Avec des détenus qui ont raté leur tentative d’évasion
Illustration par Sam Taylor

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Avec des détenus qui ont raté leur tentative d’évasion

« J'ai vu une porte ouverte et j'ai tout simplement couru, mec. »
21.11.16

La prison de Pentonville, qui tente toujours de se remettre de l'assassinat de l'un des détenus, Jamal Mahmoud, essaye aujourd'hui de comprendre comment deux prisonniers ont pu s'échapper il y a quelques jours. James Withlock et Matthew Baker se seraient évadés grâce à des oreillers transformés en mannequins et une foreuse équipée d'une mèche en diamant. Ils auraient ensuite grimpé le mur d'enceinte sans trop de problèmes.

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Dans la prison où j'enseigne, les détenus qui ont tenté de s'évader doivent porter une combinaison aux couleurs fluo. Cela les rend beaucoup plus faciles à repérer, comme Kyle, un jeune qui a la vingtaine et qui joue au billard. Comme j'ai été très impressionné par l'évasion des deux détenus que j'évoquais plus haut, j'ai demandé à Kyle de me parler de ses tentatives ratées.

« J'ai vu une porte ouverte et j'ai tout simplement couru mec, m'a-t-il précisé. Un coup d'œil pour voir si quelqu'un est dans le coin… personne… bam, j'ai tracé. » Rien de tout ça n'était donc planifié ? « Non pas du tout. J'avais eu une mauvaise semaine, j'en pouvais plus d'être traité comme de la merde tous les jours. C'était ça où je cognais un surveillant. »

J'ai entendu de nombreuses histoires d'évasions, mais Kyle est la première personne que je rencontre qui a simplement suivi son instinct. Je lui ai demandé ce qui a finalement foiré. « J'ai couru, une sacrée adrénaline, j'ai longé le couloir, traversé la fameuse porte ouverte… et je suis tombé sur un surveillant. Game over. Il me montrait ses clés et m'a dit que je n'y arriverai pas. »

Mais même si ce garde n'avait pas été là, n'y avait-il pas d'autres portes verrouillées ensuite ? « Oui, c'est sûr. Je n'avais sans doute aucune chance de réussir. Et puis merde, c'était quand même bien marrant. »

Aujourd'hui, Kyle semble s'être résigné. « Ça suffit. Maintenant je baisse la tête et je fais mon temps ici. J'en ai terminé avec ça. Je n'en peux plus de ce costume de Teletubbies, aussi. »

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Contrairement à Kyle, Eric m'a semblé beaucoup plus stressé. Je lui ai demandé s'il allait bien lorsque je me suis mis à discuter avec lui. « Il y a une sale ambiance cette semaine, m'a-t-il dit. Je ferais mieux de dormir et de m'enfermer dans ma cellule. » Eric approche des quarante ans et a déjà deux tentatives d'évasions à son actif. Deux échecs.

« La première fois, on a passé des semaines à tout préparer. On bossait en dehors des tours de garde des surveillants. Le but était de s'échapper par l'atelier pour se retrouver sur la pelouse principale et d'attendre que la patrouille passe l'angle. Mais pour une putain de raison obscure, la patrouille a décidé de revenir vers nous alors que nous étions en train d'escalader le mur. Je me suis laissé tomber et me suis allongé sur le sol en attendant qu'ils viennent me passer les menottes. L'un des gars avec moi a poursuivi l'ascension mais un surveillant l'a attrapé par les chevilles et l'a fait tomber. Le mec s'est déboîté l'épaule avant de prendre un gros coup de coude dans le nez. Ça pissait le sang de partout. »

Eric s'est peu à peu détendu. Il en est venu à ce qui l'avait poussé à s'évader, du moins à essayer. « J'ai été super mal défendu par mon commis d'office. Il m'a dit que si je plaidais coupable (de vol, ndlr), je prendrais deux ans au maximum. Le juge m'a condamné à six ans. Ma femme venait juste d'avoir notre fils et six ans, c'est long. J'en prenais plein la gueule de la part des matons. J'étais jeune et les conditions dans les années 1990 étaient abominables. Je perdais la tête. J'étais préparé pour deux ans, mais six ans c'était n'importe quoi. »

Eric est ensuite retourné en prison quelques années plus tard pour trafic de drogue. Il a pris neuf ans de plus. « Je m'étais fait à l'idée, puis mon paternel m'a appelé pour me dire qu'il lui restait six mois à vivre. Parfois, ils peuvent vous laisser sortir pour un enterrement, parfois non. Mais bon, je voulais juste être auprès de lui pendant qu'il était en vie, pas derrière un parloir. »

Je lui ai demandé comment s'était déroulée cette tentative cette fois-ci. « Rien de spécial, à part que je m'y suis pris seul. Je savais que les surveillants ne me lâchaient pas d'une semelle, ils faisaient attention à qui je parlais et tout. J'étais mieux tout seul du coup. Pour la faire courte, les matons prennent toujours une pause après le thé et je m'en suis servi pour me cacher dans le parc. Après ça, j'ai grimpé la clôture pour me planquer sous la camionnette garée près de l'entrée. Je savais que le van devait partir d'ici 10 à 15 minutes. Évidemment, les matons ont compris. Ils ont bouclé la prison entière. Rideau. Je regardais à ma droite et j'ai vu six paires de chaussures noires venant dans ma direction. Je me suis dégagé de là et j'ai attendu sur le van. On a rigolé en revenant vers mon aile. L'un des matons m'a filé une clope mais j'étais dévasté. Je savais que je n'irai jamais à l'enterrement de mon père. »

En parlant à Kyle et Eric, deux personnes très différentes, j'ai compris que leur désir d'évasion était motivé par une profonde tristesse. Avant que je ne quitte Eric, je lui ai demandé ce qu'il aurait fait si l'une de ses tentatives avait été concluante. « Je serais allé chez moi pour passer un peu de temps avec mon père avant d'attendre les flics. Juste pour quelques heures. »