Culture

La soutenable légèreté de l’être

Quand les Londoniens faisaient la fête et n'en avaient rien à foutre.

par Adam Friedman ; Texte de Tshepo Mokoena
28 Juillet 2016, 5:00am

Les unes des magazines culturels britanniques se suivent et se ressemblent. « Les boîtes de nuit ferment les unes après les autres », « Pourquoi le milieu de la nuit britannique disparaît », « Peut-on sauver les clubs londoniens ? » – tels sont les intitulés de nombreux articles évoquant la disparition progressive des night-clubs du pays, sous l'effet de l'augmentation du prix des loyers, des plaintes pour nuisance sonore et des réglementations toujours plus draconiennes.

Aujourd'hui, c'est un fait : outre-Manche, les clubs ferment plus rapidement qu'ils n'ouvrent. C'est une réalité à Londres, et dans le reste du pays. À la fin de l'année dernière, le Royaume-Uni avait perdu 50 % des clubs qu'il comptait en 2005. Grâce au travail de plusieurs photographes, nous n'avons pas à nous contenter des remarques aigries de quadragénaires bedonnants pour nous souvenir de ce à quoi ressemblait la vie nocturne des Britanniques dans les années 1980 et 1990.

« En fait, je ne désirais pas vraiment mettre l'accent sur la musique ou la danse, mais plutôt sur la joie », précise Adam Friedman, un photographe de 53 ans dont le travail fait partie du projet Youth Club.

Adam, qui rentre tout juste d'une « parenthèse » de près de 30 ans qui l'a conduit à immortaliser les clubs new-yorkais, avoue que rentrer à Londres équivaut à effectuer un pèlerinage dans un lieu qui ne ressemble en rien à celui de son adolescence. À l'époque, lorsqu'il vivait dans le nord de la capitale britannique, il était fasciné par le développement de la scène punk. Quelques années plus tard, il passait ses journées à photographier des types dans Manhattan – des mecs de Wall Street aux latinos du quartier – avant de revenir au pays en 1987 pour documenter la brutalité du thatchérisme.

« Tout le monde semblait usé, résigné », se souvient-il. Malgré cela, les gens trouvaient toujours un moyen de se réunir afin de recréer du lien : pendant la nuit, dans les clubs. « Parfois, vers 3 heures du matin, on voit apparaître un regard sur le visage de quelqu'un. Là, on comprend que quelque chose se crée. C'est incroyable à documenter. » C'est en capturant de tels moments qu'Adam a créé une œuvre singulière et cohérente.

J'ai voulu comprendre ce que ressentait Adam quand il voyait des centaines de gamins d'aujourd'hui accrochés à leur smartphone, se prétendant photographes quand ça les arrange. « Ce que j'ai toujours aimé dans la photographie, dit-il, c'est son côté égalitaire. Il faut savoir évoluer. » Dans son cas, cette évolution prend la forme d'une immense mosaïque de visages, chaque portrait correspond à un jour de l'année. Il a intitulé ce projet Key of Joy .

Quant au futur des clubs, il ne semble pas vouloir trop s'appesantir sur le sujet. « Je ne crois pas être bien placé pour en parler, affirme-t-il. Ce qui arrive aux clubs est arrivé aux stations essence de Londres, qui ont toutes été remplacées par des immeubles de bureaux. Il est devenu impossible de lutter contre ce phénomène. »

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Des photos d'Adam Friedman, Gavin Watson, Teddy Fitzhugh et David Swindells sont exposées du 7 juillet au 22 août 2016 à Londres, au Hoxton Square Bar & Kitchen.

Plus de photos d'Adam et d'autres photographes ci-dessous.

Le Dingwalls

Le Pure Jam

Le Trash

Le Dingwalls

Le Roller Disco

The Lick Party

Le Soup

Fridays R Firin

Le Trash

L'Indigo

Le Blue Martini


Dave Swindells/Youth Club

Gavin Watson/Youth Club

Teddy Fitzhugh/Youth Club

Gavin Watson/Youth Club