Avec les skateurs d’Iran

Malgré la brutalité de son régime, l'Iran est le nouveau paradis du skate.

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13 avril 2016, 5:00am

Submergés par le grondement des roues sur le trottoir, les curieux observent une horde d'une trentaine de skateurs dévaler les rues à toute allure. Vêtements de sport de marques américaines, caméras GoPro et boards couverts de têtes de mort : on se croirait en Californie. Contre toute attente, cette scène se déroule à Téhéran, capital de la République islamique d'Iran.

Contrairement aux citoyens américains, il est plutôt facile pour les Français de se rendre en Iran. Après avoir fait une demande de visa à l'ambassade iranienne à Paris, j'ai pu m'envoler pour Téhéran depuis la capitale française en septembre 2015, afin de rencontrer et photographier les skateurs de la République islamique. Ainsi, j'ai pu les accompagner dans huit villes différentes et m'immerger dans leur quotidien.

Selon une poignée d'adeptes que j'ai rencontrés au cours de mon voyage, on compte près de 2 000 skateurs dans le pays – surtout des étudiants âgés de 15 à 20 ans. Etant donné les difficultés posées par l'importation de produits américains et l'inflation iranienne, le skateboard est loin d'être accessible à tous.

« C'est un passe-temps très coûteux en Iran. Pour l'instant, ce sport est accessible uniquement aux classes moyennes à aisées », précise Alireza Ansari, gérant de TSIXSTY, le premier skateshop d'Iran.

Si des skateparks voient le jour à Téhéran, d'autres villes se montrent plus réticentes à l'idée d'en construire un en raison des stigmates occidentaux. Ceci dit, ce sport devient de plus en plus populaire en Iran, et c'est même l'un des seuls sports où les sexes s'entremêlent. En portant une casquette par-dessus leur voile discret mais obligatoire, les filles skatent aux côtés des garçons.

Tandis que les dirigeants du pays se battent avec l'Occident, ces jeunes Iraniens vivent leur vie comme bon leur semble, se faufilant entre les Peugeots françaises et les Paykan de l'époque du Shah. Les routes de Téhéran leur appartiennent.

Toutes les photos sont de Mathias Zwick. Suivez-le sur Instagram.

Le premier skateshop d’Iran a ouvert il y a six ans. Situé dans un centre commercial de Téhéran, les marques américaines les plus populaires y sont vendues. Étant donné que l’Iran fait l’objet de sanctions économiques et financières, Alireza, le gérant, importe ces produits via Dubaï. Des portraits du guide de la Révolution ornent les murs de chaque boutique, afin de ne pas offenser certains clients.

Un groupe de skateurs de Téhéran traverse le pays à la rencontre d’autres adeptes. Ispahan, à environ 340 kilomètres de Téhéran, marque leur premier arrêt. En face d’une mosquée, dans le square Iman Khomenei, Erfan est tiré par une calèche habituellement destinée aux touristes.

Les tapis persans servent traditionnellement à manger, boire du thé ou se reposer. En attendant des amis d’Ispahan, les skateurs de Téhéran improvisent un jeu sur une planche sans roues.

Habituellement, le Grand Bazar de Téhéran grouille de monde, mais le vendredi est le jour de repos en Iran. Sur fond de décor fantôme, les skateurs se perdent dans les allées étroites du marché.

Au sud de Téhéran, Ashkan effectue un flip devant un portrait mural de l’ayatollah Khomeini, guide de la Révolution islamique de 1979.

À Kerman, au sud-est du pays, les filles aussi pratiquent le skateboard. Ces trois filles s’entraînent régulièrement, tout en portant le voile et des manches longues, de mise en Iran.

Le groupe de Téhéran continue son périple à travers le pays. Prêt de Yazd, ils font un petit détour pour skater dans les montagnes iraniennes.

Erfan apprend le skateboard à de jeunes débutants. Tout au long du voyage, des enfants ont voulu se confronter à cet objet inconnu. La plupart d’entre-eux voyaient une planche de skateboard pour la première fois.

Ces dernières années, des groupes de skateurs ont émergé dans toutes les grandes villes d’Iran. Les villes iraniennes, où s’entremêlent architecture traditionnelle et moderne, sont leur terrain de jeu. Contrairement à Téhéran, il n’y a pas de skatepark à Ispahan. Les jeunes skateurs doivent se contenter de la rue.

Âbo atash (eau et feu) est le plus grand skatepark du Moyen-Orient. Construit à Téhéran par une entreprise allemande il y a trois ans, beaucoup de jeunes viennent y faire du skate, du roller ou du vélo. De l’éléctro retentit à travers les enceintes. Des spectateurs admirent les figures des skateurs depuis les gradins, tout en buvant de la bière sans alcool.

Téhéran, la ville la plus progressiste d’Iran, abrite la plus grande communauté de skateurs du pays. En se filmant avec des caméras GoPro, l’équipe de skateurs ci-dessus roule à travers le pays, devant les yeux écarquillés des passants. Les images seront postées sur Instagram. Contrairement à Facebook, Instagram n’est pas bloqué par le gouvernement iranien.

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