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Les Anglais se défoncent à un tabac ultra puissant nommé dokha

Une simple dose de cette substance donne des effets similaires à du gaz hilarant – les crises de toux en plus.
21.12.15

Une bouteille de dokha et deux pipes. Toutes les photos sont de l'auteur

La dokha, plus familièrement appelée « dook » en Grande-Bretagne, est un tabac traditionnel au Moyen-Orient, généralement mélangé avec des fleurs, des herbes, des épices ou des fruits. À Dubaï, où elle est plus répandue que le tabac standard, on la fume le plus souvent dans une pipe en bois. Mais aujourd'hui, alors que de plus en plus d'étudiants des Émirats arabes unis s'installent au Royaume-Uni, elle s'immisce dans les universités britanniques et est particulièrement prisée des gens qui ont besoin de se concentrer l'espace d'une heure par jour.

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« Nous constatons que les ventes sont largement en hausse pour les Anglais de 20 à 40 ans, principalement de sexe masculin », a déclaré Alex d'Enjoy Dokha, l'entreprise qui a commencé à fournir le Royaume-Uni en dokha en 2011 après avoir constaté son absence sur le marché. Au cours de ces dernières années, il a remarqué que de plus en plus de buralistes au Royaume-Uni commençaient à en proposer également. Bien que ce ne soit qu'une forme de tabac raffinée, la bouffée que l'on obtient est bien plus intense. Une dose de dokha, en fonction de son intensité, contient autant de nicotine que trois ou cinq cigarettes en une bouffée. Selon Alex, c'est un peu comme boire un expresso au lieu d'un cappuccino.

Je suis plutôt un gros fumeur mais la première fois que j'ai essayé la dokha, je me suis mis à tousser et postillonner un peu partout. Cette expérience m'a laissé perplexe.

Omar, 21 ans, étudie à l'Université de Birckbeck. Il affirme qu'à Dubaï, dont il est originaire, environ 70 % des 15-18 ans la fument. Il m'explique que ce que j'ai vécu est normal. « Les quatre ou cinq premières fois que tu fumeras, tu seras secoué de quintes de toux. J'ai vu des personnes ivres en fumer pour la première fois et vomir », m'a-t-il assuré. « Certaines s'évanouissent carrément, ce qui arrive plus fréquemment qu'on ne le croirait ».

Andrea en train de fumer de la dokha à Camden, Londres

Mon ami Chad, étudiant à l'UCL, fume de la dokha depuis qu'il a 13 ans. Il fume une dose par jour. « Ça devient un moyen de se réveiller le matin. Ton corps tout entier est complètement détendu, ta tête commence déjà plus ou moins à se rendormir mais tes yeux restent grand ouverts et tu te dis juste « Woaaaah ». Et puis, 30 secondes plus tard, tu vas bien et le moins que l'on puisse dire, c'est que tu es un poil plus réveillé ».

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Chad pense que si la dokha peut mettre KO, c'est peut-être parce qu'elle donne le sentiment que l'on coupe l'approvisionnement du cerveau en oxygène. Cela pourrait expliquer pourquoi j'ai ressenti le même effet que si j'inhalais du gaz hilarant. Ces deux substances agissent immédiatement et donnent, selon Chad, « le sentiment d'avoir la tête extrêmement légère ». En arabe, le mot dokha lui-même peut se traduire par « bourdonnement » et on lui prête parfois la signification « d'étourdissement ». C'est ce bref moment d'évasion qui pousse Chad à fumer de la dokha : « Quand tu fumes une dose, tu ne penses à rien d'autre qu'à maximiser et accueillir le sentiment de vertige qui s'ensuit. »

Andrea Skye, un étudiant en art à Londres, m'a dit que s'il était suffisamment ivre, la dokha pouvait exacerber ses sensations. « Si je bois quelques cocktails et que je prends une dose, mes récepteurs sensoriels deviennent très sensibles », a-t-il affirmé. « Je n'en profite pas car je ne peux pas communiquer avec les autres, et c'est à ce moment-là que je me dis qu'il est temps que je m'arrête. »

On devient facilement accro à la dokha. Beaucoup d'étudiants des Émirats n'arrivent pas à décrocher quand ils partent à l'étranger – d'où sa présence grandissante au Royaume-Uni. « Après un an, tu n'obtiens plus le même genre de vertiges et les gens commencent donc à fumer des trucs plus intenses, plus régulièrement », m'explique Omar.

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Il y a un gros manque de recherches sur les effets de la dokha. Pour Mike, 21 ans, étudiant à Oxford Brookes : « Tous les effets à long terme ou les dangers qu'on peut lire sur le sujet semblent être soit des mythes et des légendes peu fiables, soit de simples suppositions ». Mais la dokha est avant tout du tabac : il est évident que cela ne va pas être bon pour la santé – et des experts suggèrent qu'elle pourrait bien être pire que la cigarette, en dépit du fait qu'elle soit complètement naturelle et qu'elle ne contienne aucun additif.

Ce que Mike peut deviner de sa propre expérience, c'est que la dokha « a un effet important sur l'appétit, sur l'état des systèmes respiratoire et cardiovasculaire, sur l'énergie et la capacité de concentration ». Mike et Omar semblent penser que c'est pire que la cigarette, en s'appuyant sur le fait qu'elle contient bien plus de nicotine et aussi « le fait que l'on ne sache pas vraiment ce que l'on est en train de fumer », selon Mike.

La dokha est originaire de Gilaki, qui se trouve en Iran du Nord, et est apparue au XVe siècle. Selon Mike, elle était initialement fumée par des marins. « Au cours des quelques centaines d'années qui ont suivi, elle a été largement fumée dans l'Empire ottoman où de nombreuses tentatives ont été faites pour bannir et interdire le tabac. Ironiquement, cela a eu pour effet de populariser le fait de fumer la dokha au Moyen Orient ».

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La raison est simple : il est plus dur de déterminer si quelqu'un a fumé de la dokha que du tabac. Il y a moins de fumée, donc l'odeur ne s'accroche pas aux vêtements ou aux doigts de la même manière qu'avec les cigarettes.

De la dokha et une pipe en bois plus traditionnelle

Le fait de fumer dans une pipe semble être l'un des éléments qui rend la dokha attrayante. « Les gens aiment leurs pipes, ils aiment le fait de la remplir ou de la transporter avec eux », selon Omar. « Aux Émirats arabes unis, ils développent une vraie fierté par rapport à leurs pipes, il y a quelque chose de très personnel dans la dokha, des manières d'exprimer sa différence ». Enjoy Dokha vend trente types de pipes différents, dont un faite à partir d'une rare corne de cerf. Cette dernière coûte environ 95 €.

À Dubaï, la dokha fait office de lubrifiant social. Omar décrit cela comme « une base de conversation et de compréhension mutuelle au sujet de ce que les gens là-bas aiment – cela relève du sens de la communauté pour eux ».

Alex d'Enjoy Dokha affirme qu'au Royaume-Uni, c'est son côté pratique qui séduit. « Pour ceux dont les patrons n'apprécient pas les pauses cigarettes, la dokha est très rapide », dit-il. « Tu en fumes pendant cinq secondes et t'es bon pour la journée ». C'est aussi bon marché – à peu près 28 € la bouteille de 50 ml depuis un site anglais, ce qui donne environ 110 à 115 doses pour une pipe. Si l'on compare cela au prix d'un paquet de cigarettes, il n'est pas difficile de comprendre pourquoi elle est appréciée.

Mais la dokha pourrait-elle remplacer le fait de fumer pour certains Anglais ? « Ça dépend de tes habitudes de fumeur », répond Omar. « Mon oncle a finalement arrêté la cigarette pour la dokha, car c'est plus intense que la cigarette. »

Ma propre expérience en matière de dokha ne m'a pas conduit à arrêter la cigarette. J'aime le fait que les cigarettes durent, même si ce n'est que trois minutes environ. Chad est d'accord : « cela ne pourrait pas remplacer le fait de fumer en ce qui me concerne, j'adore les cigarettes. Si je n'aimais pas ça, je ne fumerais pas. Je pense qu'il faudrait voir ça comme quelque chose de différent du tabac, même si cela reste de la nicotine. »

Amber est sur Twitter