via les réseaux sociaux pour influer sur le débat public était une bonne chose. Les réseaux sociaux portant le débat jusqu'au grand public.

Reste le problème de la stigmatisation des personnes prises en photo.

Jeff Foreman est le responsable des questions politiques de Care for the Homeless, une organisation qui vient en aide aux sans-abri. Il va dans le sens des experts, relevant le fait que la campagne peut amener à un débat public pour trouver de meilleures solutions, mais qu'il peut aussi humilier les gens qui vivent dans la rue. 

D'après lui, les conséquences de cette campagne du syndicat seront déterminées par la manière dont elle est perçue par le public et l'administration de la ville. Il espère que tout ceci sera perçu comme un "cri à l'aide" motivant des actions plus importantes, de la part de la ville, pour accueillir les sans-abri.

Foreman voudrait voir une augmentation des solutions d'hébergement équipées d'un "éventail" de services, dont les soins pour les maladies mentales, qui permettent de sortir les gens de la rue. 

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Un sans abri devant un magasin à New York, le 3 janvier 2014. (Sebastian Gabriel/EPA)