
Publicité

Certaines personnes considèrent que certaines couleurs de peau vous attribuent un statut, et il fallait que quelqu’un émette un commentaire.
Publicité
Ouais. Avec « White Power Milk », je voulais parler de la façon dont certains considèrent les femmes blanches comme un symbole de statut. Avec « Trophy Scarves », je voulais trouver un autre moyen de l’exprimer. C’est le genre d'approche satirique que j'adopte. J'aime parler de trucs sérieux mais le faire d'une façon légère, un peu débile.Vous incarnez un personnage, comme vous l'avez fait avec « Death Bear » ?
Je ne sais pas. C’est peut-être un personnage, ou peut-être que je considère que les femmes blanches sont mieux ! [rires] Et j’essaie de montrer l’exemple. Mais s’en fout. Je ne suis pas sûr que ça soit important.Ça fait combien de temps que vous faites de l'art ?
À l'université, je me suis mis à fréquenter les ateliers d’art du campus. Je traînais avec les artistes, j'observais leurs travaux et je me disais, je pourrais le faire si je voulais. C'était plus de l'art conceptuel, des mecs bizarres, des minimalistes… Mon premier show c'était en 1999 avec des amis, quand j’avais une vingtaine d’années.Vous étiez comment, lycéen ?
Lors de ma première année de lycée, je n'avais pas vraiment d'identité. J'écoutais du hip-hop. Donc j'essayais de m'habiller comme un mec cool qui fait du hip-hop, mais je n’avais aucune crédibilité, ça se voyait. Mes fringues étaient trop neuves, j’étais une arnaque sur pattes. Puis je me suis fait racketter – on me demande toujours de raconter cette histoire en interview – : un mec a arraché ma chaîne et m'a foutu un coup de poing dans la figure. J'ai essayé de l'attraper mais il était trop rapide… C'était le quarterback de l'équipe de football junior de la fac.
Publicité
J'avais laissé quelques indices. J'ai toujours été un gamin étrange. Même les disques de jazz que j’écoutais, c'était toujours les trucs les plus bizarres, expérimentaux. J'ai toujours voulu savoir jusqu'où je pourrais aller. Oh, donc ça c'est John Coltrane ? OK, bah voilà Albert Ayler, ou un autre truc expérimental que je pouvais trouver, comme du noise jazz européen, ou du Peter Brötzmann. J'ai toujours été un individu à la marge.Vous travaillez dans un laboratoire médical, où vous élevez des drosophiles destinées à la science. Vos collègues savent que vous êtes un artiste ?
Certains.Et ils en disent quoi ?
Je n'en parle pas beaucoup avec eux. Ils m’ont peut-être vu faire de l'art, ou mendier des trucs dans le train. Une fois, j'étais avec ma femme, et on allait à une soirée dans le centre ville, et je lui ai dit : « Je vais commencer par l’avant du train et je te retrouverai à l'arrière du train. » Je me suis levé, et avant de commencer à parler j’ai vu l’un de mes collègues. Ça m'a fait réaliser qu’on m’avait peut-être déjà vu mendier dans le train – si c’est le cas, ils ont dû trouver ça bizarre.
Publicité

J’ai eu du mal à arrêter de me préoccuper de son avis, à me convaincre que je n’avais pas besoin de son accord. Ce n’est pas sa vie, c’est la mienne. Elle fait ses trucs de son côté, elle a son boulot, ses hobbies… Mais au final, qu'est-ce qu'elle pense de mon boulot ? Elle le tolère. [rires]Vous en parlez avec elle ?
Parfois. Mais je n’attends rien d’elle à ce niveau-là. Avant, on s’engueulait, pourquoi ça lui plaisait, pourquoi elle ça ne lui plaisait pas, pourquoi ça devrait lui plaire, etc. Je l'ai bloquée sur Twitter pour qu'elle ne puisse pas voir ce que je fais. Elle vient de se mettre à me suivre sur Instagram, donc je vais probablement la bloquer là-dessus aussi.Qu'est-ce que vous pensez des analyses académiques de votre travail ? Quand les critiques d'art disent genre, « cela signifie telle chose » à propos de votre boulot ? Vous y pensez, en tant qu'artiste ?
C'est une bonne question, je vois où vous voulez en venir. Non, je ne pense pas à mes créations d’une façon académique ou théorique, vraiment. Je me dis juste : ça a l'air cool, je vais le faire.C'est quoi le futur de « Trophy Scarves » ?
Je vais juste faire ça autant que possible pendant un ou deux mois, jusqu'à l'année prochaine, et voir ce qui se passe. J’ignore au bout de combien j’en aurai assez. Je pense, peut-être, 100 écharpes-trophées. Et après 100, peut-être passer à 200. C'est comme le dit un de mes amis : « Il n'y aura jamais assez d’écharpes-trophées. Il y en aura toujours une dernière. »@zach_two_times