Il faut s'attendre à moins d'ouragans dans le monde, mais plus violents

Des chercheurs de la faculté de Florida State nous expliquent comment le réchauffement climatique influe sur l’intensité et la fréquence des tempêtes.

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26 Mai 2015, 2:05pm

Image via NASA/AP

Les producteurs hollywoodiens et les auteurs de fiction bon marché ont imaginé de multiples scénarios possibles liant un changement climatique au fait que l'humanité se retrouve poussée au bord du précipice. Des typhons dévastateurs, des feux de forêts gigantesques ou des coups de blizzards sans fin, pour n'en citer que certaines.

Cela va peut-être sonner comme une surprise pour certains, mais la revue scientifique Nature Climate Change estime que si les tempêtes tropicales et les ouragans vont devenir plus puissants du fait du réchauffement climatique, il est possible que leur nombre diminue.

Orages au-dessus du Mexique filmés par l'astronaute américain Terry W. Virts, ce samedi 23 mai.

James Elsner, le coauteur du texte, explique que des océans plus chauds et une évaporation croissante des eaux maritimes, contribuent à la formation de tempêtes. Cependant, une température plus élevée dans la haute atmosphère limite dans le même temps le développement de tempêtes.

« Ces deux facteurs — des océans plus chauds doublés d'une haute atmosphère à un niveau de température plus élevé — s'annulent mutuellement pour ce qui est de l'activité des tempêtes et des ouragans, » explique le chercheur à VICE News. « C'est comme un couvercle atmosphérique qui empêche les petites tempêtes de se former. Mais si une tempête parvient à se développer, il y a de fortes chances qu'elle soit très puissante. »

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Joe Casola, le directeur de la climatologie et des impacts du climat au Center for Climate and Energy Solutions, dit ça autrement.

« Avec ce double processus, vous rendez plus ardue la formation de ces mouvements qui vont de bas en haut, » explique-t-il, faisant référence à la circulation du vent à l'intérieur d'un nuage orageux. « Vous créez un haut niveau de pression - une sorte de chapeau - dans les hautes altitudes de l'atmosphère. »

Des températures élevées et de grandes quantités d'eau évaporée créent plus d'énergie dans l'atmosphère, ce qui a pour effet d'augmenter la vitesse des vents. Cela explique l'intensité des tempêtes, selon Elsner. Nous pouvons donc nous attendre à des tempêtes 10 pour cent plus intenses au cours des 20 ou 30 prochaines années.

Éclairs au-dessus du Missouri filmés par l'astronaute américain Terry W. Virts, ce samedi 23 mai.

Casola explique que cette nouvelle étude crédibilise une précédente recherche consacrée aux effets du changement climatique sur l'intensité et la fréquence des tempêtes tropicales et des ouragans.

« Je pense que les preuves apportées dans ce nouvel article aident à crédibiliser cette théorie et permettent d'expliquer les raisons physiques de celle-ci. Mais les résultats observés ne sont pas si surprenants. »

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Elsner estime que ce qu'il y a d'unique dans cette étude est que son coauteur, Nam-Young Kang et lui (tous les deux chercheurs pour Florida State University), ont été capables de « quantifier cette compensation entre fréquence et intensité ».

Casola a néanmoins précisé que d'autres facteurs sont en jeu et qu'ils peuvent contribuer à aggraver les dommages matériels et humains de la saison des ouragans.

« Une chose que le papier n'aborde pas — parce que ce n'est pas le sujet — c'est qu'avec la hausse du niveau de la mer, les tempêtes du futur, lorsqu'elles arrivent jusqu'au rivage, feront probablement plus de dégâts, » explique Casola à VICE News.

« Avec un niveau des océans plus élevés, on pourrait avoir des crues plus importantes, ou du moins qui s'aventurent plus profondément dans les terres, » précise Casola. « Cependant, il ne faut pas en faire une extrapolation directe du risque encouru dans les villes côtières. »

En d'autres termes, même si les tempêtes sont moins intenses ou moins fréquentes, les villes côtières pourraient tout de même connaître des dégâts importants.

Casola ouvre un autre axe de recherche, « Où est-ce que ces tempêtes se dirigent ? C'est un autre pan de recherche. Pour ces questions, vous savez, nous n'avons pas beaucoup de réponses. »

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