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Mauvaise nouvelle : les pesticides affectent aussi la qualité du sperme

Les abominations que l'industrie agricole répand sur nos légumes auront-elles raison de la reproduction de l'homo sapiens ?
3.4.15

On ne va pas se mentir : la qualité de notre nourriture se dégrade de plus en plus, ce qui pourrait bien mettre en péril le devenir de l'homme. Il ne s'agit pas ici de discuter des produits relativement nouveaux qu'on avale tous – Pasta Box, McDo, poisson pané et compagnie. Je parle plutôt de la qualité nutritive des fruits et légumes qu'on nous recommande de manger, à grand renfort de publicité – ce qui peut sembler en soi une bonne idée.

Récemment, une étude conduite sur 155 hommes âgés de 18 à 55 ans a mis en relation le niveau de pesticides présents dans les fruits et légumes avec la quantité et la qualité du sperme. Les chercheurs ont conclu que, en moyenne, les hommes situés dans le quartile supérieur de consommation de fruits et légumes avec d'importants résidus de pesticides avaient 49 % de spermatozoïdes en moins que ceux du quartile le plus bas. Aussi, ils avaient 32 % de gamètes à présenter une morphologie normale de moins.

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L'impact de l'exposition aux pesticides sur la qualité des semences masculines est connue depuis longtemps. En 50 ans, un millier d'études ont été publiées sur le sujet. En 1977, un travail sur les travailleurs agricoles maniant les nématicides établissait que ce produit les rendait azoospermiques – c'est-à-dire que leur sperme ne contenait plus de spermatozoïdes. Néanmoins, les conséquences d'une relation indirecte – ici par ingestion d'aliments exposés – restaient à étudier.

Toutefois, l'enquête présente des limites méthodologiques dont les chercheurs ont eux-même conscience. Leur article de présentation note que la mesure n'était pas directe et individuelle, mais reposait sur les données d'un programme du gouvernement américain mettant en relation pesticides et alimentation des participants. Aussi, les auteurs ont utilisé une technique d'analyse du sperme assistée par ordinateur, qu'ils supposent « comme moins favorable à une analyse précise des semences ». Pour bien faire, ils souhaitent pouvoir confirmer leur conclusion avec une étude expérimentale.

Toujours est-il que cette étude est à mettre en perspective avec toutes les autres touchant à la question de la reproduction et de la fertilité. Selon un rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire publié en 2013, l'impact sur la santé des ondes wifi ou électromagnétiques ne serait pas avéré. L'agence française identifie cependant des « effets biologiques » sur le sommeil ou la fertilité. En langage scientifique, un « effet biologique » se distingue d'un « effet sanitaire » en ce qu'il est habituellement réversible et constitue une régulation interne de l'organisme, là où le second sort du cadre des réponses adaptatives physiologiques.

Se pose alors pour notre génération la question d'un effet cocktail de l'ensemble de ces paramètres – en sachant que la teneur en spermatozoïdes du sperme a déjà chuté de près de moitié entre 1940 et 1990, puis d'un tiers entre 1989 et 2005. Et si le wifi et les téléphones mobiles sont relativement récents et connaissent une croissance exponentielle, l'utilisation des pesticides s'avère beaucoup plus ancienne, bien que leur emploi ait doublé tous les dix ans de 1945 à 1985.

Cette recrudescence de l'utilisation de produits chimiques va de pair avec l'exode rural, qui a vu en France la population urbaine dépasser celle des campagnes en 1931, et qui s'est intensifié jusqu'aux années 70, mettant ainsi quasiment fin à l'agriculture vivrière et décuplant l'agriculture industrielle.

Les spermatozoïdes fainéants, atrophiés et trop peu nombreux pour se frayer un chemin jusqu'à l'ovule auront-ils raison de l'homo sapiens ? Si ce scénario peut enflammer les auteurs friands de dystopie, la procréation naturelle continuera évidemment à fonctionner encore longtemps. Jusqu'à présent, les problèmes d'infertilité dans nos sociétés occidentales semblent être davantage liés à l'âge toujours plus tardif du premier enfant. Mais si le pire devait arriver, pensons aux avantages : l'in vitro arriverait en force et les contraceptifs ne serviraient plus à rien – ce qui ne peut qu'être une bonne chose, quand on connait les risques de la pilule.