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Cet article a été publié il y a plus de 5 ans
NSFW

Le porno, c'était mieux avant

Internet a tué et enterré la vraie masturbation.

par Blake Butler
23 Mai 2014, 11:24am

Photos de la collection personnelle de l'auteur

Quand j'étais au lycée, je gardais mes photos pornos dans une boîte blanche. De nombreux magazines y étaient cachés – surtout des numéros de Playboy, j'aime le porno soft –, mais aussi un classeur violet rempli de mes images favorites. Il m'arrivait de m'asseoir sur le sol de ma salle de bains et de jeter tout le contenu de cette boîte autour de moi – ça formait alors une sorte de Tumblr avant l'heure.

Aujourd'hui, je repense souvent avec nostalgie à cette époque. C'est pourquoi j'ai décidé de faire la liste de tous les souvenirs qui me permettent de dire que le porno, c'était mieux avant.

1. Internet a changé la façon dont les gens se masturbent. Maintenant, si vous voulez voir quelqu'un à poil, il vous suffit d'appuyer sur une touche et une paire de seins apparaît. Quand j'étais adolescent, je considérais ces images de femmes nues comme un trésor secret, quelque chose qu'il fallait rechercher longuement. Ainsi, cette quête était ce qui rendait ces photos si précieuses.

2. J'ai maté mon premier magazine porno à 10 ans, avec mes camarades de classe. Ils le faisaient circuler en se marrant sous la table de la cantine. Je me souviens avoir ressenti un étrange sentiment d'anxiété, comme si j'allais être repéré au moment où mes mains s'empareraient de la revue. Je ne me rappelle plus très bien quel était le magazine en question, mais les photos étaient celles de femmes nues tenant des armes automatiques. Je me souviens parfaitement de ce que j'ai ressenti.

3. Le gamin qui possédait ce magazine s'est mis à faire du business en vendant des pages de magazines pornos pour un dollar l'unité. Il les trimballait dans son sac à dos, qui était fermé par un cadenas. Il nous expliquait que c'étaient les magazines de son père, et qu'il y en avait bien plus chez lui. Je n'en ai jamais acheté. Bien entendu, il a fini par se faire choper.

4. Il m'arrivait d'accompagner mon père au travail. Je me rappelle du sentiment qui m'envahissait lorsqu'il s'arrêtait à une station-service dont les rayons étaient remplis de magazines pleins d'images de tatouages et de seins. Je traînais autour et j'attendais le moment crucial où personne ne regardait dans ma direction. J'avais alors une demi-seconde pour agir. J'ouvrais le magazine innocemment, avec l'air de m'être trompé, au cas où quelqu'un me surprendrait. Au lieu d'images bien définies, je me contentais de flashs que j'essayais d'inscrire dans ma mémoire afin d'être capable de me les remémorer uniquement en fermant les yeux.

5. Je me rappelle très bien d'un moment, quand j'avais 4 ou 5 ans. J'avais ramassé un magazine que les amis de mon père se faisaient tourner lors d'un camping dans la forêt. Tous les adultes se sont mis à rire lorsque mon père s'est saisi du magazine, avant même que je puisse l'ouvrir. Puis mon oncle a sorti quelque chose du genre « Un jour tu pourras regarder ça », ce qui les a fait rire encore plus. C'est l'un de mes rares souvenirs de cette époque.

6. L'une de mes premières rencontres avec le porno a eu lieu lors d'une partie de Doom sur PC. Le voisin d'un de mes amis, plus âgé, avait modifié le jeu pour remplacer les tapisseries sur les murs par des photos de Pamela Anderson. Ce n'était rien à ses yeux, mais c'était devenu une obsession pour moi. Pendant des semaines, j'ai demandé à mes amis de me donner une copie du jeu. J'en ai perdu le sommeil. Je les harcelais encore et encore. Quand le CD est finalement arrivé, c'était une version originale de Doom. Pas de Pamela, juste du sang et des flingues. C'était moins bien, mais j'y ai quand même joué.

7. En fouinant, j'ai fini par tomber sur la collection de magazines X de mon père, cachée tout en haut de son placard, sous une pile de t-shirts. C'était la façon la plus commune pour les enfants de cette époque de découvrir le porno. Mon père possédait surtout des numéros de Playboy mais aussi quelques Penthouse et Penthouse Letters. J'attendais que mes parents partent, et je prenais les magazines pour les regarder dans ma chambre, tout en faisant attention à ne pas laisser d'empreintes digitales.

Image via le compte Flickr FiDalwood

8. J'avais peur de me faire surprendre, ou que mon père s'en rende compte. Je me suis donc mis à décalquer mes images préférées. Ça m'excitait encore plus que de regarder les photos d'origine. Un jour, j'ai arraché délicatement la page d'un des magazines en faisant en sorte de ne laisser aucune trace. J'ai mis cette page dans une pochette plastique – les mêmes que j'utilisais pour protéger mes précieux comics. J'avais beau avoir des goûts assez classiques en matière de porno, j'étais quand même un peu kleptomane.

9. Je me souviens avoir lu un Penthouse Letters dans ma baignoire. Le texte n'avait pas le côté clinquant des images pornos, mais c'était étrangement intéressant. J'ai eu l'impression d'avoir encore beaucoup à apprendre avant de devenir un vrai homme.

10. Tout le monde savait qu'un magasin du coin vendait du porno sans qu'on vous demande votre âge. J'y suis allé très souvent après avoir eu mon permis, et à chaque fois j'étais tellement nerveux que mes mains n'arrêtaient pas de trembler. Les premières fois, je me défilais et je finissais par acheter des chewing-gums. J'ai même fini par demander à un gamin qui paraissait plus vieux de m'acheter un numéro de Playboy. Je lui ai filé 20 dollars pour ça.

11. Après ça, je me suis assis derrière la bibliothèque de ma chambre. C'était la première fois que je regardais un magazine qui m'appartenait. La porte était fermée à clef. Je tournais les pages calmement, en examinant avec attention les images avant de passer aux suivantes. C'était un numéro avec Jenny McCarthy. Elle prenait un bain dans la plupart des images. J'ai dû me masturber une cinquantaine de fois sur ce magazine, et chaque fois c'était comme une nouvelle expérience.

12. J'ai finalement décidé de prendre mon courage à deux mains et de m'acheter du porno moi-même. J'ai tourné autour du magasin pendant un moment, histoire de me calmer. Je me souviens toujours du ton enfantin de ma voix lorsque j'ai dit au vendeur d'une cinquantaine d'années ce que je voulais. En sortant du magasin, je me sentais comme un taulard qui venait de sortir de prison. Je suis remonté dans ma voiture, et j'ai grillé le premier feu rouge venu. Les flics m'ont vu et arrêté. J'ai immédiatement caché le Playboy sous mon siège, comme si c'était de la drogue.

13. Je me suis mis à accrocher mes images favorites sur du carton afin qu'elles ne se plient pas. Si les deux côtés de la page me paraissaient excitants, je la glissais dans une pochette transparente. Pour compléter les images, j'avais une cassette audio remplie de bruits de filles en train de se faire baiser – ou plutôt en train de simuler. Avec mon Walkman blanc sur les oreilles, entouré par des images en deux dimensions, j'avais presque l'impression que ces filles se trouvaient devant moi.

14. Je suis persuadé que l'idée de posséder ces images était aussi excitante que les images en elles-mêmes. Étant donné leur manque de variété, je pouvais les voir mentalement, sans les avoir en face de moi. Certaines sont tellement inscrites dans mon esprit que je m'en souviendrai jusqu'à ma mort. Avec Internet, une image chasse l'autre en une fraction de seconde.

15. J'ai retrouvé mon classeur violet très récemment. Le parcourir de nouveau était étrange, comme si j'entrais dans un musée dont j'étais le seul à avoir la clef. Chacune des œuvres de ce musée avait sa propre histoire. Je n'ai aucune idée de la raison qui m'a poussé à conserver sous plastique une photo de Pamela Anderson avec un chapeau de cow-boy, le cul dans un évier. Des années de porno sur Internet ont transformé ces images en reliques, comparables à mes vieux comics, aux fringues de mon enfance et à d'autres trucs qui ne sont qu'à moi et moi seul. Même si ces numéros étaient imprimés en millions d'exemplaires, pour moi, toutes ces images étaient uniques. J'avais le sentiment de posséder un trésor que personne d'autre n'avait.

Avec le recul, il est évident que l'excitation venait de la chasse. Le jour où Internet a débarqué, j'ai téléchargé une photo de Jenny McCarthy, pas très différente de celles que j'avais déjà. Soudainement, ces images devenaient accessibles et bien trop nombreuses pour que je puisse jouir sur chacune d'elles. Le classeur a vite retrouvé sa place initiale, laissé de côté au profit d'un monde où il est tellement facile d'obtenir une copie de n'importe quoi qu'on a tous oublié ce qu'on veut vraiment.

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